Ecophyto néglige-t-il l’essentiel?

Le 03 mars 2017 par Romain Loury
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Ecophyto 2 sur la même lancée?
Ecophyto 2 sur la même lancée?
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Si le plan Ecophyto 1 a échoué dans son objectif de réduire de moitié l’usage des pesticides d’ici 2018, c’est parce qu’il était quasi-exclusivement axé sur les agriculteurs, sans tenir compte de l’aval de la production (transformateurs, distributeurs, consommateurs), jugent des chercheurs de l’Inra.

S’attachant trop aux parcelles, le plan Ecophyto 1, lancé en 2008, n’a pas réussi à lever le «verrouillage sociotechnique» qui caractérise les pesticides, à savoir «les interdépendances qui relient l’ensemble des acteurs économiques engagés dans la logique de systèmes agricoles pour lesquels les pesticides jouent un rôle de pivot», expliquent Laurence Guichard, de l’UMR Agronomie du centre Inra Versailles-Grignon, et ses collègues dans les Cahiers de l’agriculture.

Et c’est probablement l’une des raisons majeures de son échec: au lieu de baisser, le recours aux pesticides n’a cessé d’augmenter ces dernières années (+5% par an en moyenne entre 2009 et 2013), à l’exception d’une ébauche de réduction entre 2014 et 2015. Face à cet échec, le ministère de l’agriculture a décidé de lancer un plan Ecophyto 2, qui recule l’objectif de -50% à 2025.

Filières, consommateurs…

Quel est ce «verrouillage sociotechnique», imprudemment négligé par Ecophyto, dont parlent les chercheurs? Il est de nature diverse. Par exemple, «l’amortissement des installations industrielles pousse à la spécialisation régionale des productions et au rejet des solutions techniques qui pourraient entraîner une baisse de la production, comme les itinéraires techniques à bas intrants», expliquent d’abord les chercheurs.

D’autre part, il n’existe pas, localement, d’organisation de gestion collective des alternatives aux pesticides. «Et il est plus risqué, pour la crédibilité d’un conseiller agricole, de se tromper en disant de ne pas traiter alors que ce serait nécessaire, qu’en conseillant de traiter alors que ce ne serait pas nécessaire (erreur qui passera souvent inaperçue)», note l’équipe.

Les pesticides ont par ailleurs engendré des réflexes de pensée chez les agriculteurs comme chez les consommateurs: les premiers sont désormais familiers des solutions simples («à chaque problème son intrant») plutôt que de méthodes préventives plus complexes (rotations, semis différés, etc.), et sont guidés  par l’idée du «beau champ». De la même manière que les consommateurs le sont par l’idée du «beau fruit».

Le BSV mal pris en main

Autre source d’échec selon les chercheurs, le Bulletin de santé végétal (BSV), qui vise à alerter les agriculteurs de la présence, ou de l’absence, de maladies et de ravageurs. Relayée par SMS sous les forme de messages peu nuancés, «cette alerte peut éviter ou retarder les traitements inutiles à l’instant t. Mais elle peut aussi alarmer des agriculteurs, et les inciter à ‘sortir le pulvérisateur’ sans toujours vérifier si le bioagresseur est présent sur leurs propres parcelles».

Mêmes reproches pour le réseau Dephy, qui regroupait fin 2016 2.880 exploitations engagées dans une démarche volontaire de réduction des pesticides. Les chercheurs pointent notamment l’absence de plan pour une généralisation des pratiques de réduction.

Alors que le plan Ecophyto 2 prévoit un accompagnement de 30.000 fermes vers l’agroécologie, «ce changement d’échelle ne semble pas avoir été pensé par les pouvoirs publics autrement que sous la forme d’une simple diffusion par-dessus la haie: la simple mise en visibilité, via la communication, des pratiques permettant une réduction de l’usage devrait, d’après les responsables du plan, convaincre les agriculteurs de les adopter». Exemple évocateur, les réunions régionales, où la participation est «très faible», et qui «attirent surtout les convaincus».

Un impact symbolique important

Ecophyto 2 parviendra-t-il à éviter ces écueils? Pour l’instant, aucun des points soulevés par les chercheurs n’y a été pris en compte, ce qui peut faire douter de l’atteinte d’un objectif de 50%, même retardé de sept ans. Pour autant, le bilan n’est pas si sombre: Ecophyto 1 a permis des mises en réseau d’agriculteurs et de conseillers, et il a eu un impact symbolique non négligeable, révélant la nécessité d’une transition agro-écologique.

«Le choc symbolique occasionné par Ecophyto 1 prépare cette transition. Les attentes de la société, et les inquiétudes croissantes concernant la santé des agriculteurs et des consommateurs y poussent. Mais on n’échappera pas à la nécessité d’une réflexion approfondie sur le renouvellement des modalités de l’action publique, pour qu’elle réussisse à impulser des changements systémiques», concluent les chercheurs.



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