Directive sur l’air: les chercheurs très en colère

Le 27 septembre 2006 par Claire Avignon
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Hier, le Parlement européen a adopté plusieurs amendements à la proposition de directive sur l'air. Les députés présentent leurs objectifs comme plus ambitieux que ceux de la Commission européenne. Mais les chercheurs estiment au contraire que les considérations de santé publique sont passées au dernier plan.

C'est avec dépit que de nombreux scientifiques européens ont pris connaissance du résultat des débats du Parlement européen concernant la stratégie thématique sur la pollution de l'air. Le 26 septembre, les eurodéputés ont voté pour une «valeur cible» annuelle de 20 microgrammes par mètre cube (µg/m3) pour les PM-2,5, particules fines d'un diamètre inférieur à 2,5 microns. «En tant que professionnelle de la santé publique, je trouve cela très décevant», explique Sylvia Médina, de l'Institut de veille sanitaire. «On ne nous a pas écoutés», regrette de son côté Isabella Annesi-Maesano, du département d'épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires à l'Inserm.

Dans plusieurs communiqués alarmants, dont le dernier publié à l'occasion de la conférence internationale d'épidémiologie et d'exposition environnementale au début du mois de septembre, une quarantaine d'experts européens estiment en effet qu'il faudrait instaurer un seuil de 15 µg/m3, comme c'est le cas aux Etats-Unis, voire de 10 µg/m3, comme le recommande l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le Parlement européen est allé plus loin que la Commission européenne qui voulait introduire une limite de 25 µg/m3 –un seuil qui serait inutile puisque la plupart des villes européennes se trouvent en-dessous. Cependant, les 20 µg/m3 ne sont définis que comme une «valeur cible», pas une «valeur limite». Le rapporteur allemand (ADLE, équivalent de l'UDF en France) a justifié ce choix en estimant qu'il était trop tôt pour fixer des valeurs limites compte tenu de l'état des connaissances scientifiques. «C'est faux, s'insurge Isabella Annesi-Maesano. Il existe quantité de preuves scientifiques sur les effets nocifs des PM-2,5.»

Dans une étude, Sylvia Médina a ainsi comparé différents scénarios d'exposition pour la population âgée de plus de 30 ans de 26 villes européennes (41,5 millions d'habitants). Le nombre de morts évitables chaque année a été évalué à 4.400 pour une teneur en PM-2,5 de 25 µg/m3, à 7.300 pour 20 µg/m3, à 13.200 pour 15 µg/m3 et à 22.000 pour 10 µg/m3.

Autre inquiétude des scientifiques: le vote des députés européens concernant les PM-10. Les normes actuelles prévoient une valeur annuelle de 20 µg/m3 d'ici 2010. Le texte en débat dans les institutions revient en arrière avec une proposition de la Commission de 40 µg/m3, tandis que le Parlement défend une limite de 33 µg/m3. Même chose pour les dépassements journaliers: au lieu d'un plafond de 7 dépassements par an à 50 µg/m3, la Commission propose le nombre de 35, et le Parlement atteint le chiffre record de 55. Selon les eurodéputés, il est nécessaire d'introduire «une plus grande flexibilité pour les Etats membres qui ne sont pas en mesure de respecter les critères en raison de conditions géographiques ou climatiques particulières, ou de pollutions transfrontalières significatives.»

L'espoir des chercheurs se porte désormais du côté du Conseil de l'Union européenne. En France, l'Institut de veille sanitaire (InVS) et le Conseil supérieur de l'hygiène publique (CSHP) ont déjà attiré l'attention des ministres en charge du dossier de l'importance d'une réglementation communautaire plus stricte que celle qui est envisagée par la Commission et le Parlement.




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