Eau, les ONG combattent les idées reçues

Le 08 mars 2012 par Geneviève De Lacour
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Les alternatifs seront aussi à Marseille
Les alternatifs seront aussi à Marseille

«Sortir des fausses évidences et des contre-vérités sur l’eau», tel est le programme du Forum alternatif mondial de l’eau (Fame) qui ouvrira ses portes à Marseille, au Dock des Sud en même temps que le 6e Forum mondial de l’eau, le 13 mars. Une manière d’aborder le problème de la gouvernance de l’eau en revenant sur quelques notions de base.

Comment battre en brèche quelques lieux communs sur l’eau? Pour des associations comme France Libertés présente au forum alternatif (Fame) ou la Coalition Eau, mouvement de 30 ONG françaises toutes engagées pour l’accès à l’eau et l’assainissement, et qui sera repréentée à l’intérieur du Forum officiel, revenir sur ces clichés permet d’échanger et de présenter leurs propositions: la mise en place d’une organisation internationale de l’eau, le maintien d’une gestion locale et publique de l’eau, ou l’application du droit à l’eau dans tous les Etats signataires de la résolution de l’Organisation des Nations unies, adoptée le 28 juillet 2010.  

Les ONG rappellent ainsi que si le droit à l’eau pour tous a été reconnu par les Nations unies, il n’est pas effectif puisque seuls 30 pays sur 193 l’ont inscrit dans leur constitution ou lois. En France, 445.000 personnes ont encore des problèmes d’accès à l’eau potable, comme les gens du voyage ou les personnes qui vivent dans un habitat très précaire.

Autre fait à rappeler, l’eau est facteur de paix. Les véritables guerres de l’eau n’existent pas. Bien sûr, la gestion des ressources en eau peut être à l’origine de tension mais les exemples de coopération sont nettement plus nombreux que les conflits graves. Selon les ONG, depuis 1948, sur 1.831 conflits, 7 différends ont donné lieu à des guerres et 507 à des actions militaires. En revanche 200 traités ont été signés et 1.228 mesures de coopération ont été dénombrées.

L’eau, au contraire du pétrole, ne se tarit pas. Les seuls exemples de ressources qui s’épuisent concernent des pays qui exploitent des nappes fossiles, lesquelles ne se renouvellent pas ou très lentement, comme la Lybie ou l’Arabie saoudite. Les ONG signalent que les cas de crise ou de pénurie résultent de situations de gaspillage ou d’utilisation non soutenable de la ressource, comme aux Etats-Unis ou en Australie.

Autre lieu commun dénoncé par les ONG, «quand l’eau est gratuite, elle est gaspillée». Si les industriels sont très sensibles au prix de l’eau, composante de leur production, ce n’est pas vrai pour le consommateur. Selon une étude canadienne de l’Institut national de la recherche scientifique, la demande d’eau repose essentiellement sur des attitudes culturelles et non sur le coût.

Et non, «l’école française de l’eau n’est pas un exemple pour le monde». Ce terme d’«école française», érigé par certains comme un modèle, très critiqué par d’autres, et notamment les ONG, est relatif à un régime de délégation de service public à des entreprises privées. Les ONG rappellent que le modèle français est une exception puisque 90% de la distribution de l’eau dans le monde est en service public, comme aux Etats-Unis ou en Allemagne. En Argentine, en Bolivie ou au Kenya, des tentatives de privatisation des services de l’eau ont d’ailleurs échoué. Les associations accusent la corruption, l’augmentation du prix de l’eau ou des objectifs de qualité et de service non respectés, comme étant à l’origine de ces échecs.

Quid du conseil mondial de l’eau alors? Pour les ONG, il s’agit d’une organisation privée, d’un club et non d’une organisation internationale pour la gouvernance mondiale de l’eau. Il n’a donc rien à voir avec l’ONU. S’il n’existe pas encore de gouvernance mondiale de l’eau, certains comme Jean Glavany, rapporteur de la mission d'information parlementaire sur la géopolitique de l'eau (voir JDLE) pousse à la mise en place d’une gouvernance mondiale de l’eau, qui pourrait être créée en même temps que l’Organisation mondiale de l’environnement (OME) tant souhaitée par la France. Elle regrouperait tous les départements Eau des nombreuses structures onusiennes.

L’eau, bien commun auquel une partie de l’humanité n’a pas accès. Si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l’un des Objectif du Millénaire a été atteint (voir JDLE), celui de réduire de moitié le nombre de personnes n’ayant pas accès à une eau salubre, les ONG critiquent les chiffres avancés par l’ONU: une eau salubre n’est pas une eau potable. Si un peu plus de 10% de la population mondiale (environ 1 milliard d’êtres humains) n’a pas accès à l’eau, le directeur de France Libertés estime que 4 milliards de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à de l’eau potable. «Nous, ONG, avons développé des outils d’évaluation de terrain. Les chiffres réels sont bien en deçà des statistiques présentées par l’OMS», explique Emmanuel Poilane.

Laurent Chabert d’Hières, directeur de l’association Eau vive, modère quelque peu les propos du directeur de France Libertés: «Certains pays, comme le Sénégal, sont néanmoins en passe d’atteindre cet objectif en ayant accès à de l’eau améliorée, c’est-à-dire un peu plus filtrée, avec une hygiène améliorée autour des puits».

Parvenir à un accès universel à l’eau potable et à de bons services d’assainissement coûterait 22,6 milliards de dollars (17,2 milliards d’euros) par an selon l’OMS. Les ONG souhaitent donc s’inscrire en faux contre le principe du «Nous n’avons pas les moyens de fournir à tous un accès à l’eau».

Selon Jean Glavany, l’enjeu principal du Forum mondial de l’eau est bien la rationalisation des usages de l’eau, notamment du fait de l’irrigation agricole.

Un point de vue conforté par la publication, le 7 mars, d’un rapport de l’OCDE intitulé «Meeting the Water Reform Challenge». Selon ce document, l’accélération de l’urbanisation, l’accroissement démographique et la transformation des dynamiques économiques pour la gestion de l’approvisionnement en eau représenteront des défis de plus en plus délicats pour les gouvernements. Alors que les projections tablent sur une augmentation de 55% de la demande d’eau d’ici 2050, celle-ci donnera lieu à une vive concurrence. D’ici là, 3,9 milliards de personnes -soit plus de 40% de la population mondiale- vivront vraisemblablement dans des bassins hydrographiques confrontés à un fort stress hydrique. Plus de 240 millions de personnes, majoritairement des ruraux, demeureront sans accès à une source d’eau améliorée d’ici 2050 et près de 1,4 milliard de personnes resteront privées d’accès à un assainissement de base. L’augmentation des apports d’azote, de phosphore et de pesticides d’origine agricole ainsi que des rejets d’eaux usées insuffisamment traitées devrait amplifier la pollution des eaux souterraines, des cours d’eau et des océans, ce qui aura des effets dommageables sur la santé humaine et l’environnement.



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