Ecophyto 2 se dévoile

Le 30 janvier 2015 par Romain Loury
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Dominique Potier
Dominique Potier
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Ecophyto 1 est mort, vive Ecophyto 2! Présentées vendredi 30 janvier, les nouvelles grandes lignes du plan de réduction des pesticides reprennent en grande partie les recommandations du député Dominique Potier. Objectif: diminuer l’usage de 50% en deux temps d’ici 2025, et non plus d’ici 2018.

 

C’est lors d’une conférence nationale organisée au ministère, sobrement intitulée «2015, an 1 de l’agro-écologie», qu’a eu lieu l’annonce du plan Ecophyto 2. Objectif: réduire l’usage de pesticides, et accessoirement rebondir au plus vite après l’échec de la première version. Car au lieu d’une réduction, c’est à une augmentation continue que l’on a assisté ces dernières années, de 5% par an en moyenne entre 2009 et 2013.

Afin d’enrayer la hausse, le député Dominique Potier (PS, Meurthe-et-Moselle) a remis fin décembre 2014 au ministère de l’agriculture un rapport dressant plusieurs constats et recommandations pour une nouvelle version du plan (voir le JDLE). Elles semblent avoir été bien suivies, comme le montrent les grandes lignes annoncées vendredi par le ministère de l’agriculture.

Interrogé par le JDLE au terme de la réunion du comité national d’orientation et de suivi (Cnos) du plan qui s’est tenu vendredi matin, Dominique Potier s’est félicité que «tous [les acteurs présents] ont signifié leur engagement dans la dynamique proposée» dans son rapport, «celui de la deuxième chance».

Parmi les rares exceptions, le plan ne se verra doter que de 30 millions d’euros supplémentaires, provenant de l'augmentation de la redevance pour pollution diffuse. Soit 70 millions d’euros, au lieu des 100 millions d’euros préconisés par le député.

Anticiper la PAC

Objectif phare de la nouvelle version, obtenir une réduction de 25% d’ici 2020, puis de 50% d’ici 2025. D’abord par des moyens techniques existants (agroéquipements de nouvelle génération, biocontrôle, etc .), puis par des leviers politiques, notamment en agissant sur la future politique agricole commune (PAC) de 2020.

C’est cet appui sur le contexte européen qui, selon Dominique Potier, a pêché avec la première version d’Ecophyto. La nouvelle s’en sortira-t-elle mieux? «La PAC 2020, il faut la préparer dès maintenant, afin qu’elle prenne mieux en compte l’agro-écologie», juge le député.

Interrogé à ce sujet par le JDLE, Jean Boiffin, chercheur Inra [1] qui préside le comité d’experts Ecophyto, estime que ce volet «ne dépend pas uniquement du ministre actuel, mais des futures majorités, et ce combat n’est pas gagné. Au moins, [le nouvel Ecophyto] pose une réflexion et une façon de travailler qui n’avait pas eu lieu pour la PAC 2015», «un rendez-vous raté».

Autre préconisation du rapport Potier, faire rayonner les 3.000 fermes Dephy (Démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en phytosanitaires), dont le bilan s’avère très positif. Et ce dans l’objectif d’aboutir à 30.000 exploitations impliquées dans l’agro-écologie, une expérience qui pourra ensuite diffuser à d’autres.

Les certificats d’économie expérimentés

Autre grande mesure, l’expérimentation des certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP), qui inciteront leurs distributeurs à baisser le nombre de doses utilisées de 20% en 5 ans, selon le modèle des certificats d’énergie. Un dispositif «qui n’a pas fait hurler la profession», présente lors de la réunion du Cnos, observe Dominique Potier.

Dans une interview accordée à Libération, le ministre Stéphane Le Foll explique le nouveau système: «si un distributeur n’atteint pas son objectif de 20% en cinq ans, une pénalité de 11 euros par Nodu [nombre de doses unités] non économisé lui sera appliquée, soit l’équivalent de sa marge nette (…) Ceux qui auront été au-delà de l’économie de 20% pourront vendre leurs Nodu».

Du côté de la recherche, Dominique Potier a également été entendu par le ministère: le nouvel Ecophyto prévoit le lancement de «quatre programmes de R&D opérationnelle», sur le biocontrôle, les agroéquipements, l’innovation variétale et la flore adventice.

Les associations sur le qui-vive

Quelques jours avant cette conférence, des associations ont dit craindre un nouvel échec. Notamment la Fondation Nicolas Hulot, qui regrette que le plan se cantonne au secteur agricole sans s’étendre à la demande. Par exemple en accroissant la part du bio dans les cantines scolaires, actuellement de 2%. «Si on parle de bio à la cantine, d’accord, mais le bio n’arrivera pas à suivre [en termes d’offre], il faut d’abord réfléchir à la qualité du local», juge Dominique Potier.

En matière de réduction des pesticides, l’association Générations Futures souhaitait une démarche plus contraignante. Son porte-parole François Veillerette appelait à des «objectifs de réduction progressifs obligatoires dans le temps aux professionnels, par région et par type de culture», en «récompensant» les vertueux et en «soumettant ceux qui ne jouent pas le jeu à des redevances importantes».

Après consultation publique, le nouveau plan Ecophyto devrait être rendu public en juin prochain, les premières actions entrant en œuvre au «second semestre 2015», prévoit le ministère.

[1] Institut national de la recherche agronomique



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