Eau douce en Méditerranée: constat et solutions face aux crises

Le 05 juin 2008 par Agnès Ginestet
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Les pays du pourtour méditerranéen sont confrontés de manière inégale à la gestion de la ressource en eau. Le défi est accentué par le changement climatique et les risques de conflits transfrontaliers.

Changement climatique, déplacement des populations vers les zones côtières, augmentation du nombre de touristes sur le littoral en été et des consommations par l'agriculture, surexploitation des aquifères côtiers: l'eau douce de la région méditerranéenne -3% des ressources mondiales-, est soumise à de fortes pressions.

Lors de la conférence internationale «Faire face aux crises de l'eau douce dans le bassin Méditerranée. Quel rôle pour l'Union européenne?» qui s'est tenue à l'Unesco le 29 mai, Jean-Marc Châtaigner, directeur de cabinet du secrétaire d'Etat chargé de la coopération et de la francophonie, a précisé que «la Méditerranée est la fracture de pauvreté la plus importante qui existe dans le monde (…) La ressource en eau y est rare et inégalement répartie». Plus de 50% de la population mondiale pauvre en eau (1) vit dans cette région, qui est par ailleurs la première destination touristique. L'agriculture y est le principal consommateur d'eau. «Même sans changement climatique, le choix du développement de l'hydro-agriculture pour développer les territoires ne va plus de soi», a toutefois indiqué Sébastien Treyer, d'AgroParisTech, Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement. Certaines nappes aux ressources non renouvelables sont également mises en danger. C'est le cas de l'aquifère nubien, que la Lybie a commencé à exploiter. Des accords ont cependant été signés avec les trois autres pays concernés par la nappe (Tchad, Soudan, Egypte), pour assurer une bonne gestion des ressources.

Enfin, l'eau peut être une source de tensions entre pays. Le directeur des ressources hydrauliques et électriques du Liban, Fadi Comair, a cité les exemples du Jourdain, de l'Euphrate ou encore du Tigre dont les ressources sont un enjeu «transfrontalier et interétatique». Il a souligné que «l'eau doit être un élément qui réunit les hommes, quelle que soit leur confession. Elle doit devenir une cause de paix plutôt que de conflits entre pays du Proche-Orient». Pour Michel Soulié, du pôle de compétitivité Gestion des risques et vulnérabilités des territoires Agropolis, «l'eau est un outil de pouvoir, qu'il soit local, national ou international», et chaque Etat recherche une «hydrostratégie de paix». Même si l'eau n'est pas un objet direct de conflits au Moyen-Orient, elle est d'après lui «présente de manière sous-jacente».Selon des tendances annoncées par un représentant du Plan bleu (2), il y aurait 15% d'habitants supplémentaires dans le bassin méditerranéen d'ici 2025, et le nombre de touristes côtiers augmenterait de 30 millions.

Jean-François Donzier, directeur de l'Office international de l'eau (OIEau), a souligné, lors de la conférence, la nécessité de mettre en place une gestion intégrée des ressources en eau (Gire), basée notamment sur une approche par bassin-versant (que des pays comme le Liban et le Maroc ont instaurée, ainsi que les Etats membres de l'Union européenne avec la directive-cadre sur l'eau). Par ailleurs, pour Gaëlle Thivet, du Plan bleu, l'adaptation au changement climatique consiste notamment à augmenter le potentiel exploitable des ressources renouvelables (recharge artificielle de nappes…), ainsi qu'à utiliser des méthodes «non conventionnelles», telles que la réutilisation des eaux usées pour l'irrigation (comme cela se fait à Chypre et en Tunisie). Reste que certaines solutions posent question, en particulier le dessalement, très coûteux en énergie.



(1) Moins de 1.000 mètres cubes par an et par habitant 

(2) Le Plan bleu est un des centres d'activités régionales du Plan d'action pour la Méditerranée (PAM) du Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue)




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