Elections: la démagogie anti-réchauffement paie

Le 15 avril 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Jussi Halla-aho, patron des Vrais Finlandais.
Jussi Halla-aho, patron des Vrais Finlandais.
PS

Désormais aux portes du pouvoir, le parti des Vrais Finlandais a construit, en partie, son succès électoral en critiquant les politiques climatiques. Une stratégie démagogique qui fait florès au sein de l’extrême droite européenne.

 

A quelques semaines du scrutin européen, l’annonce a valeur d’avertissement. Pour la première fois, un parti populiste a été à deux doigts de remporter les élections générales en Finlande. Avec plus de 16% des suffrages exprimés, le parti des Vrais Finlandais devrait rafler 39 sièges à l’assemblée nationale, contre 40 pour le parti social-démocrate, vainqueur des élections. Il ne s’agit pas vraiment d’une irruption dans la vie politique du pays scandinave.

score doublé

Depuis 2011, Perussuomalaiset (PS) grimpe systématiquement sur le podium électoral, aussi bien au parlement que dans les municipalités. Deux éléments doivent être appréciés à leur juste valeur, dans cette dernière consultation. D’une part, la véritable remontada effectuée par cette formation populiste et anti-européenne. Créditée d’à peine 8% des intentions de vote en novembre dernier, le parti dirigé par Jussi Kristian Halla-aho a doublé son score en 5 mois, à peine.

saucisse et boîte à chat

Bien sûr, ce linguiste a ressassé des discours qui font mouche en Scandinavie depuis quelques années: défense de la culture nationale, durcissement de la politique d’immigration, limitation de l’avortement. Ce n’est pas tout. Les partisans de la lutte contre les changements climatiques ont été pour la première fois dans le collimateur des candidats du PS.

Il y a quelques jours, au cours d’un débat télévisé, le candidat PS Matti Putkonen a dit tout le bien qu’il pensait de la stratégie climatique finlandaise: «Elles vont enlever la saucisse de la bouche du travailleur». Pis: en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, on va mécaniquement renchérir (de «30 à 40%»!) le coût de la nourriture pour les animaux domestiques.

sortir de l'Accord de Paris

Risible? Sûrement pas. Car l’argument, rabâché à longueur de meetings, a convaincu un grand nombre d’électeurs. L’efficacité de cette rhétorique délirante n’a pas échappé aux autres partis classés à l’extrême droite en Europe. A chaque élection, l’AfD, le parti d’extrême droite allemand monte au créneau pour dégager la responsabilité humaine dans le renforcement de l’effet de serre. Non sans succès: inexistante au début de la décennie, l’Alternative pour l’Allemagne a envoyé 93 députés au Bundestag en septembre 2017. L’un de ses députés les plus en vue, Karsten Hilse, promet de retirer l’Allemagne de l’Accord de Paris dès qu’il sera au pouvoir. Applaudissements assurés.

politiques européennes

Pour de nombreux observateurs de la vie politique européenne, ces démagogues ont réussi à inscrire dans l’imaginaire de leurs partisans la défense du climat comme une préoccupation de «l’élite»: une élite forcément déconnectée des réalités quotidiennes.

Ce flingage du ‘mainstream’ climatique n’est pas seulement un phénomène d’estrade et de plateaux télévisés. Voilà des années que la plupart des députés européens estampillés populistes, souverainistes, nationalistes ou brexiters torpillent systématiquement directives et règlements européens ayant la baisse de nos émissions pour objectif. Sans réel succès jusqu’alors. Cela pourrait ne pas durer. A en croire les derniers agrégats de sondages européens, les partis ‘eurosceptiques’ pourraient emporter 150 sièges au Parlement de Strasbourg, soit plus de 22% des voix. Unis, ces partis eurodéputés pourraient être les faiseurs de roi de la prochaine mandature. Au grand dam des défenseurs du climat.



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