EDF devrait choisir de construire Hinkley Point C

Le 25 juillet 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La construction des deux EPR de Hinkey Point coûtera, au moins, 22 Md€.
La construction des deux EPR de Hinkey Point coûtera, au moins, 22 Md€.
EDF Energy

Le conseil d’administration de l’électricien doit statuer, jeudi 28 juillet, sur la construction de deux réacteurs EPR au Royaume-Uni.

Construire ou ne pas construire la centrale nucléaire de Hinkley Point? Telle est la question mise en débat au conseil d’administration d’EDF du 28 juillet. Point qui n’est, a priori, pas encore tranché. Grosso modo, le monde des administrateurs de l’énergéticien est divisé comme il se doit en trois catégories: les pro, les anti et les indécis.

Dans la première famille, on retrouve Jean-Bernard Lévy, PDG du groupe, et les administrateurs nommés par l’Etat[1]. Les 6 représentants des salariés (dont la moitié sponsorisés par la CGT) sont, eux, farouchement opposés à la construction des deux réacteurs EPR. Restent les 6 administrateurs indépendants[2] qui devront voter en leur âme et conscience. Ancienne responsable de l’énergie à Cap Gemini, après avoir été la première directrice d’EDF, Colette Lewiner s’est déjà déclarée en faveur du projet. On résume: 7 voix sur 18 sont déjà acquises à la plus coûteuse centrale nucléaire du monde. Gageons que la majorité du conseil penchera de ce côté.

22 milliards d’euros au minimum

Si tel est finalement le cas, nombre de questions restent en suspens. A commencer par le financement d’un projet dont le coût atteint, au minimum, 22 milliards d’euros. Normalement, EDF doit prendre les deux tiers du capital de la centrale, le groupe chinois China General Nuclear Power Corporation (CGN) amenant le dernier tiers. Problème: aucun accord financier définitif n’a encore été conclu entre les deux groupes. De plus, l’énergéticien français devra intégrer Hinkley Point à son bilan. De quoi alourdir sensiblement sa dette et dégrader probablement sa notation financière. Avec une hausse du coût des emprunts en perspective.

Très favorable au projet, le nouveau gouvernement britannique devra bientôt gérer le risque de mécontentement populaire. L’un des points-clés de l’opération Hinkley Point C réside dans sa forte rentabilité, comprise entre 9 et 10%. Celle-ci résulte essentiellement du contrat pour différence conclu entre EDF et le gouvernement Cameron. Il prévoit que l’exploitant de la future centrale nucléaire vende son courant au prix ‘de référence’ de 92,5 livres le mégawattheure (130 €), 35 années durant. A charge pour le trésor de sa Majesté de compenser le manque à gagner pour EDF si les prix du marché sont inférieurs à ce prix fixe. Selon une estimation réalisée par le National Audit Office (la Cour des comptes britannique), le montant total de cette subvention déguisée pourrait flirter avec les 30 Md£ (35,8 Md€), intégralement payées par les sujets d’Elisabeth II: 10 fois plus que les estimations faites en avril 2014.

Ecueils judiciaires

Autre écueil: l’accord franco-chinois prévoit aussi qu’EDF Energy construise deux réacteurs chinois (de technologie HPR 1000) sur son site de Bradwell. CGM apporterait les deux tiers du financement et la filiale britannique d’EDF le tiers. Hélas, le réacteur Hualong-1 est loin d’être certifié au Royaume-Uni. Même si les 8 premiers exemplaires sont déjà en cours de construction en Chine et au Pakistan.

La justice aura aussi son mot à dire. Fin juin, le comité central d’entreprise (CCE, dirige par la CGT) a assigné EDF. Le CCE estime en effet ne pas disposer de tous les éléments nécessaires pour apprécier le projet Hinkley Point. L’audience a été fixée au 22 septembre. Il y a un an, 10 électriciens et le gouvernement autrichien ont déposé plainte devant la justice européenne. Les plaignants estiment que les conditions de financement de deux réacteurs EPR contreviennent aux règles encadrant les aides d’Etat. Ce qui n’est pas l’avis de la Commission européenne.

 



[1] Bruno Lechevin, président de l'Ademe; Marie-Christine Lepetit, cheffe du service de l’Inspection des finances; Christian Masset, secrétaire général du ministère des affaires étrangères; Martin Vial, commissaire aux participations de l’Etat

[2] Olivier Appert, délégué général de l’académie des technologies, ex-président de l’Institut français du pétrole (IFP); Philippe Crouzet, président de Vallourec; Bruno Lafont, coprésident de Lafargeholcim; Colette Lewiner, administratrice professionnelle et ancienne vice-présidente d’EDF; Gérard Magnin, ancien délégué général d’Energy Cities; Laurence Parisot, vice-présidente de l’Institut français d'opinion publique (Ifop) et ancienne présidente du Medef; et Claire Perdini directrice générale adjointe de Saint-Gobain.

 



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