EGA: augmenter le revenu des agriculteurs avant de changer leurs pratiques

Le 11 octobre 2017 par Marine Jobert
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En 2016, 20% des agriculteurs n'ont pu se verser de salaire.
En 2016, 20% des agriculteurs n'ont pu se verser de salaire.
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La première étape des Etats généraux de l’alimentation (EGA) s’est achevée ce 11 octobre avec un discours d’Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat y détaille quelques mesures visant à assurer une meilleure rétribution des agriculteurs, étape indispensable pour obtenir un changement des pratiques culturales. Hors-jeu des débats initiaux, les ONG environnementales espèrent peser davantage lors de la seconde phase qui s’ouvre.

C’est qui le patron? C’est un peu la question que l’on peut se poser, 6 semaines après le lancement des EGA. Emmanuel Macron, en prenant la parole dans le marché international de Rungis ce 11 octobre (voir encadré), a tenté de se poser en arbitre, face à des acteurs qui semblent ne pas avoir participé au même processus.

D’un côté, les distributeurs, l’industrie agroalimentaire et les agriculteurs. De l’autre, les associations environnementales et consuméristes. Lors d’une conférence de presse, les 50 organisations de la plateforme citoyenne avaient fustigé la veille un processus «dans lequel les ONG ont l’impression de faire de la figuration», selon Audrey Pulvar, nouvelle directrice de la Fondation pour la nature et l’homme (FNH). «On nous a fait comprendre que la vision de l’agriculture, fallait pas trop y toucher. Mais l’agriculture de qualité, elle se fait dans les fermes, pas dans les usines», a surenchéri Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Ces frustrations devraient être levées avec l’ouverture de la phase II de ces Etats généraux dès la semaine prochaine, consacrée à une alimentation «saine, sûre, durable et accessible à tous».

Sécurité économique pour les agriculteurs

En attendant, c’est bien sur le revenu des agriculteurs que le gouvernement s’est concentré, à quelques jours du début des négociations annuelles entre agriculteurs, grande distribution et industrie agroalimentaire. Ligne directrice: que les contrats soient désormais conclus en partant des prix de revient pour les producteurs (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui) et non des marges souhaitées par les industriels (ce qui est le cas).

Rungis. Très attendu, le discours du président de la république au marché de Rungis n'a sans doute pas rassuré les agriculteurs. Emmanuel Macron a rappelé ses engagements de campagne (50% de bio et de local à la fin de la mandature, par exemple), s'est indigné des prix bas payé aux paysans, mais a été chiche en engagements fermes. Deux engagements émergent toutefois: l'annonce d'une modification de la législation (par ordonnances) pour rééquilibrer les rapports de force entre agriculteurs et industries. Ces textes, qui réviseront aussi le seuil de revente à perte, devraient être pris au début de l'année prochaine. Le locataire de l'Elysée a aussi souhaité la mise en place de contrats types par filière et d'indicateurs de marché.

En apportant une sécurité économique aux agriculteurs, cette inversion des priorités contractuelles est pensée comme un préalable incontournable pour des professionnels dont 20% ne peuvent se verser de salaire et 30% percevaient moins de 350 euros par mois en 2016. Ce n’est qu’à ce (juste) prix, atteignable par une redistribution de la valeur entre les acteurs et, peut-être, par une hausse des prix finaux de certains produits, que le modèle agricole sera réformable, estime t-on à l’Elysée. «Difficile de demander à un agriculteur qui ne vit plus de son travail de changer ses pratiques pour répondre aux attentes des consommateurs», fait valoir une proche de Macron, citant l’échec fameux du plan Ecophyto, auquel les agriculteurs furent insuffisamment associés.

Bruxelles et le droit de la concurrence

Quels leviers actionner? Si la forme n’est pas encore tranchée –contraignante ou non, à l’échelle nationale ou européenne–, des pistes s’ouvrent: inciter les agriculteurs à regrouper leur distribution pour peser plus lourd face aux industriels (ce qui implique une réforme probable du code de commerce et du code rural pour éviter de tomber sous le coup du droit de la concurrence); davantage professionnaliser les agriculteurs (maîtriser leur coût, vendre au meilleur moment, se regrouper); instaurer plus de transparence dans les coopératives (notamment dans la répartition de la valeur ajoutée); et clarifier les règles de la concurrence (pour faciliter le regroupement de distribution).

Le règlement Omnibus, riche de plusieurs dispositions relatives à la politique agricole commune (PAC) et qui devrait être voté ce 12 octobre par le Parlement européen, pourrait faciliter le travail du gouvernement français. Un amendement réinstaure notamment la primauté des denrées agricoles sur le droit communautaire de la concurrence. Le président a d’ores et déjà commandé une étude complémentaire sur le renforcement des filières (éviter les effets des cycles, montée en gamme, territorialisation de l’action) et envisage la création d’un label France.

 



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