Donner un prix au carbone, oui mais lequel?

Le 10 juin 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A quel niveau taxer l'émission d'une tonne de CO2?
A quel niveau taxer l'émission d'une tonne de CO2?
Carbon Visual

Le ministère de l’environnement organisait, ce vendredi 10 juin, un colloque sur la tarification du carbone. Une idée consensuelle, contrairement à sa mise en œuvre.

«Il est aberrant de considérer les conséquences du réchauffement climatique comme une externalité. La sécheresse, les événements climatiques extrêmes touchent nos économies, nos PIB, même si nos politiques ne les considèrent pas.» Intervenant en ouverture d’une réunion parisienne de la Coalition de haut niveau pour un prix du carbone, Hakima El Haite, ministre de l’environnement du Maroc, a d’entrée de jeu posé les données du problème.

Comment influer sur l’économie pour qu’elle s’adapte aux effets du réchauffement? Pour les participants à ce colloque organisé par le ministère français de l’écologie, la réponse est claire: donner un prix aux émissions des gaz à effet de serre, en général et de CO2, en particulier.

L’ETS incompatible avec la COP 21

«L’universalité est dans l’idée, pas dans sa transposition», a toutefois rappelé Ségolène Royal. Si, aujourd’hui, une quarantaine de pays tarifient les rejets de GES[1], les prix restent extrêmement disparates. «Aujourd’hui, émettre une tonne de GES coûte de 1 dollar à Shanghai, à 137 $ (121,5 €) en Suède», précise la ministre de l’environnement. Jadis ambitieux, le quota européen se traîne à 6 € depuis des années. «Les performances de ce marché sont désormais incompatibles avec les objectifs fixés par l’Accord de Paris», convient Gérard Mestrallet.

1.000 milliards de dollars

Investi d’une mission de réflexion sur le sujet[2], l’ancien PDG d’Engie a son idée de réforme de l’ETS. Reprenant à son compte un concept lancé il y a un an par le rapport Canfin-Grandjean, il propose de mettre un œuvre, en Europe d’abord, un corridor de prix du carbone. En gros, il s’agit d’encadrer, à la hausse comme à la baisse, le prix du carbone pour donner dans la durée un signal prix incitant les investisseurs à choisir le bas carbone. L’économiste Christian de Perthuis (université Dauphine) fait les comptes: «un prix moyen de 20 $/t sur le carbone mondial permettrait de lever 1.000 Md$/an.»

Nombreux obstacles

Est-ce raisonnable? Dans l’absolu, sans aucun doute. L’Agence internationale de l’énergie (AEI) estime que la communauté internationale doit investir, en 15 ans, 13.500 Md$ dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique pour tenir l’objectif des 2°C. Economiquement, l’idée fait son chemin. Les obstacles sont encore légion. A commencer par les exigences de la société civile. «On ne pourra pas demander aux collectivités, aux entreprises et aux citoyens de subir une taxation dont ils ne verraient aucun produit en retour», résume Ronan Dantec, sénateur (EELV) de Loire-Atlantique. Pour le directeur général de la Caisse des dépôts, Pierre-René Lemas, la taxation du carbone ne peut être engagée que dans le cadre d’un mécanisme «stable et prévisible». Certes.

Ignacio Galan a une autre idée. Pour l’impulsif patron de l’électricien espagnol Iberdrola, il faudra baisser les impôts des électriciens qui seront taxés sur le carbone: «Cela permettra de stabiliser le prix de l’électricité.» Une remarque qui ira droit au cœur de Ségolène Royal qui s’est toujours refusée à laisser filer les prix du kilowattheure pour ne pas pénaliser les consommateurs.

Quid de la sensibilité climatique?

Esquivant l’impossible débat sur le niveau de la taxation, Gaël Giraud rappelle quelques principes de base. Sans s’opposer au principe de corridor de prix, l’économiste en chef de l’Agence française de développement (AFD) rappelle que le prix plancher doit entraîner tout le monde: «Un prix de 30 $/t ne rebute pas la Chine, mais reste trop élevé pour l’Inde.» Autre idée: l’efficacité climatique de la taxation. «Nos derniers travaux montrent que si la sensibilité climatique[3] est faible, le niveau de taxation devra être faible, de 15 à 30 $/t pour commencer et jusqu’à 80 $ en 2040. A contrario, si le réchauffement s’accélère plus vite, il faudra sans doute envisager une taxation beaucoup plus forte, de l’ordre de 900 $/t en 2040, pour que le mécanisme soit réellement efficace.»

 



[1] Les émissions soumises à contrainte carbone représentent environ 12% des rejets anthropiques.

[2] avec Pascal Canfin et Gérard Mestrallet.

[3] La sensibilité climatique se définit comme la réponse du système climatique à un doublement de la concentration dans l’atmosphère de gaz à effet de serre. Selon le GIEC, elle se situe probablement entre 2 et 4,5 °C.

 



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