Ebola sortira-t-il un jour d’Afrique?

Le 24 mars 2014 par Romain Loury
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Ebola: une fièvre hémorragique dont le taux de mortalité peut atteindre 90%.
Ebola: une fièvre hémorragique dont le taux de mortalité peut atteindre 90%.
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Le virus Ebola débarquera-t-il un jour dans un aéroport européen ou nord-américain, au risque d’une épidémie meurtrière hors d’Afrique? Rien d’impossible, mais tout de même très peu probable, a estimé lundi un expert français de la maladie.

A l’origine d’une fièvre hémorragique dont le taux de mortalité peut s’élever à 90% pour sa souche Zaïre, le virus Ebola fait de nouveau parler de lui. Mais, cette fois-ci, ni en République démocratique du Congo (RDC), ni au Gabon, ni en Ouganda: pour la première fois, il touche l’Afrique de l’ouest, avec 59 personnes décédées dans le sud de la Guinée depuis début février.

Pour l’instant, difficile de savoir d’où émane cette épidémie. Le virus ayant la chauve-souris comme réservoir, peut-être a-t-il imprégné des espèces vivant en Afrique occidentale. A moins qu’il ne s’agisse de «cas importés», suite au déplacement d’une personne malade à partir d’un pays touché, explique Eric Leroy, directeur général du Centre international de recherches me?dicales de Franceville (CIRMF) au Gabon [1], contacté par le Journal de l’environnement.

Un risque peu probable

Si la fièvre Ebola était arrivée en Guinée par un cas importé, ce qui demeure de l’ordre de l’hypothèse, d’autres pourraient-ils arriver en Europe? Pour Eric Leroy, la probabilité est «très faible»: «il faudrait pour cela qu’un malade ait obtenu un visa, prenne l’avion, et ne déclenche la maladie qu’une fois sur le sol étranger. Or le temps d’incubation [entre l’infection par le virus et les premiers symptômes de la maladie] est très court, de l’ordre d’une semaine».

L’idée n’a rien d’impossible, mais elle est rendue peu probable par le fait que, même en Afrique, la maladie ne survient pas tous les 4 matins –sans compter que la maladie, du fait de son fort potentiel meurtrier, fait l’objet d’une stricte surveillance sanitaire. Un tel épisode d’Ebola «volant» s’est produit une fois, en 1996, lorsqu’un médecin gabonais infecté à domicile s’était rendu, apparemment sain, en Afrique du Sud, où il avait contaminé une infirmière.

Une fois installée chez l’homme, la fièvre Ebola ne se transmet que par des contacts physiques étroits, en particulier par le toucher, le sang, les vomissures et les diarrhées. Il n’existe en revanche pas de risque avéré par voie respiratoire, explique Eric Leroy. Quant à la voie sexuelle, notamment via le sperme, un seul cas a été décrit, sans aucune certitude scientifique. Selon le chercheur, la transmission s’arrête rapidement dès que les patients sont mis à l’isolement –en l’absence de traitement et de vaccin, il s’agit d’ailleurs de la seule manière d’enrayer le virus.

Par la viande de brousse?

Il n’est pas exclus que le virus Ebola voyage par d’autres moyens que par des personnes infectées. Notamment sur de la viande de brousse importée, qui atterrit fréquemment -et illégalement- dans les aéroports occidentaux (voir le JDSA). Fin 2012, après avoir saisi 4,6 tonnes de viande de brousse dans des aéroports français en une dizaine de jours, la Direction générale des douanes mettait d’ailleurs en garde contre ce risque sanitaire.

Que ce soit pour une consommation personnelle ou pour en faire commerce, «cette pratique [d’importation de viande de brousse] présente un risque sanitaire significatif, les denrées alimentaires n’étant pas transportées dans des conditions garantissant leur bonne conservation et susceptibles d’introduire sur le territoire des maladies graves (virus Ebola, grippe aviaire, fièvre aphteuse)», affirmait-elle.

Plus inquiétant, des chercheurs canadiens ont découvert en 2011 que la souche Zaïre, la plus virulente, pouvait être hébergée par le porc domestique dans des conditions de laboratoire [2] (voir le JDSA). Le phénomène n’ayant pas été observé dans la nature, cette possibilité d’une transmission à l’homme par des animaux d’élevage, très hypothétique, aurait de quoi faire craindre une dangereuse zoonose.

[1] Eric Leroy est également directeur de recherche a? l’Institut de recherche pour le développement (IRD), au sein de l’UMR MIVEGEC (Maladies infectieuses et vecteurs, écologie, génétique, évolution et contrôle) à Montpellier.

[2] Cette infection du porc est déjà connue avec la souche Reston: ce virus, sans danger pour l’homme, a été retrouvé en 2009 dans un élevage aux Philippines.



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