Du bisphénol A dans les résines dentaires

Le 19 septembre 2013 par Marine Jobert
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Les soins dentaires, à limiter pour les publics sensibles?
Les soins dentaires, à limiter pour les publics sensibles?

La présence de ce perturbateur endocrinien dans des composés dentaires est connue, sans susciter de réaction de mise en garde des autorités sanitaires. Fait rare: une organisation professionnelle mondiale de chirurgiens-dentistes, tout en réclamant des études supplémentaires, vient de désapprouver l’utilisation de BPA dans les matériaux dentaires. Une annonce à replacer dans un contexte toxicologique mouvant.

«Les patients ayant bénéficié de soins de restauration et de prévention dentaires à base de résine pourraient être exposés à d’infimes quantités de BPA (…) Cette exposition pourrait intervenir lors des premières 24 heures suivant la pose du produit de restauration.» Ce n’est pas une agence sanitaire qui a rédigé cette mise en garde, mais la fédération dentaire internationale (FDI)[1] à l’issue de sa dernière assemblée générale, tenue en Turquie fin août 2013. Dans une déclaration de principe, la FDI entend prendre la mesure des «préoccupations de la communauté scientifique comme de celles des collectivités publiques» face à ce composé aux effets œstrogéniques avérés et qui perturbe le système endocrinien. Certes, le BPA «n’est pas présent comme tel dans les composites des matériaux dentaires» et s’il n’est pas, «en principe», utilisé au cours du processus de fabrication des résines d’obturation, des produits de scellement, des reconstitutions coronaires ou la fixation d’attaches et de bagues orthodontiques, mais la FDI reconnaît que «ces produits sont susceptibles de / peuvent contenir une concentration minime de BPA résultant du processus de fabrication».

 

Des résines qui relâchent du BPA

Un avis rendu en avril 2013 par le conseil scientifique de l’association dentaire américaine (ADA) permet d’y voir un peu plus clair. La présence de BPA dans les composites dentaires peut s’expliquer par deux raisons. D’abord, «le BPA est un sous-produit d’autres ingrédients des composites dentaires et des produits de scellement qui se sont dégradés». Ensuite, «c’est la trace d’un reste de matériau utilisé pour fabriquer d’autres ingrédients employés dans les composites dentaires et les produits de scellement». Mais en tant que tel, assure l’ADA, le BPA n’est pas un ingrédient de base des matériaux dentaires. Les résines composites sont toutefois formées à partir de résines époxy, dont la plus connue est le BPA. C’est le cas pour le bisphénol A diglycidyl ether methacrylate (bis-GMA) ou le bisphénol A dimethacrylate (bis-DMA). Ce dernier «peut relâcher de très petites quantités de BPA, car le bis-DMA est altéré par les enzymes de la salive», détaille l’ADA.

 

Précautions insuffisantes

Un rapport du département américain de la santé, en 2008, qualifie cette exposition d’événement «aigu et non fréquent peu pertinent pour estimer les expositions de la population générale». En France, la revue éditée par l’Association dentaire française (ADF) révèle une logique différente. Dans son édition de janvier 2012, l’ADF délivre quantité de mises en garde devant ce BPA «intégré à la plupart des résines de reconstitution et de scellement de sillons dentaires, qu’il rend plus fluides et dont il favorise l’adhésion». Michel Goldberg, professeur émérite à l’UMR-S 747 de l’Inserm/université Paris-Descartes, interrogé par ADF Infos, considère qu’en dentisterie, «les précautions à prendre (rincer la surface des résines après obturation, minimiser leur emploi pendant la grossesse, éviter le meulage sélectif) ne suffisent pas. Les odontologistes devront acquérir de nouveaux réflexes, signaler toute réaction suspecte à l’Afssaps[2], interroger leurs fournisseurs, exiger études cliniques et solutions alternatives».

 

Absorption par la bouche

La question de la présence de BPA dans les composites dentaires prend encore du relief à la lumière de la récente découverte réalisée par l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra) et par l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse. En juin dernier, les deux organismes publiaient des résultats qui démontraient l’absorption du BPA par les muqueuses très fines et vascularisées de la zone sublinguale. Une nouvelle voie d’exposition plus «efficace», puisque les concentrations relevées dans le sang après exposition étaient alors 100 fois supérieures à celles attendues lorsque le BPA est avalé. De quoi nourrir la réflexion sur les méthodes d’évaluation de l’exposition des populations. Et sur les conséquences de l’exposition quasi directe au BPA (de la bouche aux muqueuses de la bouche), notamment chez les jeunes enfants. La FDI, tout en réaffirmant «l’utilité des matériaux en résine composite pour la santé dentaire et la prévention des caries» et en appelant à mener de nouvelles recherches «sur l’exposition au BPA et sur sa libération», conclut par une condamnation: «La FDI (…) désapprouve vivement l’utilisation du BPA dans la fabrication de matériaux dentaires.»

 



[1] Il s’agit de l’organisation indépendante de profession dentaire, autorisée à prendre la parole au nom de ses 156 associations membres dans 137 pays, représentant plus de 900.000 chirurgiens-dentistes dans le monde.

[2] Afssaps: Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé

 

 



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