Durban vu par la Chine

Le 23 novembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une fois n’est pas coutume, Beijing se livre à un impressionnant exercice de transparence. Moins d’une semaine avant l’ouverture du sommet climatique de Durban (Afrique du Sud), le gouvernement chinois publie — et en anglais ! – une remarquable synthèse de sa politique climatique.

Réduction d’émissions, maîtrise de la demande énergétique, reboisement, changement des pratiques agricoles, adaptation :: tout y est dit en une dizaine de pages. Une seule indication manque, peut-être, à l’appel :: la place du numéro un des émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre. Car, en flirtant avec les 8 milliards de tonnes d’équivalent CO2 par an (25% du total mondial), la Chine dépasse largement les Etats-Unis.

Pour autant, les autorités chinoises tiennent à montrer l’importance des efforts produits ces dernières années. Et à moins d’être particulièrement sceptique sur la qualité des statistiques chinoises, le résultat est impressionnant.

Depuis 2005, l’empire l’Empire du milieu restructure massivement son tissu industriel, en le modernisant et surtout en fermant les millions de petites usines et de micro micro-centrales thermiques. Cette rationalisation de la production a permis de diminuer de 10% la consommation de charbon du secteur électrique, de 12% la consommation énergétique des aciéries et de 24% celle des cimenteries.

Le 11e plan quinquennal ayant élevé la performance énergétique au rang des meilleures pages du Petit livre rouge, des progrès significatifs ont été réalisés dans la construction et la fabrication de produits électroménagers. De nouvelles normes de performance énergétique du bâtiment neuf ont permis d’éviter la consommation de 46 millions de tonnes de charbon, indique le rapport. A noter qu’entre 2006 et 2010, la Chine a bâti 4,8 milliards de m2mètres carrés.

Efficacité énergétique toujours, avec la mise sur le marché de 360 millions de lampes à basse consommation, de 30 millions de climatiseurs sobres et d’un million de véhicules, eux aussi peu gourmands. De quoi éviter la consommation de l’équivalent de 20 milliards de kWhkilowattheures.

En plein boom, l’économie chinoise se décarbonise peu à peu. Entre 2006 et 2010, toujours, le PIB chinoise a progressé, en moyenne, de 11,2% par an ; dans le même temps, la demande d’énergie ne grimpait que de 6,6%. «Ce qui a permis d’éviter l’émission de 1,46 milliard de tonnes de CO2», estiment les rapporteurs.   

Afin de réduire sa dépendance au charbon (qui produit 71% de l’énergie chinoise), Beijing a fait de l’exploitation du gaz l’une de ses priorités. Et tout est bon :: gaz naturel, gaz de schiste, gaz de houille, gaz compact. Résultat :: la production de précieuses molécules estampillées made in China progresse de 14% par an. Certes, le gaz émet moitié moins de CO2 que le charbon, mais il ne fournit, pour le moment que 4% de l’énergie chinoise.

Alors, pour réduire encore l’empreinte carbone, les énergies renouvelables sont massivement mises à contribution. Durant le dernier plan quinquennal, la capacité des centrales hydroélectriques a été doublée (213 GWgigawatts). Le pays a multiplié par 23 la puissance de son parc éolien (31 GW), sextuplé celle des centrales photovoltaïques (600 MWcmégawatts crête). La surface des chauffe-eau solaires flirte avec les 170 millions de m2.

La réduction des émissions de GES passe aussi par l’amélioration de la gestion des déchets (on incinère plus et en récupère le biogaz) et par d’importants programmes de reforestation. La couverture forestière serait ainsi passée de 18,2% de la surface du pays, en 2005, à 20,3% en 2010.

Conscience Consciente de sa vulnérabilité à certaines conséquences des changements climatiques (la sécheresse, par exemple), la Chine s’adapte. Partout, l’on construit des réservoirs d’eau. Les techniques d’irrigation au goutte-à-goutte font flores. Pour protéger les jeunes forêts et les nappes phréatiques, des régions entières ont interdit le pâturage des troupeaux. Le contrôle sur le prélèvement d’eau dans les principaux fleuves a été renforcé.

Bon soldat de la lutte contre les changements climatiques, la Chine entend bien œuvrer pour que le système onusien perdure. Beijing milite pour une seconde période du protocole de Kyoto. Et ce pour deux raisons. D’une part, un Kyoto 2 contraindrait les pays industrialisés (ses clients, mais aussi et de plus en plus ses concurrents) à réduire leurs émissions de GES. Ce qui les obligera à moderniser ou à… délocaliser. D’autre part, et plus que tout autre pays, la Chine a parfaitement su tirer le plus grand bénéfice possible des mécanismes de flexibilité du protocole de 1997. Pas moins de 1.560 de ses projets ont été labellisés « Mmécanisme de développement propre »  (45% du total mondial). Ce qui lui permettra de réduire ses émissions de 328 millions de tonnes par an, mais aussi d’empocher de substantiels revenus carboniques, grâce à la vente de crédits carbone.

En revanche, pas question d’entrer dans l’annexe 1 du protocole (qui liste les pays devant légalement réduire leurs émissions). Car, comme le souligne le document, «la Chine est le plus grand pays en développement».

http://www.gov.cn/english/official/2011-11/22/content_2000272.htm

 



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