Economistes atterrés: «Il faut un choc de la demande verte»

Le 16 janvier 2015 par Stéphanie Senet
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Le collectif des Economistes atterrés a présenté, ce 16 janvier, son «Nouveau manifeste»[1] dans lequel il propose une économie alternative à l’austérité, à la précarité, au chômage et à la pauvreté. Un projet de société où l’écologie représente la seule issue possible au néolibéralisme.



[1] Ed. Les liens qui libèrent, parution le 21 janvier 2015

 

Plus de 20 plumes se sont rassemblées autour de cet opus vivifiant, représentant la suite logique du premier manifeste publié en novembre 2010. Après avoir tiré les conclusions de la crise provoquée par les dérives de l’industrie financière, ces nouveaux économistes, dont était proche feu Bernard Maris, récidivent en proposant des clés pour une société alternative au néolibéralisme, basée sur la démocratie, l’égalité, la réhabilitation de l’intervention publique, l’initiative des citoyens et l’écologie.

«Force est de constater que non seulement les leçons de la crise de 2008 n’ont pas été tirées, mais en plus l’Europe a poussé encore plus loin les limites de ce modèle qui a échoué en développant sa politique d’austérité, catastrophique pour le chômage et la dette publique», lance Christophe Ramaux, chercheur au Centre d’économie de la Sorbonne et enseignant à l’université Paris I.

 

Relancer la demande et le plein emploi

Les Economistes atterrés ont identifié plusieurs chantiers dont ils ont présenté les grandes lignes, 5 jours avant la sortie du Nouveau manifeste. L’écologie y occupe une place centrale, puisque «l’aspect social et l’aspect écologique de la crise se renforcent. Les plus pauvres, dans les pays riches et encore plus dans les pays moins développés, sont et seront les plus durement touchés par la dégradation écologique», écrivent-ils.

Conclusion: la relance de l’activité doit se faire en fonction des nouveaux objectifs environnementaux. «Il faut arrêter d’augmenter la compétitivité par de bas salaires. Cela ne fonctionne pas puisque les entreprises ne créent pas plus d’emplois», observe Benjamin Coriat, professeur d’économie à l’université Paris 13 et co-président du Collectif. «Il faut un choc de la demande verte et arrêter la politique de l’offre qui ne marche pas. Il faut au contraire favoriser le plein emploi en développant massivement les trois chantiers urgents que sont la rénovation thermique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables et des transports collectifs», poursuit Christophe Ramaux.

 

Une fiscalité écologique et solidaire

Comment les financer? «Par l’épargne, les banques publiques d’investissement, la mise en place d’une taxe sur les transactions financières et sur les activités nuisibles, qui favorisent la pollution ou la spéculation, par le renforcement de l’imposition des sociétés, par la lutte contre la fraude fiscale qui s’élève à 70 milliards d’euros par an», répond Philippe Légé, maître de conférences en économie à l’Université de Picardie.

Quid des produits financiers verts? Le collectif les écarte, estimant qu’ils ne parviennent pas à répondre aux défis écologiques, comme le montre l’échec du marché européen de quotas d’émissions, avec un prix de la tonne de CO2 devenu imprévisible et ridiculement bas. Au total, le coût de la transition énergétique est évalué à 350 Md€ par an, pendant 10 ans, dans l’Union européenne. «Le coût de l’inaction serait bien plus élevé», rappelle le groupe.

 

Une intervention publique et des initiatives citoyennes

Les économistes atterrés en sont convaincus. Accompagnée de lois d’objectifs, la fiscalité écologique doit aussi être incitative pour aider les productions non polluantes, privilégiant la durée de vie des produits plutôt que leur obsolescence programmée, ainsi que l’agriculture de proximité, biologique ou agro-écologique au détriment de l’agriculture intensive, grosse consommatrice d’énergie et d’intrants chimiques. «La politique agricole commune, qui représente un tiers du budget total de l’Union européenne doit être revue en fonction de ces nouvelles exigences», affirme le Nouveau manifeste, alors que le verdissement souhaité lors de la dernière réforme de la PAC a passablement échoué. Pour être durable, la transition énergétique doit aussi s’appuyer sur une forte intervention publique, des initiatives de collectivités locales et de citoyens.

 

Réduire les inégalités par l’éducation et la rénovation urbaine

Intéressante, leur initiative inscrit l’écologie au cœur d’un projet de société global, qui donne également la priorité «à la réduction des inégalités de revenus, qui ont bondi depuis les années 1990 et encore plus depuis 2008», rappelle Anne Eydoux, maître de conférences à l’université Rennes 2. L’économiste n’oublie pas les inégalités sociales, touchant les femmes ou les étrangers, estimant qu’il faut donner davantage de moyens à l’Education nationale et lancer de grandes politiques de rénovation urbaine.

 

Quel écho dans la société?

Le Nouveau manifeste complète son projet par la promotion des salaires élevés, des contrats à durée indéterminée, de la réduction du temps de travail… «La mise en place des 35 heures a permis de créer en France de 300.000 à 500.000 emplois», rappelle le nouvel opus. Et pour ne pas perdre le fil de la reconquête de ce bien-être social et environnemental, un nouvel indicateur doit compenser les manques du PIB, en intégrant la production non marchande des administrations et le respect des équilibres sociaux et écologiques. Seront-ils entendus? Au regard du succès inattendu de leur premier manifeste, vendu à près de 100.000 exemplaires, de bonnes surprises sont possibles. «Nous ne sommes ni conseillers du prince ni un groupe de lobbying mais une simple association citoyenne», répond le collectif, qui se refuse à tout pronostic.  

 

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