EDF devra modifier la conception des futurs réacteurs EPR

Le 19 juillet 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'enceinte des futurs EPR ne résistera toujours pas à la chute d'avions militaires ou commerciaux.
L'enceinte des futurs EPR ne résistera toujours pas à la chute d'avions militaires ou commerciaux.
VLDT

 

Dans un avis publié le 18 juillet, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) demande de sérieuses modifications aux projets d’EPR NM et d’EPR 2 d'EDF. Revue de détail.

 

D’une pierre coup double. Pour préparer l’avenir, EDF ne prépare pas un mais deux réacteurs du futur: l’EPR Nouveau Modèle et l’EPR 2. Ces machines, qui pourraient être les chevaux de bataille de l’industrie nucléaire française, n’existent, pour le moment, que dans les cartons d’EDF. L’objectif de leurs géniteurs est de bâtir une machine plus ou moins puissante que l’EPR normand (1600 MWe) mais autant caparaçonnée que les prototypes d’Olkiluoto ou de Taïshan. Le tout pour un prix inférieur de moitié à celui de Flamanville. Ce qui impose une conception différente. Un exemple : la double enceinte de l’EPR de Flamanville laissera la place à une coque béton classique, moins complexe à construire.

Espérant se voir signifier la première commande vers 2021, l’opérateur historique met les bouchées doubles. Dès avril 2016, EDF a transmis son dossier d’options de sûreté à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Trois ans auront été nécessaires aux gendarmes de l’atome pour se faire une opinion.
Globalement, celle-ci n’est pas mauvaise: «les objectifs généraux de sûreté, le référentiel de sûreté et les principales options de conception sont globalement satisfaisants», écrivent d’entrée de jeu les ingénieurs de l’ASN. Mais le diable se niche dans les détails.

exclusion de rupture

L’industriel entend, par exemple, appliquer une démarche «d’exclusion de rupture» pour les tuyauteries primaires principales et les tuyauteries principales d’évacuation de la vapeur des circuits secondaires principaux. Démarche dont les résultats sur ces mêmes composants de Flamanville 3 sont des plus discutées. En toute logique, l’ASN considère «qu’EDF doit définir les modalités pour démontrer l’atteinte de l’objectif de haute qualité de conception, de fabrication et de suivi en service et de la haute confiance dans cette qualité.» L’industriel devra revoir sa copie.

Le chapitre du dossier consacré aux agressions semble des plus légers. EDF devra sans doute réécrire les parties consacrées à la prévention des incendies, des explosions ou des émissions de projectiles. Les concepteurs du futur EPR n’imaginent pas qu’un avion militaire ou commercial puisse chuter sur le réacteur. Après Fukushima, où l’impensable s’est produit, ce classicisme de la sûreté ne doit plus avoir cours, estime l’ASN. Même critique pour le système de refroidissement d’urgence du réacteur dont l’autorité de sûreté nucléaire n’est pas convaincue de l’étanchéité absolue.

Super sprinkler

Dans le bâtiment réacteur, tout ne va pas pour le mieux. A commencer par l’instrumentation au cœur du réacteur, grâce à laquelle les opérateurs connaissent température, activité neutronique, etc. Or, estiment les experts de l’ASN, l’instrumentation prévue pour l’EPR NM ne permet pas de disposer d’informations suffisamment précises sur la distribution de puissance interne au cœur. «Pas acceptable». Dans le dossier de l’EPR 2, l’ASN aimerait voir revenir le système d’aspersion de l’enceinte de confinement pour limiter la pression et la température à l’intérieur de l’enceinte de confinement en situation accidentelle. Ce super sprinkler existera sur l’EPR NM, mais pas chez son petit frère. Une discrimination que déteste l’ASN.

Les gendarmes du nucléaire ne sont pas les seuls à critiquer le dossier d’EDF. Les experts de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) montrent peu d’enthousiasme à l’idée de voir arriver dans l’Hexagone des réacteurs de 1750 MWe, comme l’EPR NM. Dans un avis, publié le 19 janvier 2018, l’institut de Fontenay-aux-roses «considère que l’augmentation de la puissance thermique du cœur va à l’encontre de l’augmentation des marges de sûreté que l’on pourrait attendre d’un nouveau modèle de réacteur.» Pas vraiment le but recherché.



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