Ecophyto 2: la fin de l’indicateur Nodu inquiète

Le 03 novembre 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
+5% par an entre 2009 et 2013
+5% par an entre 2009 et 2013
DR

Alors que le plan Ecophyto 2 se met en place, la mise à l’écart du Nodu, indicateur utilisé pour mesurer l’usage des pesticides, fait polémique. Pour lui succéder, le ministère de l’agriculture souhaite un nouvel indice intégrant la dangerosité du produit, une notion très fluctuante.

Pour ce qui est de réduire l’usage de pesticides de 50% d’ici 2018, le plan Ecophyto 1 aura largement failli à sa tâche: de 2009 à 2013, c’est au contraire à une hausse continue de 5% par an que l’on a assisté. Ce qui a poussé le ministère de l’agriculture à réviser sa copie en cours de route, retardant ses objectifs de 7 ans: -25% d’ici 2020, -50% d’ici 2025.

Reprenant les grandes lignes des recommandations du député Dominique Potier (PS, Meurthe-et-Moselle), le plan Ecophyto2 a été présenté fin octobre par le gouvernement. Et l’une des évolutions attendues, non prévue dans le rapport Potier, fait d’ores et déjà tiquer: il s’agit de revoir l’indicateur d’utilisation des pesticides, le Nodu, accusé à mi-voix de l’échec d’Ecophyto.

Le Nodu mis en cause

Chaque produit disposant d’une dose différente à appliquer par unité de surface, le Nodu (nombre de doses unités) tient compte de la quantité de produit utilisé et de son niveau d’activité, mais pas de la nature (herbicide, insecticide, produit bio, etc.) ou de la dangerosité du produit. Pour Jean-Claude Bévillard, vice-président de France nature environnement (FNE) en charge des questions agricoles, «beaucoup d’acteurs disent que cet indicateur ne va pas, car il n’a pas permis une diminution de l’usage des pesticides».

Dans son document de présentation d’Ecophyto 2, le ministère de l’agriculture souhaite disposer d’un nouvel outil principal, qui remplacera le Nodu pour évaluer l’avancée vers les objectifs 2020 et 2025, ainsi que pour les certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP) [1].

Pour le ministère, cet «indicateur synthétique» devra être «proportionnel aux quantités de substances actives contenues dans les produits phytopharmaceutiques vendus pondérées soit par les caractéristiques d’emploi de ces produits, soit par leur impact sur la santé et sur l’environnement (notamment l’eau et la biodiversité)». Le comité d'orientation stratégique du plan doit faire ses propositions avant le 31 décembre 2015.

Pour autant, il n’est pas question de supprimer le Nodu, assure le ministère. Il sera même décliné selon le mode d’action des produits (herbicide, fongicide, insecticide, acaricide, etc.) et selon leur catégorie (biocontrôle, faible risque, utilisables en agriculture biologique, produits CMR/T, etc.). Mais même en enrichissant le Nodu, sa substitution par un nouvel indicateur principal pourrait augurer d’un changement de philosophie dans Ecophyto.

Le risque, une notion relative

Pour Jean-Claude Bévillard, «l’objectif du Grenelle de l’environnement [en 2008, à l’origine d’Ecophyto] était d’acheminer l’agriculture vers une plus grande indépendance vis-à-vis des pesticides». Le passage du Nodu à un nouvel indicateur pourrait donc refléter un changement subtil, celui d’une volonté de baisse généralisée des pesticides à leur substitution les uns par les autres.

Selon Jean Boiffin, président du conseil scientifique et technique du plan Ecophyto1, «il est très raisonnable de compléter le Nodu par des indicateurs de risque, et de segmenter le Nodu selon le niveau de risque». Pour autant, l’agronome estime que le Nodu, «enrichi et complété», doit rester l’indicateur principal d’Ecophyto 2: «il n’y a rien de plus évolutif que la notion de danger. A une époque, le glyphosate [classé cancérigène probable en mars, ndlr] était considéré comme le plus vertueux des produits».

Que ce soit par le Nodu ou par un autre indicateur, l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) dit «regretter des objectifs de réduction arbitraires, qui ne tiennent pas compte des efforts effectués, notamment sur les bonnes pratiques et par de nouveaux équipements» d’épandage. Quant à la prise en compte du facteur risque, le syndicat l’estime «contraire aux principes de mise sur le marché du produit, qui impliquent que nos produits sont sûrs aux doses homologuées».

La question devrait être abordée mercredi 4 novembre lors de la tenue du comité consultatif de gouvernance du plan. Contacté mardi par le JDLE, son président Dominique Potier n’était pas joignable.

[1] Créés selon le modèle des certificats d’économie d’énergie, les CEPP feront l’objet d’une expérimentation à partir de juillet 2016.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus