Dioxyde de titane: l’additif E171 cancérogène alimentaire?

Le 23 janvier 2017 par Romain Loury
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Le TiO2, un nano très employé
Le TiO2, un nano très employé
INRS

Alerte à l’additif alimentaire E171: selon une étudede l’Inra[i]menée chez le rat, ce dioxyde de titane (TiO2), présent dans de nombreux produits, pourrait favoriser l’initiation de la cancérogénèse colorectale. A la demande des associations, le gouvernement a décidé de saisir l’Anses[ii].



[i] Institut national de la recherche agronomique

[ii] Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 

Omniprésents dans les produits de consommation, l’innocuité des nanomatériaux est loin d’être avérée. Un nombre croissant d’études révèle que ces particules, du fait de leur petite taille, peuvent imprégner de nombreux compartiments du corps humain. Du côté des détracteurs de ces agents, on craint la survenue d’un nouveau scandale amiante.

Publiée vendredi 20 janvier dans la revue Scientific Reports, une étude conduite par l’équipe d’EricHoudeau, de l’unité mixte de recherche Toxalim (Inra, Toulouse), suggère que l’un des plus fréquemment utilisés, le dioxyde de titane présent dans l’additif E171, aurait d’inquiétants effets sanitaires.

D’autant plus inquiétants que les enfants y sont très exposés, deux à quatre fois plus que les adultes. Utilisé comme colorant blanc, l’E171 est en effet présent, entre autres, dans de nombreux bonbons, produits chocolatés, biscuits et chewing-gums.

Un effet sur la cancérogénèse colorectale

Lors de ces travaux, les chercheurs de l’Inra ont alimenté des rats avec des doses d’E171 similaires à celles auxquelles sont exposées les humains. Résultat: les particules nanométriques passent aisément la barrière intestinale, et se retrouvent jusque dans le foie. Mais c’est peut-être dans l’intestin que ses dommages sont les plus manifestes.

Dans cet organe, les chercheurs ont découvert des nanoparticules de TiO2 dans les noyaux des cellules des plaques de Peyer, responsables de la réponse immunitaire de cet organe, ce qui entraîne un état inflammatoire.

De plus, quatre des 11 rats traités au TiO2 ont spontanément développé des lésions prénéoplasiques, formes précurseuses d’un cancer colorectal, sur la paroi intestinale. Quant aux animaux chez qui de telles lésions avaient été induites au préalable, celles-ci voyaient leur taille augmentée après exposition des rats au TiO2.

Un cancérogène possible par inhalation

Selon l’Inra, cette étude «démontre pour la première fois que l’additif E171 est une source de nanoparticules de dioxyde de titane pour l’intestin et le reste de l’organisme, avec des effets sur les fonctions immunitaires et sur le développement de lésions prénéoplasiques dans le côlon», avec un rôle aussi d’initiateur que de promoteur de la cancérogénèse.

Le potentiel cancérigène du produit a déjà été étudié,surtout par inhalation: en 2006, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) l’a ainsi classé dans le groupe 2B, celui des cancérigènes possibles pour l’homme, dans le cadre d’une exposition professionnelle.

Il est en cours d’évaluation auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), auquel l’Anses a recommandé en juin 2016 un classement comme substance cancérogène de catégorie 1B par inhalation (substance dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé, sur la base de données animales), dans le cadre du règlement CLP.

Une saisine de l’Anses

Jeudi 19 janvier, l’association Agir pour l’Environnement a présenté à la secrétaire d’Etat à la consommation, Martine Pinville, 150 produits contenant de l’E171. Son objectif, «demander le retrait de tous les produits alimentaires contenant des nanoparticules ainsi qu’un moratoire sur les nanoparticules dans l’alimentation».

Si on en est loin, plusieurs fabricants (William Saurin, Lutti, Magasins U, Verquin Confiseur) ont déjà annoncé l’abandon du dioxyde de titane de leurs produits.

Quant au gouvernement, les ministères concernés (consommation, santé, agriculture et agroalimentaire) ont annoncé, sur la base de l’étude de l’Inra, saisir l’Anses afin qu’elle se prononce sur l’éventualité d’un risque pour l’homme, des résultats qui seront connus «fin mars». Mi-octobre 2016, l’agence a déjà été saisie sur l’impact sanitaire des nanomatériaux présents dans l’alimentation.



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