Dioxyde de titane: Bercy s’en lave les dents

Le 28 mars 2019 par Romain Loury
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L'étiquetage [nano], grand absent
L'étiquetage [nano], grand absent
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S’il doit prochainement bannir le dioxyde de titane de l’alimentation, le ministère de l’économie est plus réticent au sujet des dentifrices. Au grand dam de l’association Agir pour l’environnement, qui a révélé jeudi 28 mars l’omniprésence de cet additif purement esthétique, souvent sous forme nanoparticulaire. Sans aucun étiquetage, malgré l’obligation réglementaire.

Après quelques rebondissements, Bercy a annoncé en janvier qu’il publierait «mi-avril» l’arrêté de suspension de l’additif E171, à savoir le dioxyde de titane, dans les produits alimentaires. La mesure était annoncée dans la loi agriculture et alimentation du 30 octobre 2018, issue des Etats généraux de l’alimentation (EGAlim).

A l’origine de cette décision, plusieurs études ayant révélé sa toxicité sous forme nanométrique (moins de 100 nanomètres), notamment l’une, publiée en janvier 2017 par des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), montrant chez des rats un effet sur la cancérogénèse colorectale.

deux dentifrices sur trois

Or la voie alimentaire n’est pas la seule par laquelle la population est exposée au dioxyde de titane. Utilisé comme agent blanchissant et opacifiant, donc sans aucun intérêt autre qu’esthétique, il est également présent dans de nombreux produits du quotidien: dentifrices, crèmes solaires, rouges à lèvres, baumes à lèvres, médicaments, etc.

Sa présence y est loin d’être anecdotique: dans une enquête publiée jeudi 28 mars, l’association Agir pour l’environnement montre que 271 dentifrices sur les 408 testés (soit deux sur trois), et 29 dentifrices pour enfants sur les 59 testés (un sur deux) contiennent du dioxyde de titane.

Certes, tous les produits mentionnent la présence du dioxyde de titane (parfois sous le nom de code CI 77891), mais aucun n’indique s’il y est sous forme nanoparticulaire. Or la réglementation européenne oblige à étiqueter tout produit contenant des nanomatériaux avec la mention [nano].

Exemple frappant, celui du «Signal Kids goût fraise 2-6 ans», que l’association a fait analyser. Les résultats révèlent que 47% des particules de dioxyde de titane y sont d’une taille nanométrique, ce qui obligerait ses fabricants à mentionner [nano] sur l’emballage. Peine perdue.

A Bercy, l’alimentation, et rien de plus

Armée de ses résultats, l’association s’est rendue, jeudi 28 mars, au cabinet du ministre de l’économie Bruno Le Maire, dont dépend la DGCCRF[i]. Un rendez-vous jugé «assez décevant» par Magali Ringoot, coordinatrice de la campagne «Stop Nano» chez Agir pour l’environnement, contactée jeudi par le JDLE.

Le ministère s’y est montré très réticent à bannir le dioxyde de titane ailleurs que dans les produits alimentaires –dossier sur lequel il était déjà peu empressé. Même si, dans les dentifrices, cet additif peut être assimilé par l’organisme, soit par ingestion involontaire, soit en franchissant la muqueuse buccale.

Lors de cette réunion, les propos du cabinet furent typiquement ministériels: nous avons «conscience du problème», «nous avons commencé des investigations en 2016, ça prend du temps, c’est compliqué, il y a beaucoup de produits et de catégories de produits à tester, les dentifrices font partie de nos projets».

«Faire pression sur les fabricants»

Face à l’inertie du gouvernement, qui à ce jour n’a verbalisé aucun industriel pour absence d’étiquetage [nano], Magali Ringoot appelle le public à «faire pression sur les fabricants, à contacter leurs services des consommateurs». Au lieu de dentifrices avec des paillettes brillantes au dioxyde de titane, «les consommateurs veulent des produits sains, si nécessaire avec une liste des ingrédients un peu moins longue», ajoute Magali Ringoot.

L’association a publié ses résultats sur un site dédié. Ce qui permettra aux consommateurs d’éviter, s’ils le souhaitent, les produits contenant du dioxyde de titane. Ce qui ne signifie pas que tout risque sera écarté: les dentifrices peuvent compter bien d’autres agents problématiques, dont le triclosan, un antibactérien considéré perturbateur endocrinien, et divers agents moussants  «qui posent question».

Quant à l’E171 alimentaire, Bercy s’est de nouveau engagé à signer l’arrêté de suspension après la publication du rapport de l’Anses[ii] à ce sujet, attendu mi-avril. Agir pour l’environnement a par ailleurs lancé une enquête participative sur la présence de dioxyde de titane dans les médicaments, dans lesquels il est utilisé comme excipient.



[i] Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes

[ii] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



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