Dmitry Medvedev, rival écolo de Poutine ?

Le 27 août 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Sur les questions d'environnement, les deux têtes de l'exécutif russe ne sont pas d'accord.
Sur les questions d'environnement, les deux têtes de l'exécutif russe ne sont pas d'accord.

A trois reprises ces derniers jours, le président russe a penché en faveur de l’environnement. Opportunisme ou réel changement de cap ?

 

La plupart du temps, on ne fait pas passer une feuille de papier à cigarette entre eux. Pour la plupart des Russes et des observateurs, la politique de Dmitry Anatolyevich Medvedev est la même que celle prônée par Vladimir Vladimirovich Poutine. A moins que ça ne soit l’inverse.

 

Du moins, telle était la situation avant l’été. Depuis, la Russie a été ravagée par les feux de forêt et de tourbière. Et les deux têtes de l’exécutif se sont, semble-t-il, un peu éloignées l’une de l’autre. Du moins, sur le plan environnemental.

 

Jeudi 26 août, alors que le Premier ministre Poutine se faisait filmer en train de tirer à l’arbalète sur des baleines [pour des raisons scientifiques, expliquent ses chargés de communication], le troisième président de la Russie arrêtait la construction de l’autoroute qui doit relier Moscou à Saint-Petersbourg.

 

L’affaire était devenue emblématique. Construite par le Français Vinci, l’infrastructure – qui sera la première autoroute concédée payante du pays - doit passer, au sortir de la capitale, par la forêt de Khimki. C’est en tout cas ce que prévoit l’actuel tracé. S’il était respecté, cela obligerait le groupe de BTP français à détruire 144 hectares de forêt. Difficile à admettre pour les Russes qui ont vu partir en fumée plus de 14 millions ha de bois, ces dernières semaines. Soit un tout petit peu plus que l’année passée.

 

Aussi, la colère a-t-elle saisie les Moscovites. Depuis 2008, la presse, et notamment la Khimkinskaïa Pravda, ressasse des accusions de corruption pour ce chantier. Ce qui a finalement dissuadé, au début de l’année, la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd) de contribuer au financement de la future 2 x 5 voies. Il y a quelques semaines, des manifestants pacifistes qui campaient dans la forêt menacée ont été agressés par des inconnus. Dimanche dernier, une manifestation anti-autoroute a réuni, à Moscou, plus de 3.000 personnes. Interdite par les autorités municipales, elle a été brutalement dispersée par les forces de l’ordre. Erreur, car le groupe irlandais U2 se saisit de l’occasion pour inviter sur scène, le 25 août, le chanteur Youri Shevchouk, à l’avant-garde du combat pour la forêt moscovite.

 

Ce concert engagé a, peut-être, pesé dans la décision du président russe d’arrêter les frais de la forêt de Khimki. Décision d’autant plus sage que le parti au pouvoir, Russie Unie, commençait à soutenir les opposants à l’autoroute. Ancien dirigeant d’une compagnie forestière, le président russe n’oublie pas non plus que le tiers de la ceinture verte de Moscou a déjà été englouti par le béton et le bitume de l’urbanisation. Et dans les sondages, une idée progresse dans la population : il est temps d’arrêter les tronçonneuses.

 

Les symptômes du verdissement du maître du Kremlin ne s’arrêtent pas là. Vendredi 27 août, l’ancien subordonné de Vladimir Poutine a signé un oukase replaçant l’agence forestière fédérale sous l’autorité directe du gouvernement. En 2007, Vladimir Poutine, alors président, avait fait placer les forêts sous la responsabilité des collectivités territoriales. Une décision qui a contribué, estiment nombre d’observateurs, à la désorganisation des services forestiers et de secours. De nouveau dotée de l’autorité gouvernementale, l’agence devrait engager des opérations massives de reboisement dans les zones détruites par les incendies de l’été. Dmitry Medvedev a aussi annoncé une refonte du Code forestier de 2007.

 

Le 13 août, enfin, l’ancien dirigeant de Gazprom a annoncé qu’il allait étudier le cas de la station botanique de l’institut Vavilov de Pavlovsk. Aujourd’hui, seule une décision du président russe peut sauver de la destruction l’une des plus riches banques de semences du monde.

 

Jamais le numéro Un russe n’avait fait montre d’une telle attention aux questions d’environnement. Les incendies et surtout la virulence des critiques fustigeant l’incapacité des autorités à les enrayer ont-ils changé la donne ? Possible. A moins que ne débute déjà la campagne pour les présidentielles de 2012 ?



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