DOM-TOM: l’Assemblée opposée à l’interdiction de produits plus sucrés

Le 12 octobre 2011 par Romain Loury
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La proposition de loi visant à interdire les taux de sucres plus élevés dans les aliments vendus aux DOM-TOM a été rejetée mardi 11 octobre par l’Assemblée nationale, à une très courte majorité (199 voix contre 190).
 
Présenté par le député Victorin Lurel (Guadeloupe) au nom du groupe SRC [1], ce texte partait de deux constats: d’une part un surpoids plus fréquent Outre-mer qu’en métropole [2], d’autre part des taux de sucres souvent plus élevés à produit équivalent.
Entre autres exemples, les députés évoquent le yaourt Velouté Fruit de Danone, qui «contient par pot de 125 grammes, 15,8 g de glucides en France hexagonale, contre 20 g en Guadeloupe». Raison invoquée par les industriels: l’absence de lait frais dans ces territoires, qui obligent à recourir à des poudres de lait plus riches en lactose.
 
Ce phénomène expliquerait «plus de la moitié» des écarts constatés, indique le rapport parlementaire (http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rapports/r3767.pdf). Mais pas leur totalité: les industriels «laissent parfois penser que les consommateurs d’Outre-mer préfèrent les produits les plus sucrés et que si leurs franchisés locaux [3] baissaient la teneur en sucre de leurs produits, ce serait leurs concurrents qui en bénéficieraient».
 
En effet, il n’y a pas que les produits laitiers dont les taux de sucres sont plus élevés Outre-mer. La situation est la même pour les sodas: le Fanta Orange acheté en Guyane présente une teneur en sucres de 48,59% supérieure à celui vendu en métropole! Et au-delà de toute comparaison avec la métropole, les sodas que l’on ne trouve que localement sont très sucrés.
Malgré les votes favorables des groupes SRC, GDR (gauche démocrate et républicaine) et Nouveau centre, le texte a donc été rejeté. Lors de l’examen du texte, le ministre de la santé, Xavier Bertrand, jugeant «la faisabilité de la mesure proposée improbable et son efficacité discutable», avait indiqué que le gouvernement ne la soutiendrait pas.
 
Les mesures proposées «ne concerneraient pas les produits importés, alors que les Antilles sont dans la zone commerciale de l'Amérique du Nord», avait craint le ministre. Selon lui, les consommateurs se tourneraient alors vers les produits américains plus sucrés.
 
Dans un communiqué, l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) avait aussi manifesté son opposition à cette mesure, jugée «incohérente». «De nouvelles mesures législatives non justifiées scientifiquement ne résoudraient rien et mettraient une nouvelle fois en difficulté les produits français par rapport à leurs concurrents étrangers», précise le président de l’Ania, Jean-René Buisson.
 
[1] Socialiste, radical, citoyen et divers gauche.
[2] Selon l’étude Podium menée dans les DOM-TOM, le taux d’obésité et de surpoids est particulièrement élevé en Polynésie française et en Martinique. Dans ce dernier département, le taux de surpoids et obésité atteint 25% chez l’enfant et 55,6% chez l’adulte, contre 18% et 46,5% en métropole.
[3] Le conditionnement et la commercialisation Outre-mer de ces produits sont très souvent sous-traités par des groupes locaux, les groupes nationaux ne s’estimant dès lors pas responsables de différences avec les produits qu’ils vendent en métropole.


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