Durban: Bruxelles met la pression

Le 19 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Robert Sokolow : ce sera plus cher de stabiliser le climat.
Robert Sokolow : ce sera plus cher de stabiliser le climat.

En faisant «fuiter» ses doutes sur l’intérêt de poursuivre la décarbonisation de son système énergétique la Commission européenne tente de débloquer les négociations climatiques internationales.

La Commission européenne excelle dans la projection d’images subliminales. Et vient, une fois encore, d’en faire la démonstration.
Mercredi 19 octobre, le prestigieux Wall Street Journal publiait un article sur un possible revirement de la politique climatique communautaire.
 
Dans son papier, le quotidien économique américain affirme que, dans une version préliminaire de son programme énergétique à long terme (intitulé Energy Roadmap 2050), qui doit être publié d’ici la fin de l’année, la Direction générale de l’énergie se pose carrément la question de savoir si tout cela est bien nécessaire.
 
Rappelant que seule l’Union européenne se serre la ceinture carbonique (l’UE doit réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2020, et de 80% à 95% entre 1990 et 2050) alors qu’elle ne «pèse» qu’une dizaine de pourcents des émissions anthropiques, les services de Günther Oettinger appellent à desserrer l’étau.
 
«Si les grands pays ne parviennent pas à renforcer leur action coordonnée sur le climat, on peut se questionner sur le fait de savoir s’il est utile que l’Union européenne poursuive la décarbonisation de son système énergétique.»
 
Comme toujours en pareille situation, les services de la Commission se refusent à tout commentaire. Mais le message est clair: faute d’accord à Durban, l’Europe ne jouera plus les locomotives de la négociation climatique et pourrait sensiblement réduire la voilure en matière d’investissement «propre». Des investissements qui sont aussi bien réalisés sur le territoire de l’UE (dans les centrales de production à énergies renouvelables, dans les agro-carburants) que dans les pays tiers, via les mécanismes de projets (MDP et mise en œuvre conjointe).
 
Que penser d’un tel discours, encore une fois non officiel? Faute de réaction officielle, deux options sont possibles.
 
D’une part, il s’agit d’un moyen, un peu grossier, pour la Direction de l’énergie de faire pression sur celle de l’action climatique, toujours en pointe dans le combat contre les changements climatiques. Cela ne serait pas la première fois, en effet, que ses collègues essaient de freiner l’ardeur de la commissaire au climat, Connie Hedegaard.
 
Autre possibilité: faire passer le message à certains pays bloquant la négociation internationale (Inde, Chine, Etats-Unis, Canada, Japon, Russie, Arabie Saoudite) que l’Europe ne supportera plus longtemps leur immobilisme.
 
Immobilisme qui coûte cher, à tout point de vue. En 1990, l’humanité a rejeté 21 milliards de tonnes de CO2. En 2009, rappelle l’agence internationale de l’énergie, ce chiffre a atteint 29 Mdt, soit une hausse de 38% en 19 ans! Dans le même temps, les émissions carbonées des pays de l’annexe 1 du protocole de Kyoto (ceux qui doivent réduire leurs rejets de GES) sont passées de 14 à 13 Mdt/CO2, quand celles des pays en développement faisaient plus que doubler (de 6,4 à 14 Mdt).
 
Comme le rappelle le climatologue américain Robert Sokolow (université de Princeton), la stabilisation du «réchauffement» à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle reste possible, mais coûtera plus cher que si nous avions commencé plus tôt à réduire nos émissions de GES.
 
Reste à savoir si les diplomates des pays du Sud vont longtemps continuer à considérer que le premier des problèmes à résoudre est de faire payer les pays du Nord pour avoir déréglé le climat, ou que la collectivité internationale construise enfin une réelle gouvernance climatique.
 
De la réponse à cette question dépend désormais notre avenir énergétique et climatique. Rendez-vous, dans quelques semaines, à Durban pour le sommet climatique annuel...


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