EDF: de bons résultats en trompe-l’œil?

Le 14 février 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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De nombreux nuages obscurcissent l'avenir de l'électricien public.
De nombreux nuages obscurcissent l'avenir de l'électricien public.
VLDT

Les bonnes performances financières de l’électricien public n’effacent pas les menaces pesant sur son modèle d’affaires.

 

Après l’année du rebond, 2019 aura été l’année de la confirmation. Tel est le principal message lancé, ce vendredi 14 février, par le P-DG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, à l’occasion de la présentation des comptes 2019 de l’entreprise.

Des comptes qui vont en s’améliorant. A 71,3 milliards d’euros, le chiffre d’affaires progresse de 4% en un an. L’EBITDA dépasse les 16 milliards, enregistrant une hausse de 12%. L’EBIT bondit de 23%, à 6,7 Md€. Totalisant un résultat net courant de 3,8 Md€, l’énergéticien voit son bénéfice grimper de 57,9%. Belle performance.

Pour autant, tout n’est pas rose au pays de l’atome triomphant. Le groupe français affiche une disponibilité de ses réacteurs en baisse. Ce qui a réduit de plus de 3% le productible nucléaire, l’an passé. Archi coûteux, le chantier de l’EPR de Flamanville est loin d’être achevé. Au mieux, le prototype normand n’injectera ses premiers MWh qu’en 2023.

Critiques pour le modèle d’affaires du groupe, les quatrièmes visites décennales des réacteurs de 900MWe s’annoncent plus complexes que prévu. Il a fallu 7 mois de travaux pour que la tranche n°1 de Tricastin obtienne son premier sésame (non définitif) de l’Autorité de sûreté nucléaire. Deux mois de plus que prévu. «C’est un dérapage normal pour une opération prototype. Mais il faudra sans doute compter sur la même durée pour les prochaines 4e visites décennales», reconnaît Etienne Dutheil, directeur de la production nucléaire.

mettre le paquet sur la qualité

Le groupe doit encore améliorer sa démarche qualité. Ce qu’avaient déjà pointé le rapport Folz, publié en octobre dernier, et, plus récemment, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Après avoir publié, en décembre, un premier plan d’action, l’énergéticien vient d’annoncer la nomination d’un délégué général à la qualité industrielle et aux compétences nucléaires. Confiée à Alain Tranzer (actuel vice-président de PSA, en charge du programme CO2), ce poste de Père Fouettard de la qualité industrielle doit notamment permettre d’améliorer «la gouvernance des grands projets nucléaires». EDF veut achever en deux ans le chantier de l’EPR de Flamanville et convaincre le gouvernement de sa capacité d’en bâtir six autres, par la suite.

Cela suffira-t-il pour doper la production nucléaire, socle de la performance du groupe? Pas certain. Car, en plus des problèmes de management des chantiers, de la gestion de compétences rares et du remplacement d’un grand nombre d’agents en partance pour la retraite se profilent de nouvelles contraintes pour le parc nucléaire. Le groupe devra définitivement arrêter 14 réacteurs de 900 MWe d’ici à 2035. Il devra aussi faire face aux affres du réchauffement, notamment à la baisse de débits des fleuves (Garonne, Loire, Rhône, Seine) indispensables au refroidissement des réacteurs. «Ces crises se reproduisent chaque année», constate Cédric Lewandowski, directeur du parc nucléaire et thermique.

réformer l'Arenh

L’outil de production n’est pas la seule source d’inquiétude. EDF doit encore sécuriser son modèle d’affaires. Pour cela, le groupe doit tout à la fois faire valider par le gouvernement et surtout par la Commission européenne la réforme de l’Accès régulé à l'énergie nucléaire historique (Arenh), dispositif qui oblige l’électricien à céder à ses concurrents jusqu’au quart de son électricité atomique à prix coûtant. Un dispositif qui rogne significativement les marges de l’opérateur historique. Jean-Bernard Lévy a d’ailleurs prévenu: sans réforme de l’Arenh, pas de restructuration du groupe.

Esquissée dans le désormais fameux projet Hercule, cette réorganisation prévoit la séparation des activités nucléaires des autres (commerce, distribution, énergies renouvelables). Ces deux grandes filiales pourraient, éventuellement, accepter d’autres actionnaires à son capital que la maison-mère. Ce qui permettrait à EDF d’alléger à bon compte son son endettement croissant. Entre 2018 et 2019, le montant des dettes de l’entreprise est passé de 33,4 à 41,1 milliards d’euros. Or, tant que le programme Linky et les chantiers des EPR de Flamanville et de Hinkley Point C ne seront pas achevés, il y a peu de chance que cet indicateur tourne enfin au vert.