Effet cocktail: l’Efsa livre sa méthode d’évaluation

Le 26 mars 2019 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Le siège de l'Efsa, à Parme (Italie)
Le siège de l'Efsa, à Parme (Italie)

L’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a publié, lundi 25 mars, une méthode permettant d’évaluer la toxicité de mélanges de substances chimiques, à savoir l’«effet cocktail». Lancé en 2016, ce projet, dénommé MixTox, permet notamment d’intégrer d’éventuelles interactions entre molécules, telles que celles liées aux perturbateurs endocriniens.

Pour des raisons liées au processus d’homologation des produits chimiques, l’évaluation de leur toxicité se fait toujours de manière isolée. Elles reflètent donc des situations totalement théoriques, chacun d’entre nous étant simultanément exposé à de nombreuses substances.

Or leurs effets se combinent, soit de manière additive (et indépendantes), soit de manière interactive, une molécule influençant les effets d’une autre, de manière agoniste ou antagoniste.

L’exposome, à savoir l’ensemble des molécules qui imprègnent un individu et l’effet de ces cocktails, demeure terra incognita pour les chercheurs, d’autant que les substances à évaluer sont nombreuses, leurs diverses combinaisons innombrables. Plusieurs organismes se sont pourtant attelé à la tâche, dont l’Anses pour la France[i].

Au niveau européen, l’Efsa s’est elle aussi saisie du sujet, avec une première consultation du public en 2016 sur les objectifs, dans le but ultime de définir une méthode harmonisée pour étudier les effets cocktails, qui a été publiée lundi 25 mars.

Démarche similaire à l’évaluation individuelle

Cette méthode s’avère somme toute assez similaire, dans son déroulement, aux évaluations de substances isolées. Après avoir défini le périmètre de l’évaluation, les évaluateurs doivent mesurer l’exposition aux divers composants du mélange.

«Cette étape recourt à des concepts et des méthodes similaires à celles utilisées pour des substances individuelles, mais peut être plus complexe, [le cocktail] pouvant découler de diverses sources d’exposition, et de manière séquentielle», explique l’Efsa dans son rapport.

Suit alors l’évaluation du danger, à savoir la toxicité intrinsèque -indépendante de l’exposition. Celle-ci peut porter sur le mélange considéré dans sa globalité, ou par une approche déclinée par composants, selon les données disponibles et l’objectif de l’évaluation. Ces données sont alors croisées avec celles de l’exposition, pour estimer le risque.

«Souvent, pour les effets communs de diverses molécules [par exemple sur un même organe cible], nous ajoutons les doses pour estimer un risque global. Mais il arrive parfois que les substances chimiques interagissent, ce qui signifie que leur toxicité s’accroît ou décroît [lorsqu’elles sont en présence d’autres substances]. Les interactions de ce genre sont plutôt rares, mais il faut vérifier leur existence, particulièrement si elles conduisent à une hausse de la toxicité. Notre méthode nous permet cela pour chaque mélange», explique Christer Hogstrand, président du groupe de travail de l’Esa sur les mélanges chimiques.

Deux études pilotes menées cette année

L’Efsa, qui a publié en janvier une première procédure pour analyser la génotoxicité de mélanges chimiques, prévoit de tester sa nouvelle méthode dès cette année à travers deux études pilotes. Toutes deux auront trait à l’exposition alimentaire à des cocktails de résidus de pesticides, la première sur le système nerveux, la seconde sur le système thyroïdien.

Dans une enquête également publiée lundi 25 mars, l’Efsa a interrogé 6.859 Européens au sujet des mélanges chimiques. Les personnes interrogées s’y montrent assez peu au courant des risques posés, seuls 53% indiquant avoir déjà entendu parler des mélanges chimiques, qu’ils associent surtout aux médicaments, à l’alimentation et aux produits ménagers. La grande majorité (83%) pense toutefois qu’ils posent un risque pour la santé humaine.

Des cocktails dévastateurs de perturbateurs endocriniens

Par ailleurs, des résultats du projet de recherche européen EDC-RiskMix, mené sur les mélanges de perturbateurs endocriniens, ont été dévoilés mardi 26 mai. Coordonnée par des chercheurs suédois, cette étude a consisté à mesurer, dans des échantillons sanguins et urinaires de plus de 2.300 femmes enceintes de la cohorte suédoise SELMA, la présence de 54 perturbateurs endocriniens, puis de tester ces cocktails sur des modèles animaux ou des cellules en culture.

Les résultats confirment les observations épidémiologiques. Par exemple, le mélange associé à un retard de langage «interfère avec la signalisation de l’hormone thyroïdienne, altère l’expression de gènes impliqués dans des troubles du spectre autistique et du retard mental, modifie la différenciation et la fonction des neurones, et entraîne des changements comportementaux chez les têtards, les poissons-zèbres et les souris», constatent les chercheurs dans un résumé.

Selon eux, ces résultats montrent que «les réglementations actuelles sur les agents chimiques sous-estiment de manière systématique les effets sanitaires liés à l’exposition combinée aux perturbateurs endocriniens, avérés ou potentiels».



[i] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus