Eau: réduire le gaspillage, c’est possible

Le 20 mars 2014 par Stéphanie Senet
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En moyenne, deux tiers des villes dépassent un taux de fuite de 15%
En moyenne, deux tiers des villes dépassent un taux de fuite de 15%

En France, 20% des volumes d’eau potable sont perdus en raison des fuites sur les canalisations. L’enquête, publiée ce 20 mars par la fondation France Libertés et 60 millions de consommateurs, montre que des collectivités ont pourtant trouvé les moyens de réagir.

Une facture faisant le yo-yo selon les municipalités, de nombreuses dérogations par rapport aux seuils physico-chimiques, et désormais des taux de fuites dépassant le raisonnable… France Libertés poursuit son investigation des services d’eau potable de l’Hexagone et s’arrête aujourd’hui sur le piteux état des canalisations. Résultat: 1,3 milliard de mètres cubes d’eau sortis des usines d’assainissement ne parviennent jamais au robinet.

 

Ayant ciblé la situation de 100 préfectures en 2011, elle note tout d’abord que l’information manque de transparence. «Il a fallu aller chercher les données au forceps», note Emmanuel Poilane, directeur de France Libertés. Alors que le décret du 27 janvier 2012 obligeait les collectivités à décrire précisément l’état de leur réseau au plus tard le 31 décembre 2013, le retard est à l’ordre du jour. «Aucune institution n’a été en mesure de nous fournir des chiffres. Ni l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema), ni les agences de l’eau, ni la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). Nous avons donc contacté directement les collectivités», explique le responsable associatif.

 

Un quart des villes dépassent 25% de fuites

Deuxième constat: les taux de fuite dépassent les 15% dans les deux tiers des grandes agglomérations, contrairement à l’objectif défini par la loi Grenelle II. Pire, dans un quart des préfectures, ce taux est supérieur à 25%. C’est le cas de Digne-les-Bains (54%), Bar-le-Duc (48%), Nîmes (37%), Tulle ou Evreux (36%).

 

Un tiers des villes au-dessous de 15%

Un tiers des collectivités ont toutefois réussi à rester dans les clous du Grenelle. C’est le cas du Mans ou de Rennes, qui utilisent près de 96% de l’eau potable qu’elles produisent. Un chiffre qu’il faut toutefois nuancer. D’abord parce que, dès 2015,  la compétence de l’eau et de l’assainissement reviendra aux métropoles en application de la loi Mapam[1]. Ensuite parce que ce taux prend en compte les volumes d’eau en transit, qui sont vendus à d’autres municipalités. «Il est plus pertinent de les supprimer pour calculer le réel taux de fuites. Dans ce cas, le niveau de fuite de Rennes monte à 8%», observe David Clausse, directeur du syndicat mixte de production d’eau du bassin rennais.

 

L'exemple de Vendée Eau    Le syndicat vendéen de distribution de l'eau potable est parvenu, en 10 ans, à réduire de moitié les pertes linéaires des canalisations. L'effort de renouvellement des réseaux représente 15 M€ par an. Il est financé sans aucune subvention, par la seule facture des consommateurs, qui est restée inchangée en 10 ans (en euros constants). Selon Jérôme Bortoli, son directeur général, le groupement des 277 communes a permis de mutualiser les services techniques, de mettre en place une politique uniforme dans le temps en fonction des besoins des collectivités et de profiter des périodes de rénovation urbaine pour assurer les travaux.

 

Des investissements à long terme

Pareil résultat est le fruit d’investissements à long terme. «La gestion patrimoniale du réseau doit s’inscrire dans le temps. Dès 2005, nous avons lancé un programme de rénovation sur 10 ans, coûtant 3,8 millions d'euros par an. Cet investissement représente donc un tiers des charges totales du service de l’eau. Par ailleurs, nous bénéficions de canalisations en fonte, dont la durée de vie est plus longue et qui sont moins sujettes aux fuites que le PVC», poursuit l’ingénieur.

 

Au plan national, entre 1,5 et 2 Md€ d’investissements par an sont nécessaires pour renouveler le réseau. Aujourd’hui, les collectivités n’y accordent qu’entre 700 et 800 M€. «Des solutions existent pour engager les travaux sans pénaliser le consommateur. C’est le cas des grands syndicats mixtes, comme Vendée Eau, qui est parvenu à mutualiser les dépenses sans recourir à l’emprunt et à résorber les fuites autour de 12%», affirme Emmanuel Poilane.

 

Au-delà de ces aspects économiques, France Libertés alerte sur l’importance de préserver la ressource, dans le cadre du réchauffement, et d’améliorer l’état sanitaire de l’eau. «Le vieillissement des réseaux menace la qualité de l’eau potable, en raison des branchements persistants en plomb, ou des canalisations en PVC susceptibles de relarguer des composés plastique dans l’eau du robinet», prévient l’association. Plus largement, elle demande la tenue d’Assises de l’eau. «Le modèle économique de l’eau, hérité du XIXe siècle, ne fonctionne plus. Il faut trouver d’autres solutions financières pérennes, basées sur les regroupements et les économies d’échelle», conclut Emmanuel Poilane.



[1] Loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles

 



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