Ecophyto, de l’échec au rebond?

Le 23 décembre 2014 par Romain Loury
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+9,2% de pesticides en 2013
+9,2% de pesticides en 2013
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Avec une hausse de 9,2% des pesticides entre 2012 et 2013, le plan Ecophyto, qui prévoyait une réduction de 50% entre 2008 et 2018, a du plomb dans l’aile.  Remis mardi 23 décembre au premier ministre Manuel Valls, un rapport du député Dominique Potier (PS, Meurthe-et-Moselle) propose de le revoir de fond en comble.

«Au niveau national, le recours aux produits phytosanitaires a augmenté de 5% en moyenne entre 2009 et 2013 et de 9,2% entre 2012 et 2013», a annoncé mardi le ministère de l’agriculture. Lancé en 2008, Ecophyto a en effet du mal à décoller. «L’augmentation continue de la dépendance de notre agriculture aux pesticides montre que la profession agricole dans sa globalité ne joue pas le jeu», juge l’association Générations futures.

Remis mardi matin au premier ministre [1], le rapport de Dominique Potier, intitulé «Pesticides et agro-écologie, les champs du possible», le dit en d’autres mots: «la dynamique collective n’a pas encore diffusé au-delà des réseaux de praticiens pionniers, alors même que des succès probants commencent à être enregistrés à ce niveau».

Notamment dans les fermes du réseau Dephy (Démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en phytosanitaires), fer de lance d’Ecophyto: en 2013, les exploitations y participant, au nombre actuel de 1.914, avaient diminué leur nombre moyen de traitements de 12% pour les grandes cultures et la polyculture-élevage, de 11% pour l’arboriculture, constate le ministère de l’agriculture.

Un plan qui oublie l’essentiel

Au-delà de quelques agriculteurs convaincus, Ecophyto est-il pour autant un échec irrémédiable? Interrogé mardi par le JDLE, Dominique Potier tempère ce constat: le plan «a permis d’amortir la surconsommation de pesticides, qui serait probablement plus élevée aujourd’hui s’il n’avait pas été là. Et il a préparé une prise de conscience qui sera utile pour la suite».

Si les raisons de l’échec sont multiples, Dominique Potier en distingue une principale: Ecophyto «n’a pas pesé sur les principaux leviers» que sont la politique agricole commune (Pac) ou la volatilité des cours. Or ces facteurs conditionnent «le choix des cultures, des systèmes de culture et des assolements, ainsi que les stratégies d’aménagement et de gestion de l’espace».

En bref, Ecophyto a fait montre d’une «ambition sans réalisme», en se cantonnant «trop à la périphérie de l’entreprise agricole, sans chercher à peser sur ce qui y conditionne vraiment une prise de décision», déplore Dominique Potier.

Une réduction rééchelonnée

Plutôt que d’abandonner Ecophyto, le député propose de le réorienter en revoyant ses objectifs. Au lieu d’une réduction de 50% de l’usage des pesticides d’ici 2018, désormais irréaliste, Dominique Potier prône une baisse de 25% d’ici 2020, puis de 50% d’ici 2025.

Dans un premier temps (2015-2020), la baisse pourrait selon lui être atteinte par des moyens techniques déjà disponibles. Parmi eux, des «agroéquipements de nouvelle génération» réduisant les pertes, des alternatives telles que le biocontrôle et les variétés résistantes, ou encore «des combinaisons de techniques ayant des effets de synergie vis-à-vis de l’économie des intrants (itinéraires techniques et systèmes de culture innovants)».

Pour la deuxième phase, «il faudra passer par des leviers économiques, notamment sur la question de la concurrence avec nos voisins», en grande partie déterminée par la politique agricole commune (PAC) dont une nouvelle version verra justement le jour en 2020. Autre moyens, «la régulation du foncier, la réglementation européenne, le fonctionnement des filières, les modes de commercialisation et l’information des consommateurs».

Quant à l’objectif fixé par Stéphane Le Foll de 50% des exploitations en agro-écologie d’ici 2025 -soit 200.000 d’entre elles-, Dominique Potier propose dans un premier temps de se fixer un objectif «facteur 10», soit de l’objectif de 3.000 dans le réseau Dephy (contre 1.914 actuellement) à 30.000 exploitations.

«Une telle mesure permettra d’atteindre la taille critique à partir de laquelle la suite du processus de transformation de l’agriculture française se fera par des mécanismes plus classiques de ‘diffusion par-dessus la haie’», juge-t-il dans son rapport.

Ecophyto concentré sur six axes

Trop éparpillé, l’actuel Ecophyto devra être resserré sur six axes, propose Dominique Potier. A savoir le changement des pratiques et son accompagnement; la recherche et l’innovation; la maîtrise des risques et impacts; les politiques publiques, les territoires et les filières; les jardins et les espaces à vocation publique; l’observation et la communication.

La recherche et d’innovation en matière d’alternatives aux pesticides accuse en effet un retard important, estime le député. Selon lui, elle doit se concentrer sur la lutte contre les adventices, les variétés résistantes, le biocontrôle et l’agroéquipement, «un angle mort» du plan actuel.

Du côté des variétés résistantes, quid des OGM ? Le rapport n’y consacre qu’un encadré mi-figue mi-raisin. «Si j’avais pris position pour ou contre, cela serait devenu l’aspect principal de ce rapport», ironise Dominique Potier. Selon lui, «il est peut-être dommage de ne pas explorer les OGM en tant que moyen de sortie de l’addiction aux pesticides ».

«Mais la manière dont ils sont actuellement cultivés dans le monde constitue un contre-exemple absolu, du fait qu’ils créent une dépendance supplémentaire [à ces  substances]. Et la collection des variétés primitives offre au moins autant de possibilités», ajoute le député.

Interrogé sur les chiffres d’usage des pesticides publiés mardi par le ministère, Dominique Potier reconnaît qu’«il va falloir s’y mettre avec une force incroyable». Fin janvier, Manuel Valls devrait annoncer, sur la base de ce rapport, les nouvelles orientations du plan Ecophyto.

[1] En présence de la ministre de l’écologie Ségolène Royal et du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll.



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