Eau du robinet: la fluoration, à double tranchant

Le 25 février 2015 par Romain Loury
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Le fluor, source d'hypothyroïdie
Le fluor, source d'hypothyroïdie

Encore pratiqué aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, l’ajout de fluor à l’eau du robinet a bien l’effet escompté sur les caries dentaires, moins courantes chez les enfants vivant dans les zones traitées. Problème, cette mesure de santé publique favoriserait aussi l’hypothyroïdie chez les adultes, révèle une étude britannique publiée dans le Journal of Epidemiology & Community Health.

Depuis un avis de 1985 du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) [1], la fluoration de l’eau du robinet n’est plus pratiquée en France. Elle l’est en revanche dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, où 64% de la population consomme de l’eau fluorée, ainsi qu’en Australie (80%), en Irlande (73%), au Canada (44%) et au Royaume-Uni (11%).

Menée pour la première fois en 1945 à Grand Rapids (Michigan), la mesure avait pour principal objectif d’améliorer la santé dentaire des consommateurs. Avec des résultats plutôt positifs, comme l’a révélé Public Health England, organisme britannique chargé de la santé publique, en 2014: dans les zones où l’eau du robinet est fluorée, on observe 28% moins de caries chez les enfants de 5 ans.

Des niveaux d’apport «appropriés»

Cette mesure fait toutefois l’objet d’âpres débats outre-Atlantique, d’autant que l’excès de fluor, que l’on retrouve aussi dans l’alimentation et les dentifrices, peut avoir des effets néfastes. Pour l’association américaine FluorideAlert, «il s’agit du seul produit chimique ajouté à l’eau, non pas pour traiter celle-ci, mais pour traiter ceux qui la consomment».

Le fluor n’est pourtant pas un élément essentiel, contrairement à son cousin l’iode. Ce qui n’a pas empêché l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) de lui décerner des «niveaux d’apport appropriés» en 2013, bien qu’il «ne rempli[sse] aucune fonction essentielle dans la croissance et le développement humains et [qu’il n’ait] été identifié aucun signe de carence en fluorure». Là aussi, l’objectif est celui de la santé dentaire, seul effet positif connu.

Or la fluoration de l’eau aurait des effets délétères, comme le révèle l’étude menée par Stephen Peckham, de l’université du Kent (Canterbury), et ses collègues. Selon les chercheurs britanniques, le taux d’hypothyroïdie, qui se caractérise par une sous-production d’hormones thyroïdiennes impliquées dans le métabolisme, serait bien plus élevé dans les zones où l’eau est fluorée, jusqu’à 60% après avoir écarté tous les autres facteurs de risque.

L’hypothyroïdie, conséquence de la fluoration?

A Birmingham, le risque d’hypothyroïdie est même accru de 94% par rapport à Manchester, qui n’ajoute pas de fluor à son eau. Sous réserve que le lien de cause à effet soit prouvé, le fluor inhiberait la fixation de l’iode par la glande thyroïde, en se substituant à lui. Or l’iode est nécessaire au fonctionnement thyroïdien.

Au Royaume-Uni, la valeur recommandée est de 1 mg par litre de fluor, contre une limite maximale européenne fixée à 1,5 mg/L dans l’eau de consommation. D’autres pays prônent des valeurs plus faibles, par exemple 0,7 mg/L au Canada et en Irlande, avec un maximum de 1,2 mg/L. Quant aux Etats-Unis, les valeurs peuvent varier de 0,7 à 1,3 mg/L.

Selon les chercheurs, ces résultats «remettent en cause la sécurité d’une fluoration de l’eau du robinet, alors qu’il faudrait au contraire diminuer toutes les sources environnementales de fluor». La fluoration pourrait être encore plus risquée dans les régions à faible présence d’iode, par exemple à l’intérieur des terres, ajoutent-ils.

En France, le risque perchlorates

Seule 3% de la population française vivrait dans des communes dont l’eau du robinet présente une teneur élevée en fluor naturel, supérieure à 0,7 mg/L. Le risque semble donc bien moindre que dans les pays pratiquant encore la fluoration. A défaut de fluorer son eau, la France a quant à elle opté pour le sel fluoré, autorisé depuis 1985, en prévention des caries dentaires.

En matière d’eau du robinet, le pays est en revanche plus exposé aux ions perchlorates, très présents en Midi-Pyrénées, en Aquitaine et dans le nord-est. D’origine naturelle ou industrielle, ces substances, présentes dans l’eau, les fruits et légumes, sont elles aussi liées à un risque d’hypothyroïdie, voire de retard mental chez l’enfant. En revanche, aucun effet connu sur les caries.



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