Dirk Messner: «les pays pollueurs doivent offrir la citoyenneté aux réfugiés climatiques»

Le 17 décembre 2018 par Aline Robert
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Dirk Messner propose que les pays émetteurs délivrent un passeport aux réfugiés climatique.
Dirk Messner propose que les pays émetteurs délivrent un passeport aux réfugiés climatique.
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Alors que l’ONU vient de faire adopter son pacte des migrations, la question des ‘migrations climatiques’ a fait irruption à la COP 24, rappelle notre partenaire Euractiv. L’idée d’accorder des passeports aux citoyens des petites îles du Pacifique qui risquent de disparaître fait ses débuts, comme en témoigne Dirk Messner, directeur de l’université des Nations unies de Bonn.

 

Pourquoi accorder des passeports climatiques?

Certains pays vont être dévastés par le changement climatique, à commencer par la montée des eaux. Les îles du Pacifique sont les premières concernées. Pour éviter que leurs habitants ne deviennent apatrides, nous suggérons que l’ONU soutienne l’idée d’un passeport climatique que les Etats pollueurs accorderaient aux réfugiés du climat. Quand votre territoire disparaît, vous perdez aussi votre citoyenneté. Et vos droits. C’est la première fois que cela arrive dans l’histoire, la disparition de territoires.

Comment est née cette idée?

Il y a déjà de nombreux rapports disponibles sur le sujet, il y a eu des conférences au Vatican. Au conseil climatique allemand, nous nous sommes emparés de cette idée, et nous l’avons soumise au gouvernement. Le sujet est maintenant dans l’arène!

Comment l’UE réagit-elle à cette proposition?

C’est un sujet à controverse parce que nous avons des débats houleux concernant les migrations en Europe, et nous savons que cela va empirer avec les réfugiés climatiques.

Notre suggestion n’est pas d’ignorer ces problèmes, ou d’aller vers une crise pour la gérer ensuite. Nous avons besoin de mettre en place des actions préventives. Comme ce passeport climatique.

Qui devrait accorder ces passeports?

Pour l’instant, l’Australie et la Nouvelle-Zélande accordent quelques visas aux habitants des îles du Pacifique, mais c’est insuffisant.

Nous pensons que les pays qui ont le plus contribué au changement climatique doivent offrir la citoyenneté aux réfugiés. Les Etats-Unis, l’Europe et la Chine sont les plus grands responsables du changement climatique, ce sont donc eux qui doivent réagir en priorité, selon le principe du pollueur-payeur.

Comment ce passeport fonctionnera-t-il techniquement?

Nous faisons une analogie avec l’idée des passeports Nansen, accordés après la Première guerre mondiale aux apatrides. Plus de 50 gouvernements ont accepté l’idée de ces passeports pour des gens qui avaient perdu leur maison parce que les frontières avaient changé. Ils étaient devenus apatrides et une nouvelle citoyenneté leur a été proposée. Nous sommes dans une situation comparable.

Combien de temps cela prendra-t-il de mettre en place un tel passeport?

C’est déjà un débat international et j’espère que petit à petit, en réalisant qu’ils sont tous potentiellement affectés par ces migrations climatiques, les Etats rejoindront l’un après l’autre cette initiative.



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