E. coli: le fenugrec, coupable en cavale

Le 06 juillet 2011 par Romain Loury
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Des graines de fenugrec importées d’Egypte semblent «le lien le plus probable» entre les cas d’intoxication par Escherichia coli survenus en Allemagne et en France, et il est probable que le lot incriminé soit encore sur le marché européen, selon un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).
Evoquée fin juin, l’hypothèse du fenugrec semble être la bonne: selon l’enquête menée par l’Efsa, tout désigne le lot n°48.088, parti fin novembre 2009 d’Egypte par bateau. A savoir 15 tonnes de graines acheminées à Anvers (Belgique), puis Rotterdam (Pays-Bas), avant d’être livrées mi-décembre par camion à un importateur allemand. Celui-ci les a aussitôt réparties entre plusieurs distributeurs, dont dix allemands, un britannique, un autrichien et un espagnol.
 
C’est l’un des distributeurs allemands qui en a livré 75 kg à une ferme bio du sud de Hambourg, celle à l’origine de la plus mortelle épidémie d’E. coli jamais observée [1]. Du côté français, les autorités recensent 16 personnes tombées malades près de Bordeaux [2], dont 11 ont participé début juin à une kermesse à Bègles (Gironde). Or le fenugrec servi dans cette fête a été acheté dans un centre de jardinage, lequel s’était fourni auprès du distributeur britannique [3].
 
Dès la publication du rapport de l’Efsa, le commissaire européen à la santé, John Dalli, a annoncé dans un communiqué le retrait du marché de toutes les graines de fenugrec importées d’Egypte entre 2009 et 2011. Il a aussi décidé de suspendre jusqu’au 31 octobre l’importation des graines et des fèves égyptiennes destinées à la germination. En 2010, l’Europe aurait importé d’Egypte 49.000 tonnes de ces graines, pour une valeur de plus de 56 millions d’euros.
De son côté, la Russie a décidé d'interdire l'importation des graines de fenugrec, de roquette, de radis, de betteraves, de soja et de légumineuses en provenance d’Egypte.
 
Pour l’Efsa, il s’agit désormais de retracer le chemin suivi par le lot n°48.088 après son arrivée en Allemagne, distributeur par distributeur. Une tâche qui pourrait prendre «des semaines», car le nombre d’Etats membres de l’UE touchés «semble beaucoup plus important (que l’Efsa) ne l’avait envisagé». Et au-delà du lot en question, «rien n’exclut que d’autres soient aussi impliqués», ajoute l’autorité.
 
«Beaucoup de ces graines achetées par l’importateur ont peut-être été déjà consommées, mais une certaine quantité est encore présente dans la chaîne d’approvisionnement», craint l’Efsa. Un constat d’autant plus inquiétant que les organisateurs de la kermesse de Bègles n’en avaient acheté qu’un paquet de 50 grammes…
 
Peu avant le rapport de l’Efsa, le ministère égyptien de l’agriculture avait écarté l’hypothèse du fenugrec, en rappelant que la présence de l’E. coli 0104:H4 n’avait été «ni prouvée, ni enregistrée» dans le pays. Un argument rejeté par l’Efsa, selon qui un test négatif ne constitue en rien une preuve d’absence.
 
Si le point de contamination des graines demeure «une question ouverte», «ce genre d’événement pourrait typiquement avoir eu lieu lors de la production, au niveau de la ferme». L’Efsa, qui évoque un contact avec «du matériel fécal d’origine humaine et/ou animale», appelle d’ailleurs l’Egypte à enquêter sur le lot incriminé.
Bien que le mot «fenugrec» soit peu connu du grand public, 2.861 tonnes ont été importées par l’Union européenne en 2010, dont 491 tonnes par la France. Premier fournisseur, l’Inde (2.496 tonnes), loin devant l’Egypte (77 tonnes).
 
[1] Annoncée fin mai, cette épidémie a touché près de 4.200 personnes, dont 897 cas de syndrome hémolytique et urémique et 49 décès, selon les derniers chiffres du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Le nombre de nouveaux cas est en diminution.
 
[2] L’une de ces 16 personnes, une femme de 78 ans, est décédée, mais il s’agissait au final d’une E. coli de souche O157:H7, plus commune. Pour les autres, il s’agit bien de la souche O104:H4. Deux autres cas ont été recensés en France, mais suite à des séjours en Allemagne.
 
[3] Selon l’Efsa, 1.917 paquets de 50 grammes, soit environ 95 kg de fenugrec du lot 48.088, ont été vendus par le distributeur britannique à un homologue français, qui les a répartis dans environ 200 centres de jardinage.


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