Electricité: RTE établit (presque) son devis

Le 05 septembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La mise en souterrain de la ligne THT France Espagne coûtera 700 ME.
La mise en souterrain de la ligne THT France Espagne coûtera 700 ME.
RTE

Dix jours avant l’ouverture de la conférence environnementale, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité présente sa vision de notre futur électrique. Un seul mot d’ordre: sortons nos chéquiers.

Une légère majorité de Français est prête à payer son électricité plus chère pour qu’elle ne soit plus produite à partir de centrales nucléaires. Une donnée que rappelle le dernier bulletin du Commissariat général au développement durable. Et cela tombe plutôt bien. Car, à l’évidence, le montant de la facture de la transition énergétique s’annonce lourd. Très lourd.

Ce discours n’a rien de nouveau. ERDF, le distributeur d’électricité, ne cesse de rappeler que les 4 milliards d’euros de la généralisation du compteur communicant ne sont toujours pas financés. Pas plus que les 2 milliards que nécessitera (au moins) le déploiement des bornes de recharge des véhicules électriques. Et n’oublions pas, pour la bonne bouche, les investissements qui seront nécessaires pour maintenir et améliorer le réseau de distribution.

La Cour des comptes a rappelé, au début de l’année, que bien que considérables les budgets du nucléaire étaient probablement sous-estimés [JDLE], notamment avec la mise aux futures normes post-Fukushima [JDLE].

Très en retard par rapport à la programmation pluriannuelle des investissements électriques (PPI), la construction des fermes éoliennes nécessite aussi des milliards d’euros d’investissements. De même que les centrales photovoltaïques qui, elles, devraient atteindre les objectifs de la PPI dès 2017.

Dans cet inventaire, manquait une donnée importante: le coût de la nécessaire adaptation des réseaux de transport d’électricité. Nécessaire du fait de l’évolution annoncée des modes de production et des usages du courant.

Présentant, ce mercredi matin 5 septembre, le bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande en France, Dominique Gaillard, le patron du réseau de transport d’électricité (RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité ou GRT) a rappelé quelques données importantes.

Malgré un ralentissement de la croissance de la demande de courant «désormais inférieure à l’évolution du PIB», les besoins en investissements existent. D’abord parce que les besoins aux heures de pointe progressent régulièrement. Au début du siècle, les pics de consommation étaient inférieurs à 80.000 mégawatts. établis en février dernier, les derniers «records» ont placé la barre au-delà des 100.000 MW. Et cela n’est sans doute pas fini.

Du fait de l’importance du chauffage électrique, le parc de production d’électricité français est plus «thermosensible» que d’autre. «Il y a quelques années, précise Dominique Maillard, quand la température hivernale baissait d’un degré, la consommation d’électricité progressait de 1.500 MW. Aujourd’hui, cela peut atteindre 2.400 MW.» Et cela progresse de 70 MW, en moyenne, chaque année.

Pour tenter d’y voir plus clair, le GRT a établi plusieurs scénarios de consommation à moyen terme (2017). Selon les options (plus ou moins de MDE, de renouvelables, de nucléaire, d’efficacité énergétique), les volume de consommation varient entre 470 térawattheures (plaçant la demande de 2017 au niveau de celle de 2005) et 510 TWh.

Tel qu’il se dessine, le parc tricolore ne pourra pas satisfaire cette demande annoncée. Les deux tranches de la centrale de Fessenheim (1.800 MW à elles deux) doivent être arrêtées d’ici 2017. Par ailleurs, l’arrêt de contrat de cogénération ainsi que les échéances fixées par la directive sur les grandes installations de combustion devraient contribuer à la mise au rebut de près de 8.000 MW de centrales thermiques à flamme (charbon, fioul) et de turbines à combustion.

En tendant compte de l’accroissement du parc éolien —même faible— et des centrales, classiques et nucléaire (l’EPR de Flamanville), prévues par les électriciens, RTE estime qu’il manquera 1.200 MW de capacité en 2016 et 2.100 MW l’année suivante.

A plus long terme, la situation est encore plus délicate et plus incertaine aussi. Selon le contour que les prochains gouvernement donneront à la politique énergétique, les progrès de la rénovation du parc immobilier, l’évolution de nos habitudes de consommation, le verdissement du parc de production, notre futur électrique n’est pas encore écrit.

Mais il est borné. Les futurologues de RTE mettent en avant deux scénarios: le médian et l’écolo. Le premier nous ferait consommer un peu moins de 600 TWh/an. La part du nucléaire serait un peu à la baisse par rapport à aujourd’hui; diminution largement compensée par un accroissement du parc «renouvelable».

Le plus «écolo» nous promet une demande annuelle de l’ordre de 550 TWh —à peine plus que le scénario super MDE—, dont le quart serait assuré par les ENR (hors hydraulique) et la moitié par le nucléaire, conformément aux promesses faites par le candidat François Hollande.

Bref, il faudra construire de nouvelles unités de production, mais aussi tirer des lignes de transport, notamment aux frontières de l’Hexagone, pour accroître nos capacités d’échange. De 7.000 à 14.000 MW d’interconnexions nouvelles sont nécessaires pour assurer notre avenir électrique, qu’il soit énergivore ou particulièrement sobre et vert. Pour mémoire, le réseau THT actuel nous permet d’importer ou d’exporter jusqu’à 14.000 MW. Il faudra donc, au minimum, accroître de 50% ces liens, voire en doubler la capacité actuelle. Sans oublier le déploiement de 1.000 kilomètres de nouvelles lignes THT et le renforcement de 2.000 autres km.

Et tout cela en 20 ans. Ce qui s’apparente au 13e des travaux d’Hercule. «Car il est souvent bien plus long de construire une ligne de transport d’électricité qu’une centrale», résume Dominique Maillard.

A quelques jours de l’ouverture de la conférence environnementale, le patron de RTE n’a pas chiffré les montants de ces devis. Mais il s’annonce déjà considérable. Pour mémoire, la ligne France-Espagne, en cours de construction (2 x 1.000 MW, en courant continu et en souterrain sur 65 km) coûtera environ 700 M€. Encore une fois, le montant de l’addition électrique sera lourd.



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