Du Konvoi au noyau dur: l’héritage de Tchernobyl et de Fukushima

Le 28 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les groupes électrogènes de secours de l'EPR sont bunkerisés.
Les groupes électrogènes de secours de l'EPR sont bunkerisés.
VLDT

Industriels et institutions ont tiré partie des deux accidents nucléaires. Et cela n’est pas fini.

Il aura fallu 6 ans à l’industrie nucléaire européenne pour tirer les enseignements de l’accident de Tchernobyl. Cela peut paraître long. Mais il a fallu du temps aux ingénieurs occidentaux pour obtenir des informations techniques fiables sur le réacteur RBMK et les causes réelles de l’accident.

En 1992, donc, suite à une décision des gouvernements français et allemand, Framatome et Siemens lancent la conception d’un réacteur post-Tchernobyl. Baptisée EPR (pour European Pressurized Reactor), cette machine est largement inspirée du réacteur allemand de 1.400 mégawatts électriques (MWe), le Konvoi, et de leur équivalent français du palier N4.

Gros cendrier

Conçu pour fonctionner 60 ans et brûler du combustible MOX, l’EPR est aussi le premier réacteur du monde doté d’un récupérateur de corium. Pour reprendre la formule de l’eurodéputée écologiste Michèle Rivasi, il s’agit d’un «gros cendrier» capable de collecter la lave que produirait la fusion accidentelle du cœur. D’une puissance de 1.600 MWe, l’EPR est doté d’une double enceinte de confinement, barrière de sécurité dont est totalement dépourvu le RBMK. Le bâtiment réacteur est équipé d’une soixantaine de recombineurs pour éviter la formation d’hydrogène, source d’explosion. Autant de solutions reprises sur les autres modèles de réacteurs commercialisés par Areva: l’Atmea et le Kerena.

Cheminée et gravité

Les concepteurs de l’AP1000, grand concurrent de l’EPR, ont fait d’autres choix techniques. Se focalisant sur la perte du système de refroidissement du réacteur, les ingénieurs de Westinghouse ont développé des systèmes passifs censés refroidir le réacteur pendant 72 heures. En simplifiant, le faîte de l’enceinte du réacteur est percé d’une sorte de cheminée destinée à évacuer l’air chaud en cas d’incident. Autour de cet exutoire: un réservoir annulaire d’eau permet, par écoulement gravitaire, de refroidir le réacteur, sans intervention humaine ni électricité.

5 ans pour conquérir l’indépendance

Les institutions ne se sont pas tourné les pouces. Sous la pression du Parlement, le gouvernement français, par exemple, a donné son indépendance à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Indépendance totalement conquise avec la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire (loi TSN), texte promulgué en juin 2006, 5 ans après avoir été déposé à l’Assemblée nationale. Lointain descendant de la direction de la sûreté des installations nucléaires du ministère de l’industrie, l’ASN s’appuie sur l’expertise de l’institut de sûreté et de protection nucléaire, un ancien service du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Une facture de plusieurs milliards

Fukushima a pris l’industrie et leurs régulateurs au dépourvu. Jamais personne n’avait imaginé que des événements naturels, fussent-ils extrêmes, puissent initier un tel désastre. De la Chine à l’Europe, en passant par les Etats-Unis, tous les gendarmes de l’atome exigèrent des exploitants qu’ils évaluent la résilience de leurs installations. Les autorités françaises sont allées plus loin, -en exigeant des industriels, et d’EDF en premier lieu, qu’ils «bunkerisent» les systèmes de secours des centrales nucléaires et qu’ils mettent sur pied une force d’action rapide. Pour EDF, le montant de ces travaux se chiffre à 10 milliards d’euros.

Célébrant, à sa façon, le 30e anniversaire de Tchernobyl, la ministre de l’environnement Ségolène Royal a doublé le périmètre des plans particuliers d’intervention (PPI) établis autour de 126 installations nucléaires. Reste à savoir si les collectivités locales et les services déconcentrés de l’Etat étaient prévenus de cette annonce.



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