Edulcorants et femmes enceintes: intérêt nul, risque incertain

Le 27 juin 2012 par Romain Loury
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Aucun bénéfice pour les femmes enceintes.
Aucun bénéfice pour les femmes enceintes.

Si le risque des édulcorants intenses pendant la grossesse reste à démontrer, ils semblent sans aucun bénéfice pour les femmes enceintes, estime l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans une note d’étape publiée le 18 juin.

A l’origine de cette évaluation, deux études fortement médiatisées en 2010, l’une, italienne, suggérant chez l’animal un risque cancéreux de l’aspartame, l’autre, danoise, évoquant celui d’accouchement prématuré chez les femmes enceintes consommant des boissons édulcorées (voir le JDLE). Parmi les 10 agents autorisés en Europe pour l’alimentation humaine [1], le très controversé aspartame.

Mis en place par l’Anses en mars 2011, le groupe de travail sur les édulcorants intenses vient de rendre un premier rapport, une note d’étape spécifique aux femmes enceintes. Selon cette analyse d’une littérature assez peu épaisse, les édulcorants intenses ne seraient d’aucun bénéfice particulier pour la femme enceinte, notamment en termes de poids ou de diabète gestationnel.

Plus prudente sur d’éventuels risques, l’agence estime que les divers travaux «ne permettent pas de conclure» à ce sujet. Si l’étude danoise, menée sur près de 60.000 femmes, révèle un effet-dose entre la consommation de boissons édulcorées et le risque d’accouchement prématuré (ceux induits pour raison médicale, mais pas ceux survenant spontanément), aucun lien de causalité ne peut être établi.

Pour l’Anses, «de nouvelles recherches sont nécessaires». D’autant que les autres travaux sont maigres, souvent très datés: l’agence n’a recensé qu’une seule étude sur les fausses couches (menée en 1978 sur la saccharine), et une seule, en 1997, sur le risque pour la santé du futur enfant, montrant l’absence de lien entre aspartame et tumeurs cérébrales.

Dans un communiqué, le réseau Environnement santé (RES) déplore que «l’Anses n’aille pas jusqu’au bout de sa logique, puisque, dans la mesure où cette substance n’a pas de bénéfice nutritionnel, le risque est encore moins acceptable». Un risque que le RES considère suffisamment étayé par l’étude danoise.

Prochaine étape du groupe de travail de l’Anses, la publication d’un rapport sur la population générale. Pendant ce temps, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) continue sa réévaluation de l’aspartame, avancée à fin 2012 alors qu’elle était initialement prévue pour 2020. Un examen qui pourrait l’amener à revoir la dose journalière admissible (DJA), actuellement fixée à 40 milligrammes par kilo de poids corporel.

Si cette valeur est très contestée par les anti-aspartame, les femmes enceintes françaises, dont 71,8% consomment des édulcorants intenses, se situent très en-dessous, selon le rapport de l’Anses: leurs apports alimentaires équivalent en moyenne à 5,4% de cette DJA.

[1] Les 10 édulcorants autorisés en Europe sont l'acésulfame de potassium, l'acide cyclamique et ses sels, l'aspartame, les glycosides de stéviol, la néohespéride dihydrochalcone, le néotame, la saccharine et ses sels, le sel d’aspartame-acésulfame, le sucralose et la thaumatine.



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