EDF ne craint pas les effets du réchauffement sur son parc nucléaire

Le 10 juillet 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'eau du Rhône manquera-t-elle un jour à la centrale de Cruas ?
L'eau du Rhône manquera-t-elle un jour à la centrale de Cruas ?
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L’électricien a tiré les conséquences de la canicule de 2003, représentative des étés que nous promet le réchauffement. Il n’est pas certain que ce soit suffisant.

 

C’est en apparence un véritable casse-tête. Nombre de scenarii examinés par le Giec pour stabiliser le réchauffement à 1,5 °C prévoient une hausse de la puissance nucléaire pour décarboner la production d’électricité mondiale.

Or, le même rapport, publié le 8 octobre dernier, annonce notamment en Europe du sud une diminution de la disponibilité en eau, source vitale de refroidissement pour les centrales thermiques à flamme et nucléaire. «La hausse de la température de l’eau et la baisse des débits estivaux des fleuves vont diminuer le productible des centrales thermoélectriques de tous les pays européens», soulignent les auteurs du rapport +1,5 °C.

consommation intenable?

Dit autrement, pourra-t-on continuer à exploiter les centrales nucléaires européennes, notamment pendant les vagues de chaleur? Un seul exemple: EDF utilise 15 millions de m3 d’eau par jour pour refroidir les quatre tranches de 900 MWe de sa centrale du Blayais (33), rappelle le rapport des climatologues d'Acclimaterra. Une consommation intenable durant une vague de chaleur estivale ?

Ce n’est pas forcément l’avis des responsables d’EDF. Interrogés, mardi 9 juillet, par les membres de l’association des journalistes de l’environnement (AJE) Bernard Salha et Cécile Laugier sont des plus confiants quant à la capacité du parc nucléaire tricolore à affronter les effets du réchauffement.

«Voilà une trentaine d’années que nous étudions le changement climatique, aussi bien pour évaluer leurs impacts sur nos installations que pour estimer les effets de nos rejets dans un environnement surchauffé», explique le directeur technique du Groupe EDF. Et la canicule de 2003 a accéléré les choses. «Cet événement majeur nous a surpris. Mais il nous a permis d’apporter une réponse matérielle, organisationnelle et environnementale à ce type de conséquence du dérèglement climatique», poursuit la directrice déléguée en charge de l’environnement et de la prospective.

programme «grand chaud»

Ce train de mesures a été lancé, en 2008, dans le cadre du programme «grand chaud». En résumé, l’exploitant du parc électronucléaire français a imaginé comment faire fonctionner, à niveau de sûreté constant, ses 58 réacteurs avec des températures plus chaudes de 3 °C que celles mesurées en 2003[1]. Pas de ruptures technologiques en vue, mais plutôt une batterie de dispositions visant à augmenter les capacités de production d’eau glacée, à ajouter des climatiseurs, à accroître la capacité d’échange des échangeurs eau/eau, à vérifier la tenue des matériels à des températures élevées, ou modifier certains matériels. «Au total, nous avons consacré environ 500 millions d’euros à l’adaptation de notre parc», résume Cécile Laugier. A cela, il faut ajouter 200 M€ d’investissements pour réduire la consommation d’eau de certains sites, par exemple en modernisant les tours de refroidissement. A prendre aussi en considération, certaines mesures «post-Fukushima» comme la possibilité de refroidir le cœur du réacteur avec de l’eau prélevée dans la nappe phréatique.

perte de production de 2,8 TWh/an

En complément, l’industriel a fait évoluer son mode d’exploitation. Selon le niveau d’étiage ou la température de l’eau, EDF peut faire varier la production de chaque site et donc ses rejets dans le fleuve, la mer ou l’estuaire. Un talon d’Achille? Ce n’est pas l’avis de Bernard Salha: «la thermosensibilité de notre parc est moindre en été qu’en hiver. En hiver, la baisse de la température d’un degré accroît la demande d’électricité de 2.500 MWe, contre 500 MW lorsque la température estivale augmente d’un degré.» L’an passé, les centrales nucléaires ont dû réduire leurs activités de 0,7% pour cause de forte chaleur: une perte de production de 2,8 TWh/an, détaille Cécile Laugier. «Sur le moyen terme, l’évolution du cycle de l’eau ne nous inquiète pas», poursuit le directeur technique.

Optimiste? Pas impossible. Le débit moyen du Rhône (source froide de 14 réacteurs) a baissé d’un tiers depuis ces deux dernières décennies. L’agence Rhône-Méditerranée-Corse (RMC) estime que son débit moyen pourrait encore diminuer de 10 à 40% d’ici à 2050. Pas sûr, si ces trajectoires se vérifiaient que les sites de Saint-Alban, Cruas, Triscastin et Bugey conservent intact leur productible. Car, les besoins en eau de l’agriculture (irrigation), de l’industrie et de la population ne faibliront pas. «C’est sûr, il faudra faire des choix», reconnaît Bernard Salha. Des choix politiques.



[1] Le 27 juin dernier, l’IRSN a demandé à EDF de revoir à la hausse le risque canicule pesant sur ses 19 centrales nucléaires.

 



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