EDF : le conseil d’administration de tous les dangers

Le 29 juillet 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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RTE appartient-il encore à EDF?
RTE appartient-il encore à EDF?
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L’électricien lance le projet le plus cher de toute son histoire. Et en profite pour faire de la comptabilité créative.

Après des années d’atermoiements, les administrateurs d’EDF ont finalement tranché. Jeudi 28 juillet, au cours d’un conseil d’administration houleux, rythmé par la démission de deux administrateurs issus de la société civile, plusieurs décisions majeures pour l’avenir du groupe ont été prises.

 

Sans surprise, l’énergéticien a choisi de construire deux réacteurs EPR au Royaume-Uni. Très critiqué en interne et en Europe, le projet de centrale nucléaire de Hinkley Point C coûtera, au bas mot, 16 milliards d’euros au groupe présidé par Jean-Bernard Lévy. Ce sera la première fois en 70 ans que l’électricien semi-public engagera autant de fonds propres. Possiblement rentable à long terme, ce projet nécessite de consolider les relations du groupe avec son partenaire chinois CGN, qui financera le tiers de la future centrale du Somerset.

 

Cession de la moitié de RTE

Pour renflouer sa trésorerie, EDF va céder la moitié du capital de l’une de ses pépites: RTE. Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité est désormais valorisé à 8,45 Md€. Sa maison-mère annonce être entrée en négociation exclusive avec la Caisse des dépôts et CNP Assurance pour céder 49,9% du capital de sa filiale. L’opération pourrait être scellée durant le premier semestre 2017. L’autre moitié du capital de RTE reste donc la propriété du fonds dédié au démantèlement des centrales nucléaires.

 

Sitôt connue la décision du lancement de la construction de la centrale de Hinkley Point C, Londres a douché les espoirs français. Jeudi soir, le nouveau secrétaire à l’économie, à l’énergie et à la stratégie industrielle a indiqué que l’administration britannique allait «désormais étudier avec attention toutes les composantes de ce projet». Selon Greg Clark, la première ministre Theresa May attendra le mois de septembre avant de se décider à signer, ou non, le contrat pour différence avec EDF. Contrat qui permettrait à l’électricien français de vendre son courant à plus de 130 €/MWh, 35 années durant. Une subvention qui pourrait coûter plus de 35 Md€ au contribuable britannique.

 

Une partie de cette manne sera immédiatement affectée au rachat des activités ‘réacteurs’ d’Areva. EDF devrait disposer de 51% du capital d’une nouvelle société, baptisée New Areva NP, valorisée à hauteur de 2,5 Md€. Comme demandé par l’électricien, cette nouvelle filiale, et ses filiales, devront être immunisées «contre tous les risques et coûts liés à l’achèvement du projet d’Olkiluoto 3 [en Finlande, ndlr] et seront protégés des risques liés à la découverte d’anomalies dans le suivi de fabrication d’équipements produits dans les usines du Creusot et le cas échéant de Saint-Marcel et de Jeumont». Il n’est pas exclu que Mitsubishi prenne une participation minoritaire dans New Areva NP. Ce qui permettra à la nouvelle entité non seulement de commercialiser et construire des réacteurs de technologie EPR allégée mais aussi des réacteurs de type Atmea, dont les 4 premiers exemplaires seront construits pour Engie en Turquie.

 

Discussions sur Fessenheim

Après un premier échange tendu avec le ministère en charge de l’énergie, les négociations portant sur l’indemnisation de l’entreprise suite à la décision de fermer prématurément la centrale nucléaire de Fessenheim progressent, a annoncé Jean-Bernard Lévy. L’indemnisation, dont le montant n’a pas encore été arrêté, prendra en compte les coûts liés à la fermeture du site alsacien (reconversion du personnel, démantèlement) et «une part variable donnant lieu, le cas échéant, à des versements ultérieurs, reflétant le manque à gagner pour EDF jusqu’en… 2041».

Comme chaque année à pareille époque, le conseil d’administration de jeudi a aussi été l’occasion pour le management de présenter les résultats semestriels de l’entreprise: un chiffre d’affaires de 20,4 Md€ (-2% par rapport au premier semestre 2015), un Ebitda[1] qui s’établit à 6,2 Md€ (-2,8%), un résultat part net du groupe qui chute de 17% (à 2 Md€). Seul le résultat net courant progresse de 1,4%, à 2,97 Md€. Cette performance est en partie imputable à un artifice comptable.

 

Allongement rentable de la durée de vie

Désormais, EDF considère que les 32 réacteurs du palier 900 mégawatts (MW) (les deux tranches de Fessenheim ne sont plus prises en compte) fonctionneront 50 ans. Conséquence: les investissements qui devront être réalisés pour leur démantèlement sont décalés de plusieurs années, améliorant du même coup de 300 M€ le résultat semestriel net courant du groupe. Et de 600 M€ pour l’année.

Le même artifice sera utilisé pour les paliers 1300 et 1400 MW. Ce qui permettra de doper un petit peu les performances financières du groupe pour les prochaines décennies.

 



[1] L’Ebitda (Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization) désigne les revenus d'une entreprise avant soustraction des intérêts, impôts, dotations aux amortissements et provisions sur immobilisations.

 



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