Ecologie: la gauche progresse

Le 20 décembre 2016 par Stéphanie Senet
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Les discours de Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, et Jean-Luc Mélenchon ont changé...
Les discours de Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, et Jean-Luc Mélenchon ont changé...

L‘institut Veblen a invité les candidats à la primaire de la gauche à décliner leur programme écologique. Transition énergétique, taxe carbone, nouveau modèle de développement reviennent fréquemment… Une véritable évolution par rapport aux discours de 2012.

 

«Si certains candidats ont brillé par leur absence, comme Manuel Valls et Emmanuel Macron, cette rencontre a révélé un relatif consensus sur l’environnement qui va de Yannick Jadot à Arnaud Montebourg, en passant par Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon», analyse le philosophe Dominique Bourg, l’un des modérateurs de la conférence organisée par l’institut Veblen. Un consensus qui démarre sur une autre conception de la croissance.

 

Après la croissance…

Une croissance économique dont tous les candidats dressent un bilan négatif. Y compris Vincent Peillon (PS), qui s’est pourtant attaché à défendre le bilan du président Hollande pendant ses 8 minutes de temps de parole. L’ancien ministre de l’éducation se dit au contraire favorable à «un modèle de développement durable». Autre socialiste, Benoît Hamon, ancien ministre délégué à la consommation, estime que «la croissance ne marche pas». Il propose de nouveaux indicateurs de richesse évaluant la pauvreté, les inégalités, la santé, l’éducation et l’impact des activités sur les écosystèmes. Plus flou, Arnaud Montebourg, ex-ministre PS du redressement productif, évoque une «alter-croissance» qui «substitue des activités durables aux activités nuisibles», avec l’accent sur le véhicule électrique, les batteries électriques, le recyclage. Il est toutefois le seul à avoir chiffré son programme de transition à 20 milliards d’euros d’investissements par an.

 

Une énergie décentralisée

 

Autre point de consensus: la transition énergétique. Tous veulent la mettre en pratique à coup d‘énergies renouvelables. Seuls François de Rugy (Ecologistes!) et Jean-Luc Mélenchon, représenté par Martine Billard, la secrétaire nationale à l’écologie du Parti de gauche, affirment des objectifs précis, soit 100% d’ENR en 2050 selon le scénario NégaWatt et la fermeture des centrales thermiques et nucléaires. Benoît Hamon insiste plutôt sur le changement de gouvernance d’EDF «pour qu’elle ne fasse plus obstacle à la transition énergétique». De son côté, Yannick Jadot imagine «un nouveau modèle de société» (cf. l’interview donnée au JDLE), basé sur «les économies d’énergie, l’efficacité énergétique et la réappropriation des énergies par les citoyens à l’échelle locale».

Interrogé sur l’avenir du gaz de schiste, Arnaud Montebourg se focalise sur les autres énergies fossiles: les vrais ennemis prioritaires. L’organisateur de la fête de la rose estime que la production d’énergie nucléaire devra baisser, «en fonction des décisions de fermeture prises par les autorités de sûreté», et lorsque les ENR seront développées de façon décentralisée. L’ancien député de Saône-et-Loire s’est par ailleurs opposé au projet d’EPR à Hinkley Point (Royaume-Uni) et a reconnu que «l’exploitation des gaz de schiste polluait le sous-sol de façon irrémédiable», contrairement à ses déclarations ministérielles.

7 candidats se sont déclarés pour la primaire qui se tiendra les 22 et 29 janvier 2017: Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Vincent Peillon, Manuel Valls, François de Rugy, Jean-Luc Benhamias et Sylvia Pinel. L’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron a annoncé qu’il ne participerait pas à cette présélection.

 

Une réforme institutionnelle?

L’unanimité n’est plus de mise à l’évocation des réformes institutionnelles. Instigateur en son temps d’une VIe République, le candidat Montebourg propose un nouveau Sénat, constitué pour un tiers de sénateurs, pour un tiers de représentants du Cese[1] et pour un tiers de citoyens tirés au sort. Personne ne lui dispute la paternité de cette réforme.

Côté fiscalité, la taxe sur le carbone est plébiscitée, «avec une coopération européenne renforcée si nécessaire, comme pour la taxe sur les transactions financières», ajoute l’ancien locataire de Bercy. Yannick Jadot propose quant à lui le 1% participatif pour dédier 1% du projet de loi de finances à des projets associant les citoyens.

 

Perturbateurs endocriniens et règle verte

Benoît Hamon a été le seul à ouvrir le dossier des perturbateurs endocriniens, proposant d’obliger le secteur industriel à remplacer ces substances toxiques, «au nom du principe de précaution et selon les propositions de Jean-Louis Roumégas (député écologiste de l’Hérault, ndlr)». Contrairement aux candidats à la primaire de droite, aucun prétendant ne propose de supprimer ce principe inscrit, sous la présidence de Jacques Chirac, dans la Charte de l’environnement. 

Si tous les participants manifestent leur opposition au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, seul François de Rugy veut mettre fin au déni politique concernant la perte de la biodiversité.

 

Le monde a changé

«Finalement, on s’aperçoit qu’une aile gauche du parti socialiste a compris que le monde avait changé et qu’elle a structuré un discours sur l’environnement», note Dominique Bourg. Des programmes qui ne sont toutefois pas encore publiés, hormis ceux de Benoît Hamon et de François de Rugy. Celui de Vincent Peillon est annoncé pour janvier.

Faut-il s’attendre à un verdissement de la primaire des gauches? Pas si sûr. «Il n’y a pas de garantie que l’environnement reste dans les radars lorsque la campagne électorale entrera dans le vif du sujet, en janvier 2017», ajoute le professeur de l’université de Lausanne, en écho à ce qui s’est passé en janvier 2012. «Par ailleurs, ces candidats assument la fonction de challengers, tandis que les candidats en mesure d’être au pouvoir se sont éclipsés», conclut-il.

 

Grand absent du séminaire, Emmanuel Macron a eu le bon goût de publier son programme dans un livre: « Révolution » (Editions XO). Environ 5% de l’ouvrage est consacré à la planète. Avec cette grande question en introduction: «Comment faire vivre plus de 10 milliards d’être humains sur notre planète sans la dégrader et sans sacrifier notre niveau de vie? Ce sujet n’est pas un parmi d’autres, ni une case qu’on doit cocher dans un programme. Il est devenu central.» La réponse tient en une expression: ‘la nouvelle écologie’. La nouvelle écologie? On sait d’elle qu’elle n’est «nullement contradictoire avec la nouvelle économie». Elle présente des «opportunités économiques pour les entreprises qui sauront apporter des réponses nouvelles, construire des maisons qui consomment moins d’énergie qu’elles n’en produisent, développent l’agriculture biologique, etc. » Plus réjouissant, «La nouvelle écologie que nous voulons développer est une écologie du plaisir, d’un plaisir retrouvé à vivre dans une ville apaisée.» Valéry Laramée de Tannenberg

 



[1] Conseil économique, social et environnement. Le Cese disparaîtrait à cette occasion.

 



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