EDF convainc les marchés… pour le moment

Le 16 février 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En un an, l'endettement d'EDF a progressé de 10%.
En un an, l'endettement d'EDF a progressé de 10%.
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Pour financer ses investissements, l’électricien français se débarrasse de ses énergies… décarbonées.

Près de 9% de hausse à la mi-journée[1]. Rarement on avait vu l’action d’EDF faire un tel bond, de mémoire d’analyste. Il est vrai que les nouvelles financières distillées, ce mardi 16 février, par les dirigeants de l’électricien français ne sont pas totalement mauvaises. A court terme. Entre 2014 et 2015, le chiffre d’affaires de l’opérateur électrique historique a progressé de 2,2%, pour s’établir à 75 milliards d’euros. Globalement, le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (l’Ebitda) enregistre une hausse de près de 2%, mais recule de 6% sur le marché français, de loin le plus important du groupe.

A 1,1 milliard, le résultat net part du groupe dégringole franchement: -67,9% en un an; divisant par 5 le résultat par action. Jean-Bernard Lévy reste optimiste et promet jusqu’en 2018 un taux de redistribution des bénéfices aux actionnaires variant entre 55 et 65%. Cette année, ils se contenteront de 1,1 € par action. «Nous avons tous nos engagements», se réjouit le PDG du groupe.

Du jamais vu depuis 10 ans

Cette performance est-elle durable? On est tenté d’en douter, tant sont nombreux les éléments non récurrents pour 2015. Les résultats d’Edison, la filiale italienne, sont bons, essentiellement en raison d’un arbitrage favorable à propos d’un contrat d’achat de gaz à la Libye: 855 M€ d’impact positif pour l’Ebitda d’Edison. Les bons chiffres britanniques sont essentiellement imputables à la forte productivité des centrales nucléaires: 60,6 térawattheures (+8%). «Du jamais vu depuis 10 ans», commente Jean-Bernard Lévy. Même si le chiffre d’affaires tricolore recule de 0,3% (la faute à la fin des tarifs régulés jaunes et verts et au désintérêt des concurrents d’EDF pour l’Arehn, désormais plus cher que le marché de gros), les réacteurs hexagonaux ont bien tourné: 416,8 TWh, en toute petite hausse de 0,2%.

Allongement de la durée de vie des centrales britanniques

Cela ne durera pas forcément. Cette année, EDF a déjà programmé 6 visites décennales, au lieu de 5 l’année prochaine. Et de très gros travaux: changement de générateurs de vapeur, sur deux tranches, installations des diesels d’ultime secours dans tout le parc. Avec le risque de voir chuter le productible atomique. Cette baisse éventuelle pourrait être compensée par le parc britannique, dont 4 tranches viennent de voir leur durée de vie allongée de 5 ans (pour Heysham 1 et Hartlepool) et 7 ans (pour Heysham 2 et Torness). Car, sur cette rive du Channel, l’heure est aux interrogations nucléaires.

100 milliards pour le nucléaire français

EDF devra toujours débourser une centaine de milliards d’euros pour maintenir à niveau son parc nucléaire et espérer en allonger la durée de vie, a récemment calculé la Cour des comptes. L’électricien entend aussi quasiment doubler son parc renouvelable mondial: celui-ci devra passer de 28 à 50 gigawatts d’ici 2030. Des investissements dans les réseaux, le comptage, le renouvellement des compétences devront aussi être réalisés. Sans oublier des provisions pour Cigeo et les futurs centres d’entreposage de déchets nucléaires qu’il faudra prévoir. Reste à savoir comment. Car, d’ici 2018, l’opérateur historique entend non seulement réduire sa masse salariale (et baisser ses coûts opérationnels de 700 M€) mais aussi diminuer de 17% le montant de ses investissements qui passeront à 10,5 Md€/an.

Equation à nombreuses inconnues

L’équation semble impossible à résoudre. D’autant que de grosses inconnues persistent sur les délais de livraison des EPR finlandais et normand qui, tous deux, influeront sur les prochains résultats de l’entreprise. Rien ne dit non plus que le couvercle et le fond de la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville seront considérés comme bons pour le service par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cette dernière doit aussi définir sa doctrine pour l’allongement, encore hypothétique, de la durée de vie des réacteurs. Un coup de pouce qui, de toutes façons, ne sera jamais donné de façon générique mais toujours au cas par cas. Les négociations avec les partenaires chinois ne sont toujours pas achevées. Ce qui repousse une fois encore l’accord sur la construction des deux EPR à Hinkley Point. Un projet de 23 Md€!

Un libéral, des subventions

Autre gros facteur d’incertitude: l’évolution du marché européen de l’électricité. Avec la stagnation de la consommation, l’arrivée massive de capacités renouvelables en Allemagne et la faiblesse de l’activité économique, les prix de gros de l’électron européen sont au plus bas. «Ces 6 derniers mois, constate Thomas Piquemal, directeur exécutif en charge des finances, les prix de l’électricité ont baissé de 30%.» «A ce niveau-là, renchérit Jean-Bernard Lévy, on épuise le parc de production qui ne peut plus être remplacé sans recourir aux subventions.»

Subvention: le mot est lâché par le patron libéral. Et il peut revêtir bien des formes différentes. Jean-Bernard Lévy a déjà sa petite idée. D’abord, fortement rehausser les tarifs régulés (qui ne concernent plus que les particuliers français). Ce qui fera évidemment tiquer n’importe quel gouvernement en période électorale. Et à coup sûr faire perdre à son ex-bénéficiaire des parts de marché. La hausse du prix des quotas d’émission de gaz à effet de serre? Le PDG de l’électricien rappelle qu’en deçà de 30 à 40 €, le prix du carbone n’influe pas sur les décisions d’investissement. Peine perdue: aucune administration polonaise, tchèque, slovène n’acceptera un prix plancher des quotas aussi haut. Alors quoi? Des cessions d’actifs?

La liste de cessions

Certainement: «Les investissements supplémentaires seront financés par des cessions d’actifs, notamment ceux utilisant des énergies fossiles», affirme Jean-Bernard Lévy. C’est jusqu’à présent le cas. Ces derniers mois, EDF a cédé ses participations dans les énergéticiens hongrois Bert et autrichien Estag. Pour la suite, c’est moins évident. Bien sûr, l’électricien pourrait céder le gisement de gaz d’Aboukir, détenu par Edison. Mais ce ne sera pas suffisant.

L’électricien semi-public envisage surtout de se désengager du nucléaire américain. Ses participations dans CENG, la co-entreprise qu’elle détient avec Exelon, sont valorisées autour de 3 Md€. 3 milliards, c’est ce qu’EDF pourrait espérer en cédant un tiers du capital de ses centrales nucléaires britanniques. Autre idée en lice. Depuis des années, les dirigeants de l’opérateur historique s’interrogent sur l’ouverture du capital de RTE. Ces dernières semaines, des rumeurs tablent sur une possible cession de la moitié du capital de la filiale en charge du réseau THT. Une opération, là encore, à 3 Md€ environ. A la Guadeloupe, la centrale à géothermie profonde de Bouillante vient d’être cédée pour 52 M€ à Ormat, un industriel américain. Nucléaire, énergies renouvelables, réseaux: on est décidément très loin des énergies carbonées. Ce qui ne manquera pas de surprendre deux mois après la COP 21.

 



[1] Depuis un an, le cours de l’action a perdu la moitié de sa valeur.

 



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