Dix ans d'OGM, le débat continue

Le 25 janvier 2007 par Bérangère Lepetit
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Deux rapports, sortis simultanément en janvier 2007, dressent des bilans contrastés sur les OGM et leur utilisation, 10 ans après leur introduction.




Nombre de terrains cultivés en hausse, augmentation des pays intéressés: à en croire le rapport annuel de l'International service for the acquisition of agri-biotech applications (Isaaa) sorti jeudi 18 janvier, les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne se sont jamais aussi bien portés pour leur 10e anniversaire. «L'accélération de l'adoption des cultures biotechnologiques reflète les améliorations substantielles et constantes de la productivité, de l'environnement, de l'économie et des avantages sociaux constatés par les grands et les petits agriculteurs, les consommateurs et la société, dans les pays industriels comme dans les pays en développement», peut-on y lire. Dix ans d'OGM et deux occasions à fêter: les pro-OGM se félicitent également cette année des 100 millions d'hectares cultivés dans le monde. Après une augmentation de 12% en 2002, 15% en 2003, 20% en 2004 et 11% en 2005, la superficie couverte en OGM a crû de 13% en 2006.

«La superficie globale des cultures d'OGM a passé la barre des 100 millions d'hectares? Soit, mais elle ne représente qu'environ 5% des surfaces cultivées dans le monde, commente Arnaud Apoteker, le président de Greenpeace France dans un communiqué qui souligne «le manque de détails» du rapport de l'Isaaa.

Le rapport en question, qui promeut l'utilisation des OGM comme solution à la faim et à la pauvreté dans le monde, est l'unique et traditionnelle référence au plan international sur l'expansion des cultures génétiquement modifiées. L'Isaaa est une agence de lobby fondée et financée à 40% par l'industrie des biotechnologies, comme Monsanto ou Syngenta. Une fois n'est pas coutume, cette publication coïncide cette année avec la sortie d'un autre rapport «Qui tire profit des cultures GM? Analyse des performances des cultures GM dans le monde (1996 et 2006)», signé par les Amis de la terre, une organisation environnementale qui relativise les données de l'Isaaa. Selon les Amis de la terre, les OGM commercialisés actuellement ont plutôt augmenté que réduit l'utilisation de pesticides dans le monde. Qui plus est, les champs OGM n'auraient pas des rendements supérieurs à ceux plantés en semences conventionnelles et seraient bien loin d'avoir profité aux agriculteurs.

Toujours selon ce rapport, «l'étude indépendante la plus complète provenant des statistiques officielles des Etats-Unis (1) montre que les trois principaux produits GM (le soja, le maïs et le coton) ont provoqué une augmentation de l'usage de pesticides de 122 millions de livres depuis 1996, avec une très forte augmentation du volume d'herbicides appliqués au soja, au coton et au maïs résistants aux herbicides». Le rapport cite le département américain de l'agriculture, réputé pour son attachement aux OGM, qui reconnaît pour la première fois que les rendements des semences OGM ne sont pas meilleurs que ceux des semences conventionnelles.

Dans les pays qui ont ouvert leurs portes aux OGM, comme le Brésil ou le Paraguay, les rendements des sojas OGM n'ont pas été à la hauteur des espérances. Après la sécheresse qui a sévi dans la région en 2005, «le ministère de l'environnement au Paraguay a estimé les pertes plus importantes sur les cultures OGM que sur les variétés classiques, prouvant que les OGM étaient plus sensibles à la sécheresse», note le rapport.



Et quand l'Isaaa affirme que plus de 7 millions de petits agriculteurs chinois, indiens et sud-africains sont en train de tirer profit du coton GM, les Amis de la terre citent une étude de l'université de Cornell (2) où sont documentées les pertes financières subies par les cultivateurs chinois de coton Bt, l'interdiction des premières variétés commercialisées en Andhra Pradesh et les menaces permanentes aux moyens de vie des agriculteurs indiens, ou le rejet du coton Bt par les agriculteurs indonésiens (3).

Ces deux études sortent alors qu'en France, les OGM pourraient s'inviter dans la campagne présidentielle. La Confédération paysanne a lancé mardi 23 janvier, avec le soutien de Nicolas Hulot, un appel au moratoire sur les cultures de plantes transgéniques. Le 18 décembre 2006, le Conseil des ministres européens de l'environnement avait refusé de sanctionner l'Autriche qui bannit la culture de maïs MON 810, le seul maïs transgénique actuellement autorisé en Europe.

(1) Genetically Engineered Crops and Pesticide Use in the United States: The First Nine Years. BioTech Infonet Technical Paper No. 7, p.

(2) Cornell University. 2006. Seven-year glitch: Cornell warns that Chinese GM cotton farmers are losing money due to “secondary” pests. July 25.

(3) Voir l'article du JDLE intitulé «Les OGM ont malgré tout besoin de pesticides»





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