Edouard Philippe tire difficilement les premiers enseignements du Grand débat

Le 08 avril 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les contributeurs au Grand débat tiquent encore sur la taxe carbone.
Les contributeurs au Grand débat tiquent encore sur la taxe carbone.
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Le Premier ministre a balisé les décisions qui devraient être annoncées, mi-avril, par le président de la République, dans les domaines de la démocratie locale, de la fiscalité, des services publics et de la transition écologique.

 

A grand débat, grand spectacle. Pour présenter la restitution qu’il a faite de ces trois mois de débat, le gouvernement avait réquisitionné le Grand Palais à Paris. Un vaste site d’exposition, situé à mi-chemin entre les bureaux du Premier ministre et ceux de la présidence de la République. Tout un symbole. Dans l’attente des annonces à venir du chef de l’exécutif, c’est le locataire de l’Hôtel Matignon, Edouard Philippe, qui a tiré les premiers enseignements gouvernementaux du Grand débat national (GDN) devant 500 invités. Le fruit d’un travail considérable.

700.000 pages traitées

En l’espace de quelques semaines, plusieurs entreprises spécialisées ont regroupé par thématiques et synthétisé près de 2 millions de contributions postées sur le site du GDN par plus de 500.000 contributeurs. A cette masse de revendications, il a fallu ajouter le contenu des cahiers de doléances ouverts dans plus de 16.000 communes, les comptes rendus des 21 conférences citoyennes. Bref, ce sont près de 700.000 pages qui ont été passées à la moulinette des ordinateurs et des algorithmes des analystes.

Animé par la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon et le ministre Sébastien Lecornu, le Grand débat entendait recueillir les attentes des Français autour de 4 thématiques principales: fiscalité et dépenses publiques, organisation de l’Etat et des services publics, démocratie et citoyenneté, et transition écologique.

respecter la terre et la nature

Côté environnemental, point de surprise. Les citoyens considèrent qu’il y a urgence à lutter contre le réchauffement; que l’offre en transports publics et multimodale est insuffisante; que nous consommons trop d’énergie (surtout fossile); qu’il faut réduire la consommation de ressources naturelles. Nombre d’entre eux regrettent aussi qu’il soit plus rentable de polluer que de «respecter la nature». Faisant le lien entre l’alimentation et l’environnement, les contributeurs proclament que «nous devons mieux manger, en respectant la terre».

Le verdissement de la société a fait phosphorer: pas moins de 89.103 idées ont été proposées. Elles se regroupent en 4 familles: changement des modes de consommation (réglementer la publicité, développer les circuits courts), écologie offensive (interdire les pesticides, taxer les gros pollueurs), promotion d’usages vertueux et de technologies innovantes (améliorer le tri des déchets, développer la technologie hydrogène), allégement de l’empreinte environnement (favoriser les modes de déplacement doux, protéger la biodiversité).

Individuellement, les participants se disent prêts à réduire leur consommation (de viande, notamment), à profiter des opportunités offertes par le télétravail, à soutenir le développement des énergies renouvelables et la production d’énergie individuelle.

pas d'écotaxe

Consensuelles, ces propositions entrent pourtant en conflit avec les recommandations formulées dans d’autres ateliers thématiques. On veut bien taxer les «gros pollueurs», tout en considérant, par ailleurs, «que les impôts et les taxes sont trop élevés». 58% des Français ne sont d’ailleurs pas prêts à payer un «impôt pour encourager les comportements bénéfiques à la collectivité», comme la… fiscalité écologique. D’un côté, le nombre de fonctionnaires est jugé trop élevé, de l’autre, on veut augmenter le nombre de services publics de proximité. L’on trouve des majorités pour exiger de l’Etat qu’il réduise ses dépenses publiques, à condition qu’il renationalise les services essentiels que sont l’énergie et les transports.

Sans rien dévoiler des intentions présidentielles (qui seront connues dans quelques jours), le Premier ministre a néanmoins balisé le terrain. Dans son discours, Edouard Philippe retient qu'il faut «baisser plus vite les impôts» face à une «immense exaspération fiscale». C’est sans doute à cette aune qu’il faut jauger le récent entretien accordé par le ministre de l'action et des comptes publics au Journal du dimanche. Dans cette interview, Gérald Darmanin évoque la possibilité de baisser l’impôt sur le revenu de la classe moyenne, de supprimer la redevance audiovisuelle, de baisser les droits de succession.

exemplarité renforcée

Avant une adresse à l’Assemblée nationale, mardi, et au Sénat mercredi, l’ancien maire du Havre promet aussi de «rétablir l’équilibre entre les métropoles et les communes qui sont à l’extérieur». Ce qui pourrait être l’occasion, a-t-il indiqué, de «revoir les règles qui ont poussé l’étalement urbain». Sujet force du projet de loi d’orientation sur les mobilités (LOM), l’amélioration des «transports du quotidien» a aussi été citée par le Premier ministre.

Souvent violemment interpellé par les contributeurs, Edouard Philippe se dit conscient de l’importance que revêt la modernisation de la démocratie: «Certains annonçaient la fin de la démocratie représentative et l'avènement de ce qui aurait pu être une forme de démocratie directe et médiatique permanente. Ça n'est pas ce que les Français veulent, ils sont exigeants, ils veulent une démocratie plus représentative, plus transparente, plus efficace et une exemplarité encore renforcée.»

Satisfait de gouverner un peuple conscient de l’urgence climatique, le chef du gouvernement note que les Français «ne veulent plus que des taxes leur dictent ce qu'ils doivent faire et dans les cas où ils peuvent l'envisager, ils veulent que leurs produits financent des dispositifs d'accompagnement». Dans ces conditions, il vaut mieux que le gouvernement retouche le projet de loi sur l’énergie et le climat qui devait être présenté fin mars en conseil des ministres. Devant les membres de l’Association des journalistes de l’environnement (AJE), le ministre de la transition écologique François de Rugy a indiqué, jeudi 4 avril, que la nouvelle mouture de ce texte serait publiée vers la fin du mois d’avril.



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