Elections : les Etats-Unis ne décrocheront pas leur Green Card

Le 03 novembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Arnold Schwarzenegger restera le seul gouverneur à avoir légiféré sur les émissions de GES.
Arnold Schwarzenegger restera le seul gouverneur à avoir légiféré sur les émissions de GES.

La très forte poussée conservatrice observée à l’issue des élections de mi-mandat devrait donner un net coup de frein aux politiques environnementales fédérales.

 

Comme prévu, les démocrates ont subi une nette défaite lors des élections du 2 novembre. Ce n’est pas la déroute annoncée par certains médias. Mais les résultats sont là. A la chambre des représentants [l’équivalent de notre Assemblée nationale], 60 candidats du parti de l’âne ont mordu la poussière. Les républicains et les représentants du mouvement du Tea Party (39) sont donc majoritaires avec 239 sièges sur 435. Mais le Grand Old Party n’a pas réussi le grand schlem. Et les démocrates conservent toujours une majorité, d’une voix, au Sénat. Le Congrès ne sera donc pas totalement opposé à l’administration Obama. Mais les deux années qui viennent s’annoncent difficiles pour le 44 e président des Etats-Unis. Notamment sur les questions environnementales.

Pressenti pour prendre la présidence du comité de la Chambre sur les ressources naturelles, le député Doc Hastings (Etat de Washington) milite depuis longtemps pour abroger toute restriction à l’exploration et à la production d’hydrocarbures. Il sera donc à l’avant-garde du combat que les républicains entendent livrer contre l’EPA. L’agence fédérale de protection de l’environnement entend, en effet, limiter l’utilisation de la fracturation des roches par injection d’eau pour exploiter les gisements de gaz de schiste. Efficace, cette technique est à l’origine de pollution de nappes phréatiques.

Autre bataille en perspective : la régulation des émissions de gaz carbonique. L’administration Obama a perdu tout espoir de faire voter la proposition de loi Energie-Climat (Waxman-Markey), mais elle dispose d’une autre corde à son arc. L’EPA, encore elle, devrait tenter de réglementer les émissions industrielles de dioxyde de carbone. Ce sera sans compter sur les efforts de Fred Upton, appelé à diriger le comité de l’énergie et du commerce de laChambre. Sans être un « climato-sceptique », le député républicain du Michigan s’est toujours opposé à toute réglementation climatique. Il ne va pas changer d’avis maintenant.

Pour autant, ces deux personnalités incontournables n’ont pas les mains libres. Car le président peut opposer son droit de veto à toute loi votée par le Congrès. On s’achemine vers une cohabitation, riche en négociations.

Et des discussions, il y en aura ! Et toujours sur le changement climatique. Car les « climato-sceptiques » sont nombreux dans les nouvelles assemblées. A commencer par John Boehner. Le nouveau «  speaker » de la Chambre estime que l’idée selon laquelle le CO 2 (qu’il confond parfois avec le méthane d’ailleurs) pourrait contribuer à un réchauffement climatique est « presque comique ».

En janvier, le nouveau Sénat accueillera 23 élus qui ont publiquement mis en doute la réalité du changement climatique et la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, contre 3 qui défendent des positions contraires.

Le scrutin du 2 novembre ne visait pas seulement au renouvellement des Congressmen. Les sièges de 37 gouverneurs étaient aussi remis en jeu. A l’heure où nous mettons en ligne, 12 gouverneurs élus (ou réélus) nient la réalité du réchauffement climatique contre 2 [Martin O'Malley et Jerry Brown, les gouverneurs démocrates du Maryland et de la Californie] qui y croient.

Des référendums étaient également organisés dans de nombreux Etats. Le plus médiatisé appelait les électeurs californiens à jeter au panier une loi votée par l’ex-gouverneur Schwarzenegger qui prévoit que le Golden State réduise de 28 % ses émissions d’ici 2020. Financée par des raffineurs texans, cette campagne s’est avérée désastreuse pour ses promoteurs : la « proposition 23 » a finalement été repoussée par 60 % des électeurs californiens. Mais dans une incohérente foulée, les mêmes électeurs ont refusé d’augmenter les tarifs du stationnement pour financer la protection des réserves naturelles.

En Géorgie, dont le nouveau gouverneur, Nathan Deal (républicain), considère le Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) comme un groupe terroriste, les électeurs ont pourtant autorisé l’Etat à investir dans l’efficacité énergétique et les économies d’énergie. Dans l’Iowa, dirigé par le républicain Terry Branstad, réputé proche du « Oil Business », les électeurs ont voté la création d’un fond public destiné à financer la protection des eaux, des biotopes remarquables, ainsi que la création de parcs naturels et le lancement d’opérations destinées à réduire l’érosion. Gouverné par le féroce climato-sceptique Chris Dudley (républicain), l’Oregon a approuvé la « mesure 76 » destinée à financer la préservation de la nature, des plages et des réserves naturelles. Figurant parmi l’un des rares Etats dirigé par un indépendant (Lincoln Chafee, un ancien sénateur républicain), le Rhode Island accepte d’investir massivement dans les infrastructures routières. Ce qui ne l’empêchera pas d’utiliser aussi l’argent public pour acquérir des espaces littoraux menacés.

Sur le plan de l’environnement, que peut-on attendre d’un tel virage à droite de l’hyperpuissance ? Probablement pas grand-chose. Paralysé par la rivalité avec le Congrès, le gouvernement fédéral ne pourra rien annoncer lors du prochain sommet climatique de Cancun. Il ne devrait pas non plus engager la ratification de la convention des Nations unies sur la biodiversité.Et encore moins celle du protocole de Kyoto.

En interne, on peut s’attendre, comme sous l’administration Bush, à une remontée au créneau des partisans d’un accroissement de la production nationale de pétrole et de gaz. Comme durant la précédente décennie, les républicains de l’Alaska (avec à leur tête Sarah Pallin ?) devraient œuvrer à tenter d’ouvrir à l’exploration pétrolière les réserves naturelles dont le sous-sol est réputé riche en brut.

Sous l’influence de Doc Hastings, devraient également resurgir les propositions de loi appelant au développement de l’énergie nucléaire et des centrales au charbon « propres ». Des projets dont le coût très élevé a pourtant tendance à refroidir les compagnies électriques. Ce qui n’exclut pas la mise en œuvre d’ambitieux programmes régionaux de promotion des énergies renouvelables, notamment au Texas et en Californie.

 



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