Eau: le chrome bientôt moins toléré?

Le 10 octobre 2012 par Romain Loury
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L'Anses veut réduire la concentration de chrome dans l'eau.
L'Anses veut réduire la concentration de chrome dans l'eau.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) estime qu’il faudrait revoir à la baisse la limite de qualité de chrome dans les eaux destinées à la consommation, actuellement fixée à 50 microgrammes par litre (µg/l).

Parmi les différentes formes de chrome retrouvées dans l’environnement, les plus abondantes sont le chrome III, à l’état naturel dans les minerais, et le chrome VI, issu de rejets industriels ou domestiques. Autre différence: le premier est nécessaire à notre métabolisme, tandis que le second est classé comme agent cancérogène. Or selon l’avis de l’Anses, la limite de qualité dans les eaux de boisson, de 50 µg/l, ne concerne que le chrome total et ne permet pas de différencier ces deux formes.

Selon les chiffres 2001-2011 de la base de données SISE-EAUX, 14 non-conformités en chrome ont été observées sur les 138.445 résultats disponibles, mais il ne s’agissait que de chrome total. Pareil pour les aliments: publiée en 2011, la grande étude EAT2, qui évalue l’exposition de la population à divers contaminants, ne fait état que des chiffres sur le chrome total, pas sur ses différentes formes.

Le chrome VI dispose pourtant de valeurs toxicologiques de référence (VTR). Celles fixées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont de 1 µg/kg de poids corporel pour les effets non cancérogènes, de 0,5 (mg/kg de poids corporel/jour)-1 pour les effets cancérogènes [1]. Mais aucun seuil quant à sa teneur dans l’eau ou dans les aliments: seule la Californie a fixé des «concentrations protectrices pour la santé», de 4,1 µg/l pour les adultes et 12,4 µg/l pour les enfants, et un «objectif de santé publique», à 0,02 µg/l.

Se basant sur les VTR, les experts de l’Anses estiment quant à eux la concentration maximale en chrome VI sans effet non cancérogène à 6 µg/l, «objectif réaliste à titre provisoire». «Toutefois, compte tenu des difficultés analytiques actuelles associées à la mesure d’une concentration aussi faible en chrome VI, le chrome total pourrait être mesuré en première intention. En cas de dépassement de ce seuil de 6 µg/l en chrome total, une analyse complémentaire mesurerait la proportion de chrome VI», préconise l’Anses.

En raison des effets potentiels du chrome VI, le seuil de 50 µg/l pour le chrome total «devrait être révisé», ajoute l’Anses. Autre proposition, abaisser les limites de quantification du chrome total et du chrome VI «à des valeurs de l’ordre du dixième de µg/l», contre environ 1 µg/l pour les techniques actuellement les plus sensibles.

En termes d’exposition, l’Anses propose de conduire des campagnes de mesure du chrome (total et de forme VI) dans l’eau, ainsi que d’étudier sa spéciation, à savoir sa répartition en différentes formes, dans les aliments. Selon l’étude EAT2, l’apport moyen en chrome est de 277 µg/jour pour un adulte, de 223 µg/jour pour un enfant.

Chez l’adulte, les principaux contributeurs sont le pain (8%), les produits de panification sèche (5%) et les boissons alcoolisées (5%); chez l’enfant, le lait (9%) et les pâtes (6%) viennent en première position des apports en chrome. Selon les résultats de SISE-EAUX, la contribution de l’eau du robinet serait en revanche inférieure à 1% des apports en chrome total.

[1] L’usage d’unités différentes s’explique par le fait que les effets non cancérogènes du chrome sont considérés à seuil, tandis que les effets cancérogènes sont sans seuil. Dans le premier cas, la VTR est une dose journalière tolérable (DJT), dans le second il s’agit d’un excès de risque unitaire.



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