EDF met en service des éoliennes à pales furtives

Le 27 juin 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les pales et les mâts des turbines sont recouverts d'un matériau absorbant les ondes radar.
Les pales et les mâts des turbines sont recouverts d'un matériau absorbant les ondes radar.
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Vendredi matin 24 juin, sous un soleil de plomb, mais avec un vent des plus faibles, le soulagement se lisait sur les visages des dirigeants du groupe d’EDF. Devant un public nombreux, Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, inaugurait l’ensemble éolien catalan (EEC). Un parc qui a failli ne jamais voir le jour.

Présenté comme le plus puissant parc éolien de l’Hexagone, l’ensemble aligne 35 turbines, dont la puissance unitaire va de 2 à 3 mégawatts. Au total, l’installation dispose d’une capacité installée de 96 MW. «De quoi satisfaire à la consommation de 120.000 habitants, soit le quart de la population du département des Pyrénées-Orientales», a indiqué Jean-Bernard Lévy.

Rapaces et chauves-souris

Situé sur le territoire de 4 communes[1], et à proximité de la nouvelle interconnexion souterraine France-Espagne, l’EEC a donné bien des sueurs froides à ses promoteurs. Dès 2010, l’étude d’impact avait été critiquée par l’Autorité environnementale, les études sur les effets des turbines sur certains rapaces et les chauves-souris ayant été jugées insuffisantes. Estimant son paysage massacré par les éoliennes, la commune de Corneilla-la-Rivière, voisine du parc, engageait une action judiciaire. Au printemps 2015, le tribunal administratif de Montpellier lui donnait raison et annulait le permis de construire accordé pour le territoire de Pézilla-la-Rivière. Plusieurs mois durant, l’érection de 19 aérogénérateurs fut interrompue, jusqu’à ce que la cour administrative d’appel de Marseille infirme le premier jugement, en décembre dernier.

Perturbations radar

La justice ne fut pas la seule à éplucher avec minutie lesdits permis. Opérateur du radar météorologique d’Opoul, Météo France a été particulièrement attentif à ce que la trentaine de moulins à vent d’EDF EN ne perturbe pas les observations de son installation, seule de la région à pouvoir délivrer les alertes aux épisodes de fortes précipitations. Situé à une vingtaine de kilomètres du site éolien, Opoul, avec ses 200 km de portée, risquait d’être perturbé par les échos radar renvoyés par les pales et les mâts des turbines.

Technologies militaires

Pour voir son dossier validé par Météo France, EDF EN a donc agi en deux temps. D’abord, en réduisant le nombre d’éoliennes. Initialement, l’EEC devait disposer d’une puissance de 110 MW. 96 MW ont finalement été mis en service. La filiale renouvelable d’EDF a ensuite œuvré pour réduire la signature radar de ses futures machines. Un partenariat a été conclu en ce sens entre Vestas (le turbinier) et Qinetiq, industriel britannique de la défense. Ce dernier a réussi à adapter aux mâts et aux pales des éoliennes des technologies de furtivité réservées jusqu’à présent aux avions de combat. Concrètement, les pales sont, en partie, constitué d'un matériau absorbant les ondes radar. Les mâts ont été recouverts de petites briques du même matériau. «Sans elles, notre dossier n’aurait pas été accepté par Météo France», avoue-t-on chez EDF EN. Le coût de ce composant miracle? Top secret. Très cher, même si Qinetiq aimerait le commercialiser auprès des turbiniers.

Cette première mondiale est-elle seulement efficace? Pour Olivier Rivière, il est encore un peu tôt pour répondre à la question. «Le parc vient tout juste d’entrer en service. Or, pour que nous nous fassions une bonne idée de sa furtivité réelle, il faut qu’il tourne dans toutes les configurations de vent possibles et que le radar soit utilisé. Ce qui suppose qu’il pleuve», explique le directeur de la stratégie de Météo France. L’avenir d’Eole est donc suspendu à la pluie. Un comble.

 



[1] Baixas, Calce, Villeneuve-la-Rivière et Pézilla-la-Rivière.

 



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