Eau dans le monde : qui consomme quoi?

Le 17 février 2012 par Geneviève De Lacour
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La Chine investit dans les terres agricoles africaines
La Chine investit dans les terres agricoles africaines

Des chercheurs de l’université de Twente (Pays Bas) montrent que plus d’un cinquième de l’eau utilisée dans le monde disparait dans la production de biens de consommation. Un résultat étonnant publié dans les Pnas.

Premier constat de cette étude néerlandaise. Sur la période 1996-2005, la Chine est le plus gros consommateur d’eau dans le monde (1.207 milliards de mètres cubes par an), précédant de peu l’Inde (1. 182) et les Etats-Unis (1.053). Ces trois pays cumulent à eux seuls 38% de l’empreinte eau du monde. Le Brésil arrive en 4e position, loin derrière les trois premiers avec une consommation de 482 milliards de m3/an. Quant au sous-continent indien, avec 24% de la consommation mondiale, il s’agit du pays qui pompe le plus d’eau «bleue», c’est-à-dire l’eau souterraine et de surface. Mais ramenée par habitant, la consommation américaine s'élève à 2.842 m3 annuels, contre 1.089 pour la Chine, 1.071 en Inde et 1.385 en moyenne mondiale.

Quels sont les pays les plus dépendants de leurs voisins pour leur consommation directe? Des pays insulaires, ou pauvres en ressources. En tête vient Malte (92%), devant le Koweït (90%), la Jordanie (86%), Israël (82%), les Emirats arabes unis (76%), le Yémen (76%), l’île Maurice (74%), le Liban (73%) et Chypre (71%). Mais les moins gâtés par la nature ne sont pas forcément ceux dont l’empreinte eau est la plus élevée.

Quels sont les plus grands exportateurs d’eau au monde? Les Etats-Unis arrivent en pôle position avec 314 milliards de m3/an, devant la Chine (143), l’Inde (125), le Brésil (112), l’Argentine (98), le Canada (91), l’Australie (89), l’Indonésie (72), la France (65) et l’Allemagne (64). 49% de l’eau bleue du monde est fournie par les Etats-Unis, le Pakistan, l’Inde, l’Australie, l’Ouzbékistan, la Chine et la Turquie. Or la plupart de ces pays connaissent des périodes de stress hydrique plus ou moins longues. Les auteurs de l’étude s’interrogent donc sur les critères de durabilité et d’efficacité dans le choix qu’ont fait ces Etats d’exporter leurs réserves d’eau.

Les pays du sud-est et du centre de l’Asie ainsi que d’Afrique du Nord sont ceux qui pompent le plus dans les nappes souterraines. La Libye, par exemple, irrigue ses cultures avec l’eau des nappes fossiles du Sahara. C’est au Turkménistan que l’approvisionnement en eau bleue est le plus élevé (740 m3 par an et par personne). La moyenne mondiale étant de 153 m3/an/habitant. La consommation de cette eau varie suivant les pays d’un facteur 1 à 100.

Au total, sur la période 1996-2005, 9.087 milliards de m3 d’eau par an ont été consommés pour l’agriculture, la production industrielle, plus l’usage domestique. L’agriculture compte pour 92% de cette consommation directe, la production industrielle pour 4,4% et l’eau domestique 3,6%. La part d’eau dite verte, c’est-à-dire l’eau de pluie est de 74%, l’eau bleue compte pour 11% et l’eau grise, soit l’eau usée et donc polluée, est de 15%, ce qui n’est pas négligeable.

Autre chiffre-clé: un cinquième de l’eau n’est pas destinée à la consommation directe mais permet de fabriquer des biens de consommation. Les auteurs du rapport parlent d’eau «virtuelle» exportée via les fruits, les légumes, les produits industriels, la viande, etc.

Qui sont les grands importateurs d’eau virtuelle? Les Etats-Unis avec 234 milliards de m3/an devancent le Japon (127), l’Allemagne (125), la Chine (121), l’Italie (101), le Mexique (92) et la France (77). Des pays qui, pour la plupart, ne manquent pourtant pas de ressources.

Les cultures d’oléagineux et leurs produits dérivés, notamment le coton, le soja, l’huile de palme, le colza ou le tournesol, sont les cultures les plus impliquées par ces échanges d’eau virtuelle. Elles comptent pour 43% de ces flux. Et la moitié de ces 43% concerne le coton tandis que pour un cinquième, il s’agit du soja. Les autres produits qui prennent une part importante dans ces échanges sont les céréales (17%), les produits industriels (12,2%), le café, le thé et le cacao (7,9%) et la viande de bœuf (6,7%). 

Autre constat réalisé par les scientifiques néerlandais, les pays les plus mal pourvus en eau ne sont pas forcément ceux qui dépendent le plus d’eau virtuelle.

Dans la catégorie des mauvais élèves, on trouve des pays européens comme l’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Unis et les Pays Bas. Leurs importations de produits agricoles comptent pour 60 à 95% de leur empreinte eau. Ce mauvais résultat est la conséquence de choix économiques puisque ces pays possèdent suffisamment d’espace et de terres agricoles. En d’autres termes, ils pourraient directement produire chez eux, mais à un coût plus élevé. Cette dépendance assumée affaiblit directement les pays où l’eau est rare.

Quant au Tchad, l’Ethiopie, l’Inde, le Niger ou l’Argentine, ils font partie de ces pays qui ne dépendent qu’à hauteur de 4% des échanges d’eau virtuelle.

Enfin, si l’empreinte eau de la Chine reste, pour l’instant, réduite et cantonnée à son territoire (90%) elle pourrait, notamment en raison des pénuries d’eau chroniques en Mongolie intérieure, rapidement devenir dépendante du reste du monde. D’ailleurs, pour sécuriser son alimentation, la Chine a déjà posé un pied en Afrique en achetant ou louant à long terme des terres arables.

 

 

 



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