Ecophyto 2018: réduire de 50% les pesticides sera difficile

Le 11 décembre 2009 par Sabine Casalonga
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Plusieurs acteurs ont estimé que l’objectif de réduction de 50% de l’usage des pesticides serait difficile à atteindre en 2018, au cours d’un débat organisé par l’association «Décider ensemble», consacré à «l’acceptabilité des contraintes phytosanitaires dans l’agriculture».

Réduire de 50% l’usage des pesticides d’ici 10 ans est l’objectif fixé par le plan Ecophyto 2018 (1) et repris par la loi «Grenelle I». Celle-ci vise aussi la suppression d’ici fin 2010 des produits phytopharmaceutiques contenant les 40 substances les plus préoccupantes. Le projet de loi Grenelle II, dans sa version adoptée par le Sénat le 8 octobre dernier (2), introduit des mesures supplémentaires visant à améliorer l’encadrement de l’utilisation de ces produits.

La rencontre organisée le 25 novembre par l’association Décider ensemble, présidée par le député Bertrand Pancher (UMP, Meuse) visait à faire le point sur les mutations en cours et à venir des pratiques agricoles et à entendre le point de vue de divers acteurs sur la faisabilité de la réalisation de ces objectifs. «Le défi à relever est ambitieux, confirme Emmanuelle Soubeyran, en charge de la mise en œuvre du plan Ecophyto 2018 au ministère de l’agriculture. Il constitue un changement de référentiel très important qui nécessite la mobilisation de tous les acteurs.»

Les agriculteurs estiment difficile de respecter les échéances fixées par le plan Ecophyto. Nicolas Perotin, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de la Meuse pense ainsi nécessaire d’allonger le calendrier afin de «se donner le temps d’apporter de vraies solutions de remplacement». Il évoque plusieurs difficultés, notamment des distorsions liées à la non-uniformité du retrait des substances et de l’homologation en Europe, au prix plus élevé des produits de substitution souvent moins fiables, ainsi que l’apparition de résistances en raison de la diminution de la gamme de substances utilisées. Autre problème: le risque de ne plus pouvoir répondre aux exigences de qualité des distributeurs et industriels de l’agro-alimentaire, à l’instar du Danemark, obligé d’importer son blé panifiable, les acheteurs n’acceptant pas la présence de mycotoxines ou d’insectes. Face à ces difficultés, Nicolas Perotin fait plusieurs propositions, notamment la réouverture du débat sur les OGM, la poursuite de celui sur les variétés rustiques et les formules de remplacement (stimulateur de défense des plantes par exemple), ainsi que l’accompagnement financier des agriculteurs.

«Les fruits identiques, de même couleur et même calibre, ce n’est plus possible, confirme Jean-Claude Bevillard, chargé des questions agricoles à France nature environnement (FNE). Il ne faut pas faire porter le poids de ce changement uniquement à l’agriculture: les citoyens devront revoir leurs modes de consommation et les industriels leurs standards.» Le représentant de FNE appelle à renforcer la filière biologique, mettant en doute l’atteinte des objectifs du Grenelle (6% de surface agricole utile d’ici 2010). Il souligne en effet l’intérêt du savoir-faire acquis de cette filière sur les pratiques culturales pour aider à réduire l’usage des produits phyto. La nécessité de la traçabilité des produits bio a été mise en avant pour répondre aux attentes des consommateurs. Le label Haute valeur environnementale (HVE), introduit par le Grenelle II, et dont les décrets d’application sont attendus, permettra de distinguer les exploitations ayant de bonnes pratiques. «Le niveau 2 du cahier des charges correspond approximativement à ceux de l’agriculture raisonnée, tandis que le niveau 3 impose un bas niveau d’intrant (30% maximum du chiffre d’affaires) ainsi que 10% de surface agricole laissée à la nature», explique Jean-Claude Bevillard.

Un autre problème concerne les petites filières (3), comme celle du riz de Camargue, qui sont confrontées à la disparition des produits phytopharmaceutiques sans mise en place de produits de substitution, jugés non rentables par les industriels. «Un groupe de travail tente de trouver des solutions à ces ‘impasses techniques’», avance Emmanuelle Soubeyran. Enfin Martin Guespereau, le directeur de l’Afsset, a indiqué que la nouvelle structure issue de la fusion entre l’Afssa et l’Afsset (4) lancerait une étude sur l’exposition de la population aux produits phyto et biocides, rappelant «que l’on ne sait quasiment rien de leur présence dans les sols et l’air».

(1) Dans le JDLE «Pesticides: le plan Ecophyto 2018 en Conseil des ministres»
(2) Dans le JDLE «Le Grenelle II au Sénat: suite et fin»
(3) Dans le JDLE «Vers un allégement des procédures de mise sur le marché des PNPP»
(4) Dans le JDLE «La fusion Afssa-Afsset devrait être effective en juillet 2010»


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