Efficace, la géo-ingénierie?

Le 26 septembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Certaines techniques de géo-ingénierie pourraient perturber la faune sous-marine.
Certaines techniques de géo-ingénierie pourraient perturber la faune sous-marine.
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Et si l’on compensait les effets du réchauffement par des techniques d’apprenti sorcier? L’idée séduit des chercheurs. Pas les rédacteurs du rapport du Giec.

C’est une première. Aucun rapport d’évaluation du Giec n’avait encore traité des techniques de géo-ingénierie. Le cinquième rapport, publié le 27 septembre, si. Dans les chapitres 6 et 7, les rédacteurs consacrent une vingtaine de pages aux techniques (toutes en sont encore au stade du jus de crâne) d’extraction du CO2 de l’atmosphère (CDR) ou de diminution du rayonnement solaire (SRM). Une sacrée reconnaissance pour la poignée de climatologues, britanniques et américains essentiellement, qui ne jurent que par le refroidissement artificiel de la terre pour contrebalancer le réchauffement. Dans la famille du CDR, on trouve des idées aussi diverses que la reforestation, la fertilisation de terres agricoles, la fertilisation marine, la modification des courants marins, l’érosion accélérée ou l’extraction du CO2 de l’atmosphère par procédés physico-chimiques.

Pas assez de CO2 pour être efficace

Les auteurs du rapport conviennent qu’ils disposent d’une mince littérature scientifique pour étayer leur bilan. Toutefois, ils ne se montrent pas très emballés par ces systèmes. Les performances annoncées sont, la plupart du temps, très insuffisantes. Difficile, en effet, de capter de façon économique et écologique de grands volumes de CO2 avec des arbres artificiels lorsque la concentration dans l’air dépasse à peine 0,039%. Ces solutions peuvent aussi entrer en compétition avec d’autres activités humaines, à l’instar de la replantation de gigantesques massifs forestiers.

Si l’on ne sait pas encore très bien comment multiplier les plongées d’eau de mer (en salant et en refroidissant l’océan?), on sait, en revanche, que ces downwellings ne pourront emporter dans les grandes profondeurs que quelques dizaines de millions de tonnes de carbone par an. Ridicule! Nombre de techniques sont aussi jugées peu sûres. Les forêts peuvent ainsi relâcher leur carbone après avoir été ravagées par les incendies ou des insectes. La fertilisation marine peut contribuer à créer des zones anoxiques.

La grande sulfateuse

Proches de la science-fiction, les techniques de SRM visent à renvoyer vers l’espace une partie de l’énergie solaire. Pour ce faire, les chercheurs proposent des moyens pour augmenter l’albédo terrestre, en blanchissant les nuages, par exemple. D’autres, comme le prix Nobel de chimie Paul Crutzen, suggèrent d’injecter dans la stratosphère du dioxyde de soufre (SO2) pour produire, par oxydation, des sulfates réverbérant la lumière solaire. Selon les rapporteurs, seule cette technique de «sulfatage» serait en mesure de minorer significativement le réchauffement, comme une grosse éruption volcanique.

Cela étant, les discussions sont encore vives sur le tonnage de SO2 nécessaire. Les dégâts collatéraux semblent, en outre très, très importants: diminution des précipitations, mitage de la couche d’ozone stratosphérique. De plus, ajoutent les climatologues, ce dispositif —dont on ignore la gouvernance— est condamné à fonctionner ad vitam, pour éviter tout réchauffement climatique brutal. Last but not least, aucune de ces techniques (CDR ou SRM) n’apporte la moindre once de solution aux problèmes connexes générés par nos émissions de gaz à effet de serre, telle l’acidification des eaux.



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