Eclairage LED: l’Anses confirme le risque sanitaire

Le 14 mai 2019 par Romain Loury
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Les LED omniprésentes
Les LED omniprésentes

Insomnie, maladies oculaires, fatigue, migraine, épilepsie… l’Anses met en garde contre les LED, présentes aussi bien dans l’éclairage que dans les écrans, dans un avis publié mardi 14 mai. Elle y appelle notamment à baisser l’intensité pour les objets à LED, dont certains ne répondent pas aux normes fixées pour l’éclairage.

Depuis la directive européenne sur l’éco-conception (n°2005/32/CE), qui prévoit le retrait des lampes à incandescence et des lampes halogène, l’exposition humaine aux LED (Light Emitting Diodes) a fortement progressé. Au-delà de l’éclairage, les LED, dont la lumière est obtenue par un mélange d’ondes bleues et jaunes, sont présentes dans les écrans (ordinateurs, smartphones, tablettes, etc.), mais aussi les phares automobiles, les lampes-torches, les lampes frontales et certains jouets.

Or il existe de nombreux doutes sur l’innocuité de cette technologie, notamment en raison de la lumière bleue (de faible longueur d’onde, donc d’énergie élevée), dont l’Anses[i] se faisait déjà l’écho dans un avis publié en 2010. Dans sa mise à jour publiée mardi, l’agence enfonce le clou: les LED sont bien liées à divers troubles, en premier lieu sur le sommeil.

Les LED troublent le sommeil

Plusieurs études menées chez l’homme montrent en effet qu’une exposition, en soirée ou la nuit, à la lumière bleue, même à faible dose, retarde la synthèse de mélatonine par l’hypothalamus (siège de l’horloge interne), perturbant ainsi la perception du cycle jour-nuit. Les tablettes et smartphones sont donc à éviter aux heures tombantes, en particulier chez les enfants et adolescents, dont le cristallin, immature avant l’âge de 20 ans, ne filtre pas suffisamment la lumière bleue.

La perturbation des rythmes circadiens pourrait être associée à des troubles métaboliques (obésité, diabète), à un risque de cancer du sein (ce qui est démontré chez les travailleuses de nuit), de maladies cardiovasculaires ainsi que de mal-être psychique. «Cependant, le lien direct entre l’exposition à la lumière riche en bleu en soirée ou la nuit et la survenue de ces effets sanitaires, bien que fortement suspecté, n’est pas établi à ce jour chez l’homme», tempère l’Anses.

Risque de maladies oculaires

La lumière bleue présente par ailleurs une phototoxicité, qu’elle soit aigüe (forte intensité sur une courte période) ou chronique (sur des périodes prolongées). L’Anses évoque notamment un risque «avéré» de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), maladie du vieillissement oculaire liée à la mort de cellules rétiniennes.

Autre méfait des LED, la modulation temporelle de la lumière, à savoir d’importantes variations d’intensité lumineuse, pas toujours perceptibles, et qui dépendent de la qualité de l’électronique associée. Selon l’Anses, cet effet entraîne fatigues, migraines, fatigues visuelles, mais aussi des accidents de la route et des crises d’épilepsie.

Limiter l’exposition et l’intensité

Outre une limitation de l’usage des écrans avant le coucher, l’Anses prône le recours à des éclairages domestiques de type ‘blanc chaud’, moins chargés en lumière bleue (température de couleur inférieure à 3.000 Kelvin).

Elle propose par ailleurs de ne recourir, pour le public, qu’à des LED de risque photobiologique 0 ou 1 (‘sans risque’ et ‘risque faible’, selon les valeurs fixées par l’Icnirp[ii]). A ce jour, les LED de risque 0 et 1 sont obligatoires pour l’éclairage, celles de groupes 2 et 3 étant réservées à l’utilisation professionnelle. Or il n’existe pas de telle norme pour les objets à LED, dont certains, y compris des jouets, atteignent le niveau 2.

L’agence recommande par ailleurs de «limiter l’intensité lumineuse des phares des véhicules automobiles, tout en garantissant la sécurité routière», et de «réduire au minimum le niveau de modulation temporelle de la lumière émise par toutes les sourceslumineuses (éclairages, écrans, objets à LED)».

Dans un avis publié en juillet 2018, le Comité scientifique sur la santé, l’environnement et les risques émergents (Scheer) de la Commission européenne s’était montré bien plus rassurant sur les LED, n’y voyant pas de risques majeurs, tout au plus des incertitudes. Le comité suggérait même que les effets sur le sommeil pouvaient être liés non pas à la lumière bleue… mais à l’excitation du film regardé!

 


[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants

 



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