Ecophyto: une deuxième version vouée à l’échec?

Le 27 janvier 2015 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Tout dépend des moyens alloués à la réduction de l'usage des pesticides d'ici à 2025
Tout dépend des moyens alloués à la réduction de l'usage des pesticides d'ici à 2025

Le nouveau plan national de réduction des pesticides, attendu le 30 janvier, ne parviendra pas à diminuer leur usage de moitié entre 2008 et 2025, selon la Fondation Nicolas Hulot (FNH). Sauf s’il s’avère plus ambitieux sur les néonicotinoïdes, la restauration collective et la fiscalité.

 

Après le constat d’échec dressé le 23 décembre par le rapport du député socialiste Dominique Potier, le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll avait promis de redresser la barre, avec un nouveau plan Ecophyto plus ambitieux prévu pour le 30 janvier. Pour rappel, alors qu’Ecophyto 1 ciblait une réduction de moitié de l’usage des pesticides entre 2008 et 2018 «si possible», celui-ci a augmenté de 5% en moyenne entre 2009 et 2013.

 

Urgence accrue

Sept ans après le premier plan Ecophyto, les études scientifiques démontrant les effets nocifs des pesticides se sont accumulées, dont l’expertise collective de l’Inserm[1] publiée en juin 2013 énumérant les effets à long terme sur la santé, y compris à de faibles doses. Autant de résultats inquiétants qui ont intensifié les attentes des ONG en faveur d’une politique volontariste de réduction. «L’urgence d’agir est encore plus importante aujourd’hui. Les effets sur la santé humaine sont démontrés. On sait aussi que les pesticides ont réduit à 25% les colonies d’abeilles nécessaires au bon fonctionnement des écosystèmes, et que 93% des cours d’eau français sont contaminés», alerte Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH), lors d’une conférence de presse organisée ce 27 janvier à Paris.

 

Des objectifs revus et corrigés

Si tous les dispositifs ne sont pas encore arbitrés, FNH croit savoir que l’objectif de réduction de moitié sera reporté de 2018 à 2025 avec un objectif intermédiaire de 25% en 2020. Soit une trajectoire conforme aux recommandations du rapport Potier. Cette baisse devrait s’accompagner d’une hausse à 20% de la surface agricole utile (SAU) en bio d’ici 2020 (contre à peine 4% aujourd’hui), et du déploiement du réseau des fermes Dephy (2.000 fermes aujourd’hui ont pu réduire l’usage des pesticides de 12% entre 2012 et 2013).

 

Des moyens notoirement insuffisants

Satisfaite de ces objectifs, FNH critique en revanche le manque de moyens alloués par le ministère de l’agriculture à ce programme ambitieux. «Réduire l’usage des pesticides de 25% sans changer radicalement le système agricole est possible», affirme Amandine Lebreton, chargée de l’agriculture et de l’alimentation à FNH, rappelant la position de l’Inra[2]. «En revanche, il est impossible de les réduire de moitié en développant seulement le biocontrôle, les agro-équipements comme les caméras de surveillance, ou les fermes Dephy», poursuit Matthieu Orphelin.

 

4 mesures à ne pas oublier

L’ONG regrette qu’Ecophyto 2 soit cantonné à une amélioration des techniques agricoles alors que des mesures incitatives pourraient au contraire doper l’offre de façon significative. Une prime nationale aux cantines augmenterait ainsi la part du bio, aujourd’hui réduite à moins de 2% des repas. Une mesure qui coûterait de 30 à 40 millions d’euros par an à l’Etat, pendant deux à trois ans, et qui permettrait d’enclencher un changement profond des pratiques.

Deuxième mesure: l’interdiction définitive et complète des néonicotinoïdes. Visées par un moratoire européen jusqu’en décembre 2015, trois molécules nocives pour les abeilles[3] doivent être définitivement bannies des champs de l’Union européenne. «Lors de la troisième Conférence environnementale, le président Hollande s’est engagé à aller plus loin que ce moratoire et à porter le dossier au plan communautaire. La France doit préciser à quelle échéance elle va enclencher cette procédure», réclame le porte-parole de FNH. Par ailleurs, l’interdiction du pesticide Cruiser OSR, depuis le 29 juin 2012 dans l’Hexagone, connaît encore de nombreuses exceptions à supprimer: notamment pour les céréales d’hiver et le traitement par pulvérisation après floraison.

Troisième idée-phare, déjà préconisée par FNH dans le passé: la séparation des activités de vente de produits agricoles et de conseil, de façon à faire émerger un système d’expertise indépendant en appui aux agriculteurs.

Enfin, en cours d’arbitrage au ministère de l’agriculture, l’affectation des recettes fiscales doit être revue. Alors que le produit de la taxe sur les ventes de pesticides et de la redevance pour pollutions diffuses doit rapporter 140 M€ à l’Etat en 2015, 41 M€ seulement sont aujourd’hui alloués au programme Ecophyto. L’objectif du rapport Potier est de les augmenter à 100 M€. Des mesures nécessaires mais qui pourraient rester dans les tiroirs. Le gouvernement a en effet appris, ce 27 janvier, qu’il allait devoir rembourser 1 Md€ à Bruxelles pour des aides agricoles versées de façon erronée ou frauduleuse entre 2008 et 2012.

 



[1] Institut national de la santé et de la recherche médicale

[2] Institut national de la recherche agronomique

[3] chlothianidine, imidaclopride et thiamétoxam

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus