Eau potable: le risque zéro n'existe pas

Le 08 décembre 2005 par Christine Sévillano
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La qualité de l'eau potable ne peut être assurée à 100% même si les distributeurs s'emploient à diminuer les risques. C'est la pollution accidentelle qui a été à la base des derniers cas d'épidémies recensés en France.

Lors d'une conférence de Pollutec sur la qualité de l'eau, Dominique Gâtel, chargé de mission à la direction technique chez Veolia et membre de l'Association scientifique et technique pour l'eau et l'environnement (Astee), est revenu sur la notion de  qualité de l'eau potable sur laquelle travaillent les professionnels. Un recensement des épidémies aux Etats-Unis, effectué entre 1991 et 2000, a montré que le risque le plus élevé était d'ordre micro-biologique, puisque 23% des maladies provenaient des parasites protozoaires, 22% des bactéries et 20% du risque chimique. En France, ce sont surtout des ruptures de canalisation et d'autres événements accidentels qui sont la cause d'épidémie, comme au Havre en 1997 où 300 personnes ont été affectées ou à Gourdon (Lot) en 2000 où 2.600 cas ont été recensés. En 2002, plus de 2.000 cas d'épidémie ont été recensés dans 4 communes de l'Isère suite à la contamination accidentelle de la ressource par des eaux usées.

Les épidémies provoquent surtout des diarrhées et des gastro-entérites, mais se pose aussi le problème du plomb présent dans les canalisations. «Toutefois, les niveaux d'exposition ne génèrent pas de risque de saturnisme, mais les normes européennes visent à protéger au maximum le développement des enfants», explique Dominique Gâtel. Si les canalisations en plomb du réseau public sont progressivement remplacées pour respecter un taux maximum de plomb dans l'eau potable de 10 microgrammes par litre (µg/l) d'ici 2013, celles des habitations privées sont plus préoccupantes. Il appartient aux propriétaires d'engager les travaux et ce pour un coût très élevé. «Ceux qui ont réalisé la mise en conformité doivent être peu nombreux, moins de 10% des canalisations privées ont dû être changées, alors que pour le réseau public, les chiffres sont plus encourageants», poursuit le directeur technique.

D'autres substances sont à prendre en compte. Une enquête réalisée cet été par Eureau, l'association européenne des fournisseurs de l'eau, mais non publiée, montre les polluants les plus fréquents dans les pays de l'Union européenne (1). Le premier problème, ce sont les métaux et plus précisément le cuivre, le plomb et le nickel. Les résultats pour le plomb ont révélé un taux de non-conformité de 5% par unité de distribution (ce qui correspond pour la France aux communes), et un dépassement de 1,8% des concentrations supérieures à 25 µ/l. «Si de fortes disparités existent entre les pays pour le cuivre et le plomb, des dépassements de la norme sur le nickel sont constatées dans beaucoup de pays», souligne Dominique Gâtel. Second type de polluant important: les pesticides, qui proviennent des activités agricoles mais aussi urbaines. «Les distributeurs d'eau sont fortement sensibilisés sur le problème, mais les concentrations de pesticides dans les ressources sont très variables et il est souvent impossible d'être conforme à la norme sans installation de traitement», avoue le directeur technique. Enfin, les nitrates ont également été décelés, ce qui n'est pas une surprise pour Dominique Gâtel qui assure que la directive nitrates est mal appliquée en France.

Toutefois, il existe des moyens de protection en amont et en aval comme le «waters safety plan», défini par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui permet d'assurer un suivi opérationnel de la qualité de l'eau avec un monitoring des variables des substances polluantes et un suivi de la chloration. Le plan prévoit également la création d'un système de management de qualité. En fait, la gestion du risque suppose une analyse de risque et la mise en place de plusieurs barrières de protection. Un guide de bonnes pratiques du CSTB est également à la disposition des acteurs et s'adapte à leur métier et leurs préoccupations. C'est un domaine qui nécessite également de développer de nouveaux métiers. En outre, un schéma européen est actuellement à l'étude afin de se mettre d'accord sur les normes européennes acceptables concernant les matériaux de substitution pour les réseaux. «Nous avons certes une situation imparfaite actuellement, mais il n'y a pas non plus de raison de vivre dans la hantise de l'eau impropre», conclut Dominique Gâtel.



(1) Réponses de l'Allemagne, Autriche, Belgique, France, Hollande, Hongrie, Italie, Royaume-Uni, Suède.




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