Doha: un accord pour rien?

Le 10 décembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pas inutile de confier la présidence d'une conférence sur le climat à l'ancien président de l'OPEP.
Pas inutile de confier la présidence d'une conférence sur le climat à l'ancien président de l'OPEP.

Pour qui veut se donner la peine de le lire, le train de mesures adopté le 8 décembre n’est pas totalement vide de sens. Explications.

C’est un avis quasi unanime. Les résultats de la «passerelle» de Doha seraient faibles, très limités, voire carrément «dérisoires», aux dires de Delphine Batho, pourtant signataire de l’accord intervenu le 8 décembre.

Certes, les motifs d’insatisfaction sont nombreux. Les délégués des 190 nations présents à la conférence des parties n’ont pas conclu de nouvel accord international obligeant l’humanité à réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre. Et pour cause, ça n’était pas à l’ordre du jour de la quinzaine [JDLE].

Mais si l’on regarde l’agenda des négociateurs, la plupart des objectifs fixés ont été atteints. Avec un petit bonus à la clé.

Le gros morceau était la seconde période d’engagement du protocole de Kyoto. Mission accomplie. Le «protocole 2» entrera officiellement en vigueur le 1er janvier prochain, pour prendre fin le 31 décembre 2020. Anodine en apparence, cette décision a deux intérêts majeurs. Elle donne 8 années de plus aux mécanismes de flexibilité dudit protocole: mécanisme de développement propre, mise en œuvre conjointe et échange de crédits carbone. Pas anodin au moment où fleurissent les marchés carbone (Amérique du Nord, Australie, Corée du Sud, Japon). Politiquement, cette prorogation est importante. Car, aussi imparfait soit-il, le protocole est le seul texte contraignant obligeant une trentaine d’Etats à maîtriser leurs émissions de GES. Ne pas l’avoir reconduit aurait été considéré comme une déclaration de guerre par les pays du Sud; lesquels jugent ceux du Nord responsables de la crise climatique actuelle. Petit bémol: avec le retrait de la Russie, du Japon, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, et le développement à vitesse grand V des pays émergents (non contraints par le protocole), Kyoto 2 couvrira 15% des émissions mondiales, contre 35% auparavant.

Autre résultat: la résolution du problème de «l’air chaud». Les grands pays de l’ex-bloc soviétique disposent, du fait de l’effondrement de leur industrie lourde, de très importants stocks de crédits carbone nationaux, les unités de quantité attribuée (UQA).Utilisées durant la seconde période d’engagement, ces milliards d’UQA réduiraient à néant l’efficacité économique (et donc climatique) de l’échange de quotas. A Doha, la COP a imaginé un deal astucieux. En contrepartie de l’organisation du prochain sommet climatique, Varsovie, Moscou et Minsk conservent leurs montagnes de crédits. Des crédits que les membres de l’Union européenne, l’Australie, la Suisse et la Norvège se sont engagés à ne pas acheter pour assurer leur conformité. L’honneur est sauf, et le ridicule ne tue pas.

Au plan financier, nul objectif n’était fixé à la COP 18. D’un côté, les pays vulnérables aux conséquences des changements climatiques (qui ont perçu 30 milliards de dollars –23,2 Md€- entre 2010 et 2012) réclamaient 60 Md$ (46,4 Md€) d’ici 2020. De l’autre, les pays les plus industrialisés se sont engagés à fournir 100 Md$ (77,4 Md€) d’aides, publiques et privées, par an, à l’horizon de 2020. Entre 2013 et 2020, c’est le grand flou, dénoncé par les pays du sud.

Pour le moment, seules l’Union européenne et la Norvège ont indiqué vouloir avancer quelques 8 Md€) pour assurer la transition. Mais c’est tout. Les Etats-Unis ont été très critiqués pour n’avoir pas versé un cent au pot climatique 2013-2020, alors que le président Obama a demandé à son Congrès une ligne de crédit de 60 Md$ pour panser les plaies causées par le passage de l’ouragan Sandy [JDLE].

Comme chaque fois, la COP a aussi été l’occasion de prolonger l’action initiée l’année précédente. Là non plus, pas (trop) de problèmes: l’ensemble des négociateurs ont accepté de poursuivre sur la lancée de la plate-forme de Durban. Obtenue à l’arraché l’an passé, cette plate-forme vise à l’obtention d’un nouvel accord international en 2015, avec application en 2020. L’objectif visé étant toujours de stabiliser le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle.

Et c’est effectivement là que le bât blesse. Selon les calculs faits ces dernières heures par Climate Analytics, le centre de recherche sur le climat de Postdam et Ecofys, l’ensemble des engagements pris à Doha nous conduisent à un réchauffement de 3,3°C d’ici 2100.

Dès lors, faut-il parler d’un échec, comme n’hésitent pas à le faire nombre d’organisations environnementales et de personnalités?

On peut certes rester sur le résultat de cette étude et attendre (im)patiemment les effets du réchauffement. On peut aussi considérer que les négociations climatiques sont un processus relativement dynamique (contrairement aux accords d’Oslo, par exemple) et d’une incroyable complexité. Un processus dont le but ultime est de modifier les modes de développement de près de 200 pays. Excusez du peu.

Si l’on prend le temps de regarder 20 ans en arrière, on ne pourra que s’étonner de la créativité et de la souplesse d’esprit des diplomates du climat qui, malgré les gloussements des climato-sceptiques, les incompréhensions de la majeure partie de la classe politique internationale, les cris d’orfraies des industriels, les blocages des pays producteurs d’hydrocarbures, et j’en passe, ont su mettre en œuvre un corpus politique et économique propre à alléger notre empreinte carbone. Si nous le voulons bien. Ce qui est une autre histoire, -nationale, le plus souvent.

Et comme illustration de cette créativité, Doha a, notamment, accouché d’un principe véritablement révolutionnaire: les pertes et dommages. Honni par les Américains, ce principe prévoit qu’à terme, les pays s’estimant lésés par les conséquences des changements climatiques (montée des eaux, événements climatiques extrêmes, changement du régime des pluies) pourront réclamer des compensations financières aux nations ayant perturbé le climat. Encore à l’état d’ébauche, ce mécanisme dit du «loss and damage» sera au cœur des négociations de la COP de Varsovie, fin 2013. Les discussions promettent, une fois encore, d’être animées.



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