Ecologie: Macron fait le grand écart

Le 09 février 2017 par Stéphanie Senet
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Emmanuel Macron a répondu à l'invitation du WWF
Emmanuel Macron a répondu à l'invitation du WWF

Mettant fin à un immense suspense, Emmanuel Macron a livré ce 9 février son programme environnemental, lors d’une rencontre organisée par le WWF. L’occasion d’enchaîner les paradoxes, comme le révèle sa volte-face sur Notre-Dame-des-Landes.

 

C’est à un exercice d’équilibriste que s’est livré l’ancien ministre de l’économie. Invité par le directeur général du WWF France Pascal Canfin, qu’il a côtoyé au gouvernement, Emmanuel Macron a enfin présenté ses propositions en faveur de l’environnement. Pour mémoire, il avait refusé de débattre avec l’institut Veblen mi-décembre.

L’ancien banquier d’affaires s’est tout d’abord déclaré favorable à une sortie des énergies fossiles d’ici 2022. Objectif: «fermer les centrales à charbon qui fonctionnent encore en France, sans oublier d’accompagner leurs personnels». Quant aux hydrocarbures, il promet de ne délivrer «aucun nouveau permis d’exploration ou d’exploitation pendant 5 ans», sans remettre en cause les demandes existantes. Il ne ferme pas non plus la porte à l’exploitation minière, «qui peut être réalisée de façon responsable». Il n’a pas dit comment. Pas plus d’explication sur le chemin qui mènera à la fin de l’essence, du gazole ou du kérosène.

 

Transition énergétique: le statu quo

Peu ambitieux en matière de transition énergétique, le candidat Macron se contentera d’appliquer la loi actuelle, qui cible une réduction du nucléaire à 50% de la production d’électricité à l’horizon 2025. «Avec le nucléaire, nous avons une chance d’avoir un mix électrique moins carboné que nos voisins européens», a-t-il affirmé lors de cette rencontre en vidéo diffusée sur Facebook. Il a toutefois refusé de s’avancer sur un calendrier de fermeture des centrales, préférant attendre l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) -prévu en 2018 pour le palier 900 mégawatts-, ainsi que la mise en route de l’EPR de Flamanville, avant de se prononcer.

Deux heures après qu’une explosion s’est produite à la centrale normande, le leader d’En marche a ajouté que l’atome présentait deux défis: «la sûreté, tout d’abord, dans un contexte post-Tchernobyl et post-Fukushima», «le coût, ensuite, qu’il faut préciser, notamment pour assurer la sûreté de la nouvelle génération de réacteurs et pour couvrir le démantèlement des installations».

Rien de nouveau non plus du côté des énergies renouvelables électriques, avec la confirmation de l’objectif actuel de 32% du mix en 2030. Un programme qui sera financé par 30 milliards d’euros d’investissements privés, dans le cadre d’appels d’offres lancés tout au long du quinquennat pour une capacité totale de 26.000 MW: objectif inférieur à celui de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Le fonds Chaleur sera doublé (un grand classique) pour accompagner, notamment, la transition du monde agricole. Enfin, l’auteur du projet de loi pour la croissance et l’activité veut «simplifier les procédures» et «raccourcir les délais» de réalisation des projets d’ENR. Chantier déjà bien ouvert par l’actuelle ministre en charge de l’énergie.

 

Rénovation et prime à la conversion

Côté logement, le crédit d’impôt pour la transition énergétique sera transformé en une subvention «pour que les ménages la touchent tout de suite». Objectif: rénover un million de «passoires» en 5 ans, soit 200.000 par an, auxquels s’ajouteront 200.000 rénovations annuelles de logements. Un programme finalement très «hollandais», lequel sera piloté par un ministère de l’écologie «qui a vocation à devenir un ministère d’Etat», en écho à la période Juppé-Borloo.

Le futur ministère d’Etat à l'écologie ne serait-il pas un appel du pied à Ségolène Royal, fervent soutien d’Emmanuel Macron?

Contrairement à Benoît Hamon, Emmanuel Macron s’oppose à une interdiction du diesel en 2025, «qui ne serait pas réaliste». Il lui préfère une convergence des fiscalités sur le gazole et l’essence. Un objectif déjà programmé sous le quinquennat Hollande. Outre les aides actuelles, une prime à la conversion de 1.000 euros sera proposée pour tout détenteur de véhicule diesel qui investira dans un véhicule électrique ou hybride neuf ou d’occasion. Une prime dont le montant est deux à quatre fois inférieur à la prime à la conversion existante.

 

Un Grenelle de l’alimentation

La seule annonce chiffrée de soutien public concerne l’agriculture, qui sera dotée d’une enveloppe de 5 milliards d’euros sur 5 ans pour accentuer la transition et améliorer le bien-être animal.

Interrogé sur son rapport à l’alimentation, Emmanuel Macron a déclaré «bien aimer la viande». «Et l’impact carbone?», lui a demandé Pascal Canfin. «Ce n’est pas une fatalité. Il y a une viande française d’excellente qualité», a-t-il répondu sans rire.

Un animal? S’il était un animal, Emmanuel Macron serait ‘un aigle des Pyrénées’. Un oiseau qui n’existe pas… encore.

Refusant les OGM, l’ancien ministre a fait un nouveau grand écart. Il veut ainsi «maintenir le principe de précaution» tout en insistant sur le fait que lui-même est «favorable à une France qui aime le risque, qui accepte l’échec et qui valorise l’innovation».

Décidément très populaire chez les socialistes, une grande conférence sera organisée autour de l’alimentation. Pour mémoire, Benoît Hamon a proposé un grand rendez-vous sur l’écologie, la prévention et la santé. Et François Hollande a organisé 4 conférences environnementales, calquées sur le modèle sarkozyste du Grenelle.

Dans les cantines publiques, 50% des produits servis seront issus de circuits courts, de l’agriculture biologique, ou certifiés au plus tard en 2022. Les œufs issus de poules élevées en batterie seront «interdits d’ici 2025», mais il restera possible de les «vendre à l’industrie agroalimentaire».

 

Volte-face sur Notre-Dame-des-Landes

Son programme en faveur de la biodiversité tient en une phrase: organiser une convention internationale sur la biodiversité [qui existe déjà depuis le Sommet de la Terre de 1992, ndlr] dans un territoire ultra-marin français.

L’interdiction des pesticides néonicotinoïdes sera «maintenue en 2020», mais Emmanuel Macron a fait volte-face sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Jusqu’ici favorable à sa réalisation, il a nuancé son propos, déclarant que «les bases sur lesquelles il reposait ne seraient plus d’actualité aujourd’hui». Il a en même temps réaffirmé sa volonté de «respecter le résultat du référendum», avant de conclure qu’il allait «nommer un médiateur, un expert indépendant qui sera chargé pendant 6 mois de comparer le projet initial avec le projet alternatif de modernisation de l’aéroport actuel de Nantes Atlantique», avant de prendre sa décision finale. Un équilibre durable?



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