Du charbon pour faire du pétrole ou des engrais

Le 16 juillet 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La centrale de WA Parish séquestrera, dès 2016, 1,6 million de tonnes de CO2 par an.
La centrale de WA Parish séquestrera, dès 2016, 1,6 million de tonnes de CO2 par an.
NRG Energy

Malgré quelques efforts, les Etats-Unis restent très dépendants des énergies fossiles, dont leur sous-sol regorge. Paradoxalement, les futures normes d’émission de CO2 que l’agence fédérale de protection de l'environnement (EPA) s’apprête à appliquer pour les centrales thermiques à flamme pourraient contribuer à accroître la durée de vie de l’exploitation d’hydrocarbures américains[1].

En juin dernier, l’EPA a dévoilé un plan qui obligerait les exploitants de centrales thermiques à réduire de 30% les émissions de leurs installations entre 2005 et 2030. Une première lecture du texte donne à penser que les installations au charbon laisseraient inexorablement la place aux centrales au gaz. Mais une autre option est possible.

Mardi 15 juillet, NRG Energy et JX Nippon Oil & Gas Exploration Corporation ont annoncé la création d’une co-entreprise originale. Moyennant un investissement d’un milliard de dollars (735 M€), l’électricien américain et le pétrolier japonais vont installer une unité de captage-stockage géologique de CO2 (CSC) sur l’une des quatre chaudières au charbon de la centrale texane de W. A. Parish, l’une des plus importantes du pays (3.656 mégawatts).

Des rendements multipliés par 30

Chaque année, la co-entreprise récupérera 1,8 million de tonnes de CO2 qui seront, après transport dans un carboduc d’une centaine de kilomètres, injectés dans les puits de pétrole du champs de West Ranch. En accroissant la pression régnant à l’intérieur du gisement, cette injection permet non seulement d’accroître le rendement (ou la durée de vie) d’un puits de pétrole mais aussi de stocker le gaz carbonique dans la structure géologique. Les spécialistes ont baptisé cette technique «exploitation améliorée de pétrole» ou EOR. Les deux partenaires espèrent ainsi faire passer la production des puits de pétrole, dont ils sont actionnaires à 50%, de 500 à 15.000 barils par jour.

Novatrice, cette EOR bas carbone n’est pas totalement une nouveauté. Depuis 15 ans, les pétroliers canadiens opérant dans la Saskatchewan injectent un million de tonnes de CO2 par an dans leurs puits de Weyburn et de Midale. Le gaz provient d’une usine de gazéification de charbon, située dans le Dakota du Nord.

D’une contrainte, ils font une ressource

Une flopée de centrales à CSC devrait prochainement être mise à feu en Amérique du Nord. Quelques exemples. Au printemps 2015, Mississipi Power mettra en service une centrale à cycle combiné à gazéification intégrée (IGCC). Située à Kemper County, cette installation de 583 MW captera 65% de son CO2 pour le revendre à Denbury Resources et Treetop Midstream Services, spécialistes de l’EOR. Gains espérés pour l’électricien du Mississipi: entre 50 et 100 M$/an (entre 37 et 74 M€/an).

Après l’accord conclu le 10 juillet entre les Etats-Unis et la Chine, le Texas va pouvoir lancer son projet d’IGCC d’Odessa. Le chantier devrait démarrer l’an prochain pour une mise en service prévue pour 2018. Le Texas Clean Energy Project utilisera non seulement le CO2 pour doper les performances pétrolières locales mais aussi pour produire de l’urée, matière première dans la fabrication de fertilisants agricoles.

A Elk Hills, en Californie, SCS Energy s’apprête à donner les premiers coups de pioche à une véritable usine à gaz. L’Hydrogen Energy California Project (Heca) regroupera, sur un seul site, une unité de production gazéification de charbon, une turbine de 400 MW, un système de CSC et une usine de production d’engrais (1 Mt/an).

Créatifs, les énergéticiens américains le sont, sans aucun doute. En développant le CSC, ils entendent transformer la future contrainte carbone en une nouvelle source de revenus. En bon libéraux pragmatiques, ils utilisent à plein les subsides gouvernementaux. Le seul projet de W. A. Parish engloutira 167 M$ (123,4 M€) d’aides du secrétariat à l’énergie (DOE), gros financeur de projet de CSC. Depuis 2008, le DOE a ainsi octroyé plus de 3 Md$ (2,2 Md€) aux promoteurs du captage géologique de CO2, soit la moitié des fonds publics américains consacrés à cette palette de technologies. Un effort que l’Europe aura bien du mal fournir.



[1] Présentée en janvier dernier, ces normes imposent aux futures centrales thermiques de ne pas émettre plus de 600 kilogrammes de CO2 par mégawattheure.

 



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