EDF: la gestion de la légionellose épinglée

Le 26 juin 2006 par Claire Avignon
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Selon un avis de l’Afsset publié le 22 juin, le risque de prolifération et de diffusion des légionelles n’est pas correctement pris en compte dans les tours aéroréfrigérantes des centres nucléaires d’EDF.

La réglementation des 28 tours aéroréfrigérantes (TAR) situées dans 11 centrales nucléaires de production d'électricité (CNPE) d'EDF diffère de celle des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Les premières ont en effet des hauteurs bien plus importantes que les secondes. Et selon la modélisation du producteur d'électricité relative à la dispersion atmosphérique des panaches, le niveau de risque engendré par ses tours est inférieur à celui d'une tour d'ICPE.

C'est cette appréciation qui a été sévèrement critiquée par le comité d'experts réunis par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), suite à une saisine de la direction générale de la santé, de la direction de la prévention des pollutions et des risques et de la direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, en date du 15 novembre 2004. «EDF n'a pas présenté une démarche globale cohérente vis-à-vis du risque de prolifération et de diffusion des legionelles», explique l'avis. Les experts demandent ainsi de baisser les seuils d'intervention qui sont actuellement «bien trop élevés», entre 500 et 5.000 fois supérieurs aux seuils d'intervention des tours aéroréfrigérantes des ICPE.

Par ailleurs, la mise en place des traitements de désinfection apparaît «extrêmement tardive» aux yeux du groupe d'experts présidé par Bernard Tribollet, chercheur au CNRS: 10 jours s'écoulent entre le prélèvement et le résultat. «Or, c'est justement pendant ces périodes de dépassement que des contaminations aiguës peuvent avoir lieu», est-il noté dans l'avis.

La direction d'EDF dit vouloir «prendre en compte les nouvelles recommandations afin de renforcer encore davantage les procédures.» Elle n'a d'ailleurs pas le choix puisque l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a demandé à EDF, par lettre en date du 16 juin 2006, d'approfondir son analyse sur plusieurs points: la démonstration du caractère spécifique des grandes tours des centrales nucléaires par rapport aux tours classiques; le renforcement des dispositions de surveillance des installations; l'examen des moyens permettant de réduire autant que possible le développement des légionelles dans les circuits de refroidissement; enfin, l'exploitation des résultats d'études épidémiologiques.

Sur ce point, EDF veut «rassurer l'ensemble des personnes qui sont à proximité des installations nucléaires.» Et de rappeler qu'«aucun cas de légionellose n'a été répertorié par les autorités de sécurité sanitaire dû à nos tours.» L'avis confirme cette déclaration: «En dépit des dépassements de seuil constatés sur certains sites CNPE, aucun cas groupé n'a été décrit dans la littérature.» Mais, précisent les experts, «à l'heure actuelle aucun outil d'évaluation n'a été mis en place spécifiquement pour étudier le lien potentiel entre les TAR de grandes dimensions et les cas sporadiques.» Cas qui représentent 50% des déclarations de légionellose.

EDF a donc du pain sur la planche pour arriver à satisfaire les autorités. Sa charge de travail pourrait même s'alourdir au début de l'année prochaine, lorsque l'Afsset rendra les résultats de la deuxième partie de la saisine gouvernementale qui porte sur les traitements dont EDF dispose pour éliminer les légionnelles, et leurs conséquences sur la santé et l'environnement. «Compte tenu des débits d'eau extrêmement importants des TAR des centrales, il nous faut évaluer la pertinence des traitements, mais aussi leurs conséquences, différemment des TAR d'ICPE», indique Dominique Gombert, chef du département des expertises intégrées de l'Afsset.




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