Diesel: pas de logiciel truqueur, mais de forts dépassements

Le 22 août 2016 par Marine Jobert
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Les véhicules Diesel sur la sellette.
Les véhicules Diesel sur la sellette.

Impossible de savoir si les véhicules français sont massivement équipés de logiciels qui truquent les émissions de polluants. Mais la commission technique indépendante qui a examiné 86 véhicules conclut que les promesses d’émissions affichées par les constructeurs sont presque systématiquement mensongères. Un rapport rendu au cœur de l’été dans une certaine indifférence.

Les voitures diesel les plus vendues en France sont-elles équipées d’un logiciel ‘truqueur’, qui active les fonctions de dépollution des véhicules lors des essais et les réduit ou les désactive le reste du temps? Telle était la question posée à une commission technique indépendante[1], constituée à la demande de Ségolène Royal suite aux révélations sur les fraudes de Volkswagen. Son rapport, enfin rendu public le 29 juillet, n’y répond pas (voir encadré) et des examens techniques supplémentaires[2] seront nécessaires pour trancher. Mais le rapport n’en est pas moins accablant pour le parc automobile hexagonal. Car, sur les 86 véhicules testés, une majorité dépassent les valeurs déclarées par les 11 constructeurs pour les oxydes d’azote (NOx), les émissions de dioxyde de carbone CO2 et la consommation d’essence et ce, que les tests aient été réalisés en laboratoire ou sur piste d’essais.

Si la commission a constaté que tous les véhicules étaient bien équipés de «dispositifs d’invalidation» (autorisés pour protéger le moteur des effets thermiques notamment), elle n’a pas eu accès à ces logiciels pour les analyser. Résultat: impossible d’exclure la présence de logiciels programmés pour ‘tricher’. Et la généralisation des mises à jour à distance pour les véhicules connectés pourrait à l’avenir être détournée et employée pour déployer ou faire disparaître ces logiciels ‘tricheurs’, craint la commission.

Homologation tendancieuse

Pire, en conditions très similaires à celles en vigueur lors des tests d’homologation, les véhicules émettent de 1 à 20 fois le maximum autorisé pour les NOx quand ils sont sur la route. Et le résultat n’est pas meilleur pour le CO2 puisque, sur la grande majorité des véhicules testés, des dépassements importants ont été constatés, même à faible vitesse et à faible accélération. «La procédure d’homologation repose aujourd’hui essentiellement sur des tests effectués avant la commercialisation du véhicule, en laboratoire, suivant un protocole peu représentatif de la réalité et sur des véhicules spécialement configurés à cet effet», déplore la commission. Sans compter que les constructeurs peuvent choisir le pays dans lequel faire réaliser ces tests et qu’une fois passée la porte du concessionnaire, le contrôle de la conformité des véhicules en circulation est largement insuffisant.

Triche

«On n’a pas observé de logiciel truqueur, mais est-ce la question la plus importante? demande Charlotte Lepitre, coordinatrice Santé Environnement chez France Nature Environnement et membre de la commission. Nous avons montré que les véhicules polluent beaucoup plus qu’annoncé, ce qui peut être considéré comme une triche. Nous n’avons pas obtenu d’explications compréhensibles et convaincantes des constructeurs.»

Contrôle technique renforcé

Le ministère de l’environnement, autorité compétente en matière d’homologation, assure qu’il vérifie «d’ores et déjà les performances de dépollution en situation réelle de conduite pour l’homologation de nouveaux types de véhicules». Un décret a été publié le 19 juin, qui permettra de mesurer, pour les véhicules essence, les particules fines et les oxydes d’azote, quand les diesels devront ajouter le monoxyde de carbone, les hydrocarbures imbrûlés, les oxydes d'azote, le dioxyde de carbone et l’oxygène aux polluants mesurés au pot. «Ce sera une première européenne», souligne le communiqué.



[1] Elle regroupe des parlementaires, des associations de consommateurs, des ONG environnementales, les services des ministères de l’environnement, de l'industrie et de l'économie, l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), l’Institut français du pétrole Energies nouvelles (IPFEN), l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux (IFSTTAR), l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), l’Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi).

[2] La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) examine actuellement plusieurs logiciels saisis lors de perquisitions menées en 2016 auprès de Volkswagen, Peugeot et Renault.

 



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